Uber engage une nouvelle bataille judiciaire à Londres

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En septembre 2015 une manifestation contre Uber avait rassemblé des taxis de toute l'Europe à Bruxelles
En septembre 2015 une manifestation contre Uber avait rassemblé des taxis de toute l'Europe à Bruxelles (Crédits : Reuters)
Le Transport for London, organisme de régulation des compagnies de transport à Londres, vient de soumettre Uber à de nouvelles règles qui pourraient contraindre son activité. La startup californienne ne compte pas se laisser faire.

Uber s'est fait connaître avant tout grâce au succès de son application de VTC (Voiture de Torusime avec Chauffeur). Mais force est de reconnaître que les batailles judiciaires qu'a mené, et que mène encore, l'entreprise de Travis Kalanick contribuent largement à sa célébrité. Et il semble bien que la startup californienne ne compte pas concéder la moindre parcelle de législation aux tribunaux. Après Paris et Madrid, après le Japon et le Costa Rica, c'est à Londres que Uber vient de dépêcher sa flotte d'avocats.

Une initiative qui nuirait à l'activité des VTC

Les régulations sur les VTC émises par l'organisme Transport for London remontent à 1998. Mais face au poids croissant de ces véhicules dans le secteur du transport londonien depuis quelques années (50.000 VTC pour 22.000 taxis en 2014), l'organisme a décidé en janvier dernier de modifier sa législation en proposant une série de changements.

"Ces mesures [...] amélioreront les standards de sécurité et la qualité du service au regard de l'impact des nouvelles technologies et du nombre croissant de locations de véhicules privés à Londres" expliquait le communiqué de Transport for London.

Parmi les principales propositions avancées, l'introduction d'un délai minimum de cinq minutes entre l'instant où le véhicule est réservé et le moment où le passager monte dedans. Un délai qui efface complètement l'avantage de rapidité de Uber qui s'appuie sur sa flotte conséquente de VTC pour proposer un service en temps réel. A cela s'ajoute l'interdiction d'afficher sur l'application la localisation instantanée du VTC et l'obligation pour les conducteurs de ne travailler qu'avec une seule entreprise.

Autant de mesures qui viendraient desservir les avantages compétitifs de Uber à savoir sa flexibilité et sa praticité. Si ces propositions n'en sont pour l'instant qu'au stade de projet et sont soumises à la consultation et aux commentaires de tous, Uber n'a pas attendu pour réagir et affirmer son désaccord. Selon l'entreprise, ce panel de mesure dessert plus les VTC qu'il n'améliore la qualité de leurs services.

"Ces nouvelles règles bureaucratiques n'amélioreront pas les trajets en VTC. Elles sont destinées à répondre aux craintes des taxis londoniens soumis à la pression de la concurrence. Mais la solution à ce problème est de réduire la régulation coûteuse sur les taxis, pas d'augmenter celle touchant tous les autres véhicules" a réagi sur TechCrunch Jo Bertram en charge de la Grande Bretagne pour Uber.

La startup californienne a également lancé une pétition sur internet, faisant ainsi appel à ceux qu'elle considère comme ses meilleurs avocats : ses très nombreux clients.

De nouvelles règles mises à effet depuis juillet dernier

Mais les protestations se serait arrêtées là si Transport for London (TfL) n'avais pas dépassé le stade la proposition et mis en oeuvre une nouvelle régulation depuis le 27 juin 2016. L'organisme londonien a en effet coupé l'herbe sous le pied de Uber en imposant aux VTC une partie des mesures proposées en janvier dernier.

Mettant entre parenthèses les propositions les plus sujettes à contestation, le TfL impose désormais à tous les nouveaux conducteurs de passer un examen pour vérifier leurs compétences en anglais. Une nécessité selon l'organisme londonien : le conducteur doit pouvoir informer clairement le passager des différentes mesures de sécurité et être capable de comprendre les informations transmises par l'application.

"Quiconque n'aura pas un niveau d'anglais suffisant se verra refuser sa licence", a exposé clairement le TfL dans son communiqué.

Dans cette série de règles TfL oblige aussi Uber à l'informer de toute nouvelle modification de son application et lui impose d'ouvrir un centre d'appel à Londres permettant de répondre aux questions des utilisateurs.

La riposte judiciaire de Uber

Si la proposition d'examen d'anglais avait été approuvée à 80% lors de la consultation de janvier dernier, le TfL n'avait pourtant pas prévenu que les candidats devraient passer une épreuve écrite et non orale. Un changement de dernière minute qui a eu le don d'irriter la firme californienne.

"Nous sommes particulièrement déçus qu'après un long processus de consultation de Transport for London, les règles du jeu soient modifiées à la dernière minute. Les nouvelles règles introduites nuiront autant aux conducteurs qu'aux entreprises comme Uber" a commenté Tom Elvidge, directeur général de Uber à Londres dans une déclaration.

Au comble de son exaspération Uber aurait même indiqué que cet examen dépasserait les standards requis pour obtenir la nationalité britannique.

Face à ces mesures qui, selon la firme californienne, ne peuvent que freiner l'innovation voire ne sont d'aucune utilité, Uber a décidé de poursuivre en justice l'organisme Transport for London. Une action que la startup qualifie de "dernier recours" comme pour souligner le caractère irrémédiable des décisions de TfL.

La nouvelle bataille judiciaire de Uber est donc lancée. Et s'il faut reconnaître que certaines mesures engagées par TfL paraissent plus destinées à protéger les taxis londoniens qu'à améliorer la qualité globale des services de transports, il n'en reste pas moins que cette nouvelle confrontation relance un éternel débat : la disruption est-elle gage d'amélioration?

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Commentaires
a écrit le 19/08/2016 à 20:16 :
Quand il y a des regles les soit disant innovateurs se plaignent ! Et oui mon coco il va falloir trouver des zozos qui parlent bien anglais parce que c est une masse d esclave moderne qui bossent pour toi.
a écrit le 19/08/2016 à 13:37 :
T. Kalanick se réserve le droit à la disruption et entend que rien ne bouge dans un environnement qui lui convient. Pourquoi Uber empêcherait-il la disruption règlementaire?
Les technologies et l'économie évoluent, la réglementation et la fiscalité aussi.

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