La privatisation d'ADP maintient le système controversé de la "double caisse"

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Le gouvernement maintient, voire renforce, le modèle industriel du gestionnaire des aéroports de Roissy et d'Orly qui lui permet de créer de la valeur. Dénoncé par les compagnies aériennes parce qu'il entraîne un niveau élevé des redevances aéroportuaires, le système de double caisse est notamment maintenu.

Ce mercredi, au lendemain de l'annonce du gouvernement de son intention de se désengager de toute ou partie de sa participation de 50,6% qu'il possède dans le gestionnaire des aéroports parisiens, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire s'est rendu au siège d'ADP pour expliquer à la direction les grandes lignes du projet de privatisation du groupe aéroportuaire qui sera présenté à travers le projet de loi Pacte en conseil des ministres la semaine prochaine. Accueilli par une cinquantaine de syndicalistes hostiles à la privatisation, Bruno Le Maire a voulu rassurer les salariés en garantissant que leur  "statut ne serait pas remis en cause".  Alors qu'ils détiennent déjà 1,5% du capital de l'entreprise, le gouvernement prévoit de leur réserver une participation plus large. Insuffisant néanmoins pour calmer le jeu et d'empêcher les préavis de grèves. "Retrait du projet", clamaient hier les manifestants au siège du groupe.

La double caisse maintenue

Les compagnies aériennes vont être déçues elles aussi. La privatisation d'ADP ne fera pas baisser la facture qu'elles payent pour l'utilisation des aéroports franciliens. Le système de double caisse d'ADP qu'elles souhaitaient voir disparaître est maintenu. Il sera inscrit dans le projet de loi sur la privatisation. Symbole à leurs yeux de la cherté des redevances aéroportuaires, les transporteurs demandaient un retour à une « caisse unique », dans laquelle les revenus des commerces et parkings sont mélangés avec ceux des redevances aéroportuaires, permettant ainsi de baisser celles-ci. Autrement dit, les compagnies demandaient que la caisse liée aux services aéronautiques, qui fait partie du périmètre régulé, soit regroupée avec la caisse des services extra-aéronautiques (commerces, restaurants, parkings, immobilier), sur lesquels ADP à la liberté de fixer les prix et qui dégagent de très fortes marges. Le mécanisme de caisse unique permet de subventionner les services aéronautiques par les recettes commerciales. Et donc de modérer les redevances des transporteurs aériens.

Sans surprise, les transporteurs n'ont pas été entendus. Un retour à la caisse unique serait catastrophique pour ADP.  Le gouvernement va au contraire maintenir, voire à renforcer le modèle économique du gestionnaire des aéroports parisiens qui permet au groupe de créer de la valeur.

"Le modèle industriel d'ADP" va être conforté, avec notamment le maintien de "la double-caisse qui permet à l'entreprise de déployer son énergie dans tous les secteurs d'activité", a déclaré le PDG d'ADP, Augustin de Romanet, après la visite de Bruno Le Maire. Le ministre de l'économie a néanmoins voulu rassurer les compagnies aériennes, en garantissant que les redevances aéroportuaires n'allaient pas exploser comme cela s'est produit pour les autoroutes, "parce qu'il y aura dans le cahier des charges un contrôle des tarifs aéroportuaires".

Il y aura toujours en effet un contrat de régulation économique (CRE) d'une durée de 5 ans qui sera signé entre l'Etat et le gestionnaire des aéroports, lequel définira les investissements à réaliser et les financements pour les réaliser.

"Les compagnies aériennes n'ont rien à craindre. Les redevances aéroportuaires représentent 2% du compte de résultat de notre principal client (Air France, NDLR). C'est-à-dire que, lorsque nous augmentons les tarifs de 1%, cela représente 6 millions d'euros, ce qui n'est pas, en réalité, matériel. Ce qui est très important pour les compagnies, c'est que nous puissions améliorer la qualité de services pour les passagers et, pour ces derniers, ce qui est important, c'est que nous investissions pour augmenter les capacités", a indiqué Augustin de Romanet.

Autrement dit, que le terminal 4 de CDG se fasse bel et bien. Crucial pour repousser les limites de la saturation de Roissy-Charles de Gaulle et pour le développement d'Air France, cette nouvelle aérogare est prévue pour entrer en service pour les JO de Paris en 2024.

Indemnisation des actionnaires minoritaires

Outre la double-caisse, la préservation du modèle industriel d'ADP s'observe aussi par le maintien du foncier à ADP (pour au moins 70 ans), mais aussi par le maintien d'un système aéroportuaire francilien alors que les tout premiers scénarios de l'Agence des Participations de l'Etat (APE) évoquaient, selon nos informations, un démantèlement du groupe en vendant séparément Roissy et Orly, comme l'a fait le Royaume-Uni à Londres. Le maintien du modèle s'observe aussi par la mise en place d'une concession d'exploitation extrêmement longue de 70 ans. Celle-ci mettra donc fin au droit exclusif d'exploitation des aéroports parisiens sans limitation de durée dont jouit ADP. En impactant négativement la valeur boursière du groupe, la fin de l'éternité de l'exploitation pénalisera de facto les actionnaires minoritaires qu'il faudra indemniser. Le projet de loi devrait aborder ce point la semaine prochaine.

Le Maire ne parle pas d'un actif stratégique, mais d'un actif important

Dans les quelques minutes qu'il a accordées à la presse, Bruno Le Maire n'a pas utilisé  une seule fois le terme "stratégique" pour qualifier les actifs d' ADP,  mais a mentionné au contraire « un actif important, un aéroport-clé, une porte d'entrée du territoire dont nous tiendrons compte dans la définition de l'appel d'offres ».

Le ministre de l'économie a voulu également rassurer les riverains. A trop vouloir bien faire, Il s'est même emmêlé les pinceaux en assurant qu'il allait "garantir par la loi un nombre de rotations qui sera le même qui existe aujourd'hui », alors qu'il voulait probablement indiquer le maintien du plafonnement d'Orly à 250.000 mouvements par an.

Si la cession d'actifs sera inscrite dans le projet de loi Pacte, le niveau de la participation cédée ne sera pas indiqué. Il sera défini au cours du débat parlementaire. Pour rappel, si l'un des actionnaires détenait 30% du capital, il devrait lancer une OPA sur l'ensemble du capital. La loi devrait être adoptée selon lui à la fin de l'année et un cahier des charges sur lequel travaillera la direction d'ADP sera élaboré pour le futur propriétaire.

Lire ici : Les aéroports de Roissy et d'Orly sont-ils stratégiques? Et si oui faut-il privatiser ADP?

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Commentaires
a écrit le 14/06/2018 à 17:26 :
EXIGENCE DE VINCI, L INSUPPORTABLE ET ABUSIVE DOUBLE CAISSE.
a écrit le 14/06/2018 à 13:18 :
pour être très clair: lorsque qu'un ministre inconséquent (prototype du professionnel de la politique) dit à l'adresse des salariés d'Air france mais à destination des contribuables électeurs mal informés:
« il n'est pas question que l'état paye les dettes d'air france »
Il faut comprendre: non seulement je vais leur garder la tête sous l'eau mais j'ai l'intention d'appuyer un peu dans les prochaines semaines.
Le paradoxe est énorme: pendant que le passager-contribuable plébiscite des compagnies "Low cost" qui obtiennent des taxes extrêmement réduites et souvent des subventions par voyageur (au prétexte qu’ils consommeront sur place) la compagnie Air France qui transporte des passagers autrement plus rémunérateurs, qui font la fortune d'ADP dans les boutiques de luxe et génèrent 2,5 % du PIB francais, voit ses taxes s'alourdir toujours plus sans aucun espoir de compensation ou d’équité pour les 60 ans à venir!
Pour se dédouaner, notre brillant ministre pense intelligent d'exciter le contribuable électeur vieillissant qui rêve de se soulager, le pied droit au bout du fusil et le doigt sur la gâchette qui le démange furieusement.
Du bel ouvrage vraiment!
Pour rappel: Air France c’est chaque années plus de 10 milliards d’euros dans les caisses de l‘état et cela serait certainement beaucoup plus si sa croissance n’avait pas été bridée par des taxes excessives. (sans parler des milliers d’emplois perdus et des crises régulières qui secouent la compagnie et que subissent les passagers ... parfois aussi électeur - contribuable!)
a écrit le 14/06/2018 à 11:10 :
L’Etat n’etant plus le patron, il n’y a aucune raison qu’il impose sa façon de gérer cette entité, surtout qu’il n’a jamais été un modèle de bonne gestion aussi bien stratégique que sociale.
a écrit le 14/06/2018 à 10:32 :
Comme l'on remarqué des specialiste de la question la franchise sur une soixantaine d'annnée aménera obligatoirement des problèmes de gouvernance, comme pour les autoroutes. On ne pourra pas tout prévoir dans les contrats.
Ne mininiser pas l'impact de soi-disante petite hausses.
a écrit le 14/06/2018 à 8:56 :
Que l'Etat vende les aéroports de France ne me choque pas, au contraire même, cette économie étant au final peu intéressante il est bon de s'en débarrasser tant qu'elle est bien valorisée.

Non ce qui me révolte c'est la vente de la Française des jeux qui nous fait gagner des milliards chaque année, là c'est inacceptable et c'est du copinage affiché.

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