L’austérité marcherait-elle ?

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(Crédits : Albert Cohen/La Tribune)
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Dans le débat qui oppose les tenants et les opposants à l'imposition d'une politique d'austérité, les premiers ont marqué un point : la zone euro est en effet sortie de la récession (+ 0,3% au deuxième trimestre) après six trimestres de contraction de l'activité, a-t-on appris dans la torpeur de la semaine la plus morne - économiquement parlant - de l'année.

De l'autre côté du Rhin, Angela Merkel ne pouvait espérer mieux. Son pays affiche une hausse de son activité de 0,7%, une aubaine pour la chancelière qui en septembre demandera aux Allemands de lui accorder un troisième mandat. En cas de succès, elle deviendra la seule responsable politique à avoir survécu à la crise de la dette européenne. Surtout, elle pourra se targuer du succès de sa politique qui donne la priorité au patient « assainissement budgétaire », préalable nécessaire à toute reprise économique durable.

Quant à Bruxelles, très discrète en ce creux de l'été, elle doit jubiler. Ce bon chiffre devrait renforcer la position de la Commission européenne, notamment de José Manuel Barroso, son président, qui a défendu sans faiblir, même contre le FMI pourtant peu suspect de laxisme, la nécessité d'imposer une politique d'austérité à l'ensemble de la zone euro. Cette politique qui consiste à mélanger subtilement assainissement budgétaire et réformes structurelles, comme l'a rappelé dans un communique Olli Rhen, le commissaire européen aux Affaires financières.

Il est vrai que le Portugal, lui-même, que l'on croyait exsangue, renoue avec la croissance, affichant un étonnant + 1,1% de son PIB, après 10 trimestres de récession.

Même le président François Hollande, qui connaît une impopularité record, va pouvoir attaquer sa rentrée politique en septembre avec - enfin ! - une bonne nouvelle, puisque la France, elle, affiche +0,5% pour son PIB, après deux trimestres de recul. Comme quoi, sa politique de « sérieux budgétaire » -fondé, faut-il le rappeler, sur une hausse des impôts et des taxes qui atteint ses limites - fonctionne, pourra-t-il affirmer.

Au-delà du débat, qui porte sur un mot, cette bonne nouvelle ne doit pas occulter certaines données moins optimistes. D'abord, il faudra attendre la confirmation de ce redressement aux cours deux prochains trimestres.

Ensuite, en matière de chômage, on n'assiste pour le moment à aucun reflux important. Or cet indicateur est la véritable boussole pour la population active. Dans nombre de pays, les taux atteignent des niveaux records, et s'il y a un décalage temporel logique entre reprise économique et embauches, il faut se rappeler que les États-Unis ont connu une « jobless recovery », à mille lieues de leur "machine à créer des jobs" d'antan.

Rappelons aussi que, selon les experts, il faut en France un taux de croissance annuel supérieur à +1,5% pour pouvoir commencer à réduire le chômage, car il faut absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail et compenser les postes perdus par les gains de productivité. On en est loin.

Plus préoccupant à court terme, en même temps que le chiffre du PIB a été publiée une autre donnée française pour le deuxième trimestre que n'a pas commenté le gouvernement : 27.800 emplois ont été supprimés contre 8.300 au premier trimestre.

Par ailleurs, ce niveau de croissance reste insuffisant pour réduire le poids des dettes publiques - comme des dettes privées - qui va s'alourdir, en raison de la nécessité de recourir à l'emprunt pour alimenter un budget public qui doit assumer des dépenses sociales qui  augmentent mécaniquement en raison de ce chômage structurel. Ainsi, un pays comme la Grèce devra à nouveau faire un défaut « ordonné » sur sa dette tant elle est insoutenable pour redresser la situation d'un pays toujours en récession. La seule question porte sur le moment.

Et quant bien même un scénario de reprise se confirmait, il n'est pas sûr que la France puisse vraiment en bénéficier. Ce serait plutôt l'Allemagne et les pays de l'Europe de l'est qui devraient être les gagnants car plus adaptés à la mondialisation en matière d'exportations.

Alors l'austérité serait-elle la seule politique réaliste pour l'Union européenne ? Vu de Bruxelles sans doute, mais vu d'autres capitales, c'est moins évident.

Car il y a l'équation politique. Si la machine techno-bureaucratique européenne fonctionne bien, les doutes et les désillusions sur la construction européenne nés de la façon dont a été gérée la crise de la dette augmentent dangereusement au sein des populations des pays de la zone. Ce qui se reflète dans les hésitations des leaders pris entre le marteau de la discipline européenne et l'enclume du mécontentement social national. A titre d'exemple, on peut citer le difficile accouchement de l'Union bancaire européenne, pourtant étape indispensable pour commencer à résoudre la crise.

Bref, ce + 0,3% signant la fin de la récession dans la zone euro pourrait au final se transformer en un simple souvenir estival.

 

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Commentaires
a écrit le 30/08/2013 à 20:21 :
L'austérité comme programme ! pourquoi pas,l'idée est séduisante ou débile - au choix - ! Blague à part, le fait même de s'interroger et de spéculer sur ce type de programme - contre sens - procède nécessairement d'un point de vue complètement pathologique des rapports économiques ! l'idéologie libérale touche le fond !
a écrit le 22/08/2013 à 12:49 :
Donc en faite l'austérité marche pour le CAC40 et les riches mais pour le peuple il a qu'a crever... c'est noté mais pas sûr que ça continu à "marcher" longtemps comme ça et même en allemagne avec ses millions de travailleurs pauvres qui sont pour certains en dessous du RSA, tout un programme les réformes à faire !
Réponse de le 26/08/2013 à 11:49 :
@bob 44
En fait rien ne marche vraiment longtemps et il en a d'ailleurs toujours été ainsi. L'économie n'est qu'une série de soubresauts au gré des guerres, des crises économiques, politiques avec toujours le même lien, la volonté de puissance, motivée par l'argent. Tout pourrait bien se passer si certains n'en voulaient pas toujours plus. La crise actuelle, c'est le déséquilibre qui s'accentue entre une minorité de plus en plus riche et une majorité de plus en plus précaire. On nous fait croire que pour sortir de la crise, il faut encore plus précariser la masse laborieuse (libérer le travail, moins de charges...)et renforcer le pouvoir des riches (En leur faisant payer moins d'impôts...). A moins d'être riche et de vouloir conserver le pouvoir, ça n'apporte rien à la collectivité. Mais pour les ultra- libéraux, collectivité, ils ne connaissent pas. Eux d'abord. Pourvu que ça dure...
a écrit le 21/08/2013 à 16:21 :
Jugez plutôt : en 2013, le salaire moyen au Portugal, étranglé par les mesures du gouvernement de Passos Coelho, notamment la réduction des tranches de l impôt sur le revenu, ne dépassera guère 700 euros. Ce sont les 1,8 million de retraités qui auront le plus de mal à joindre les deux bouts, avec une pension qui en règle générale ne dépassera pas 400 euros, et avec laquelle ils devront faire face à la hausse de 15 % des prix des transports ou à l augmentation de la facture d électricité (13 % l année dernière). Le chômage est l un des aspects les plus sombres de la crise : il touchera 15 % de la population active. Sans la moindre amélioration en vue pour l année à venir, l émigration - qui provoque un vide démographique dans l arrière-pays - restera la planche de salut pour les jeunes. Luanda, Rio de Janeiro, São Paulo ou Macao, les pôles emergents de la lusophonie, qui depuis plusieurs années attirent les diplômés portugais, vont redevenir des destinations prisées pour une génération très instruite qui ne trouve pas de débouchés dans son pays natal. Déjà, l année dernière, le Premier ministre incitait ses concitoyens à chercher fortune en dehors du Portugal, et il va désormais mettre lourdement à contribution ceux qui restent. Le pays a touché le fond et menace d imploser : le production ne se développe plus ; la récession s approfondit ; la richesse diminue ; le déficit croît ; le chômage atteint 17,6% ; 24% de la population vit au-dessous du seuil de la pauvreté |; les coupes sociales battent le record d Europe ; le ministre de la Santé admet que le Service National de Santé (SNS), la perle d Avril 1974, pourra sombrer bien que les impôts et les intérêts de la dette montent en flèche. Malgré son échec, le gouvernement a annoncé qu on doit couper 4 milliards d euros supplémentaires dans les dépenses pour réformer l État au cours des deux prochaines années. Cela implique une nouvelle attaque contre le service de santé publique, contre l école publique, contre les retraités et les fonctionnaires de l administration publique, qui s ajoutent aux réductions des salaires et des pensions réalisées en 2012.
a écrit le 19/08/2013 à 13:06 :
LES economistes n o n pas d autre choix que de faire fontionne la planche a billet car il ne peuvent pas faire autrement sinon se serais un sucide collectif mondial donc il font ce qu il peuvent pour retarde le payemnt des dettes car ils savent qu ils ne pourront JAMAIS LA RENBOURSSEZ ???
Réponse de le 23/08/2013 à 16:37 :
Une analyse remarquable!
Réponse de le 26/08/2013 à 11:51 :
La dette ne sera jamais remboursée, et le banquiers s'en foutent, le paiement régulier des intérêts leur suffit largement.
a écrit le 17/08/2013 à 8:37 :
Si l'austérité est ne plus faire d'investissements idiots comme tous les hôtels du département, de région, etc, qui font marcher le BTP local et alimentent à l'occasion les caisses noires des partis politiques, je suis d'accord.
Pour le reste, je ne suis pas assez compétent pour émettre un avis autre que du café du commerce, ce qu'est la première phrase d'ailleurs
a écrit le 16/08/2013 à 17:11 :
Statistiquement il faut 4 à 5 ans pour qu'une politique d'austérité marche (cf Canada, Suède, Grande-Bretagne, Allemagne de Schroder, etc etc) donc on devrait récupérer un début de croissance en 2014 (sauf la France qui n'a pas fait de vrai réforme structurelle). Tous le monde est contre l'austérité, mais ceux qui sont pour une politique Keynesienne n'ont pas de scénario économique crédible : emprunter encore ? Qui va nous prêter ? Impossible de rembourser sauf à sacrifier les générations futures pour le confort de celles qui ont bénéficies des 35h, de la retraite à 60 ans, et toutes ces réformes que les socialistes ont faites à crédit pour gruger leur électeurs. Faire marcher le planche à billet ? Meilleur moyen pour faire baisser le salaire et enrichir les banquiers...
a écrit le 16/08/2013 à 9:58 :
C'est le rôle du président de se montrer optimiste,mais il y a les chiffres, les vrais: la planche à billet fonctionne à fond en Europe, aux États-Unis et au Japon (sans limites!) ils appellent cela QE "quantitive easing" ou "assouplissement monétaire" et 0.5% de croissance avec ces injections massives de "liquidités" c'est très peu ,vous les enlevez et tout s'écroule.Et vous ne croyez tout de même pas que la BCE et la FED vont imprimer des billets jusqu'au ciel ! vous ne croyez pas ces bobards, la planche à billet a toujours eu des conséquences dramatiques dans le passé. La question est : quand aura lieu le credit crunch,le bank run et le Big Krach. L'UE l'a déjà prévu et a fait passer une directive qui permet aux banques de se servir sur les comptes ..... des particuliers comme à Chypre , en cas de grave crise bien sur..... mais cela va arriver ,comme à Chypre.La croissance chinoise est bidon ,connaissez vous une croissance avec stagnation de la consommation électrique ? moi pas....
a écrit le 16/08/2013 à 0:06 :
Quelle est l'alternative?
Faire plus de dette? Est-ce qu'augmenter notre charge d'intérêt est tenable? Nous ne faisons que repasser le bébé à nos enfants.

Ce qui manque c'est une politique de réformes
1)qui nous mette en situation de constituer du capital pour investir,
2)d'être compétitifs sur les marchés d'avenir

Une ligne politique clairement affichée pour nous mettre sur ce chemin
Réponse de le 16/08/2013 à 11:26 :
Il faut esperer que nos enfants nous fassent rendre les dividendes du laxisme dont nous sommes coupables . Comment . En exigeant de l inflation . N ayant rien à perdre il profiteront à leur tour d un nouveau laxisme et cette fois à leur avantage .Ainsi va la vie.
a écrit le 15/08/2013 à 14:27 :
Comparons l'Europe avec le reste du monde, et voyons alors que l'austérité tue l'économie européenne: par exemple, croissance aux USA, 1,7% au deuxième trimestre...
L'article cite l'exception portugaise et évidemment oublie l'Espagne, encore en récession (-0,1%), l'Italie (-0,2%) , Chypre (-1,4%) et ne donne pas les chiffres pour la Grèce, à -4,6% sur ce même trimestre!
a écrit le 14/08/2013 à 19:55 :
Bel article Barroso content, accréditation sera accordée, vive l austérité.

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