A un mois de son procès, la jeune pousse Heetch, qui compte à son capital les fonds Kima Ventures (lancé par Xavier Niel, le fondateur de Free en 2010), Alven Capital et Mobivia, veut défendre ses arguments et publie une étude sur la sécurité objective et perçue lors des trajets réalisés par son entremise. Il en ressort deux enseignements: d'une part, les parcours réalisés via l'application nocturne mettant en relation passagers et chauffeurs non professionnels, entre 20h et 6h, sont beaucoup plus sûrs que l'ensemble des trajets en voiture, et d'autre part, les jeunes se sentent plus en sécurité lors d'un trajet effectué en Heetch que lorsqu'ils rentrent par leurs propres moyens, que ce soit en voiture, ou dans les transports en commun par exemple.
Premier constat de l'étude conduite auprès de plus de 15.000 membres de la communauté : la "sinistralité" des 3,4 millions de trajets Heetch est proportionnellement très inférieure à celle de l'ensemble des trajets en voiture, en particulier pour les jeunes avec 2,4 fois moins de blessés légers en général (et 5,5 fois moins parmi les jeunes) et 7,6 fois moins de blessés graves en général (et 18 fois parmi les jeunes).
Pour arriver à cette conclusion, le cabinet 2b2p Conseil a calculé le taux de sinistralité en fonction de la volumétrie des trajets nocturnes en voiture en Ile-de-France recensée par l'enquête globale transport 2010, dite EGT, et du nombre d'accidents corporels et de leurs victimes recensés par la BAAC, base de donnée annuelle des accidents corporels de la circulation routière. Puis il a fait de même avec les chiffres fournis par Heetch, qui a relevé, pour 3,4 millions de trajets nocturnes en Ile-de-France, entre le 1er janvier 2015 et le 6 juin 2016, 65 accidents dont 52 se sont déroulés dans le trajet avec passager Heetch.
Autre instruction de l'enquête: l'utilisation de l'application Heetch serait gage de sécurité pour les passagers. Et pour cause: les personnes interrogées estiment en effet qu'au cours des retours de soirée qu'ils effectuent sans recourir à l'application nocturne, le conducteur est souvent (39%) voire toujours (36%) sous l'emprise de drogues ou d'alcool.
Au total, 97% des répondants se seraient déjà sentis en danger en rentrant de soirée : dans les modes de transport privés (voiture ou deux-roues) dans 30% des cas, mais aussi et surtout dans les espaces publics - dans les transports en commun et dans la rue - dans 68% des cas. Des chiffres assez surprenants pour le co-fondateur de la jeune pousse Teddy Pellerin:
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Par ailleurs, cette étude montre que plus de 80% des utilisateurs de Heetch choisiraient une alternative modale autre que l'offre des taxis ou assimilés en l'absence de Heetch. Les transports en commun (37,7%) arrivent ainsi en tête des alternatives pour lesquelles ils opteraient. Viennent ensuite les taxis ou autres Uber pour moins de 20%, option quasiment à égalité avec la marche à pieds. Enfin, une proportion de 5% des sondés assurent qu'ils ne seraient pas sortis s'ils ne pouvaient utiliser Heetch.
Notons à cet égard que, toujours selon cette étude, la majorité des utilisateurs de Heetch ont moins de 30 ans et que la plupart (64%) des trajets impliquent la banlieue comme origine ou destination du parcours.
Reste à savoir ce que décideront les juges le 8 décembre prochain. Le procès devait initialement avoir lieu le 22 juin dernier, mais avait été reporté à cause du trop grand nombre de taxis venus se constituer parties civiles. Pour rappel, les deux co-fondateurs de la jeune pousse Teddy Pellerin et Mathieu Jacob comparaîtront pour complicité d'exercice illégal de la profession de taxi, pratique commerciale trompeuse et organisation illégale d'un système de mise en relation de clients avec des chauffeurs non-professionnels.
L'activité de Heetch a souvent été comparée à celle d'UberPop, désormais suspendue. Cependant UberPop fonctionnait tous les jours de la semaine, sans limitation horaire, et n'offrait pas une tarification négociable ou au bon vouloir du client, tandis que Heetch présente la particularité de ne donner qu'une suggestion de prix pour le partage des frais liés à l'utilisation du véhicule, et non pas un prix pour une prestation de service. Le paiement peut se faire en liquide ou directement par prélèvement. A ce moment-là, à la fin de la course, le passager peut faire jouer le curseur en forme de flèche à côté du montant soumis, afin de donner plus ou moins. En outre, Heetch plafonne le revenu de ses conducteurs partenaires à 6.000 euros annuels. Un montant qui correspond aux frais annuels liés à l'amortissement d'un véhicule.
C'est d'ailleurs là que réside toute la subtilité de la question de la légalité de l'activité Heetch. En effet, depuis le 1er octobre 2014, la loi Thévenoud interdit le transport de personnes entre particuliers "à titre onéreux". Un terme juridiquement flou aux yeux de la startup, qui préfère évoquer, concernant son activité, un partage de frais, liés à l'utilisation du véhicule, comme BlaBlaCar propose un partage des coûts liés au voyage. Teddy Pellerin rappelle ainsi:
Lire aussi : Qui veut la peau de Heetch ?
Pour le jeune entrepreneur:
Ce seuil reste en tout cas en deçà de celui de 7.720 euros préconisé par les députés pour différencier les activités professionnelles du partage de frais entre particuliers.
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