De l'électricité dans le gaz !

VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. Le gel du prix du gaz et de l'électricité, le prix de la transition énergétique, les conséquences géopolitiques de l'affaire des sous-marins australiens. Et autres actualités de la semaine écoulée.
Philippe Mabille

6 mn

(Crédits : Vincent Kessler)

Samedi 17 novembre 2018. Vous vous souvenez du début de la prise des ronds-points qui lança le mouvement des gilets jaunes. Jeudi 30 septembre 2021, à 20h00, l'ombre de la mobilisation de la France des classes moyennes a plané lorsque Jean Castex a annoncé le gel du prix du gaz et de l'électricité par l'instauration d'un « bouclier tarifaire » pour préserver le pouvoir d'achat des Français.

Le retour des gilets jaunes, sans les manifs (même si celles-ci perdurent à bas bruit chaque samedi et même ont commencé à converger depuis cet été avec le mouvement anti-pass sanitaire). En moins d'une semaine, Emmanuel Macron a accordé un chèque énergie de 100 euros puis imposé un gel du prix de l'énergie que n'aurait même pas osé demander Ségolène Royal lorsqu'elle fustigeait l'écologie punitive...

C'est que l'heure est grave : dans un peu moins de 200 jours, ce sera le deuxième tour de l'élection présidentielle, le 24 avril 2022. Pour éviter une situation sociale explosive, le président de la République, dont plus personne ne doute qu'il soit candidat, a préféré prendre les devants. Le quoi qu'il en coûte, ce n'est pas tout à fait fini. A dire vrai, tout gouvernement aurait dû agir pour freiner la hausse rapide et brutale des prix de l'énergie, qui pourrait menacer la reprise.

Inattendue, à cette vitesse et à ce niveau, la flambée des prix du gaz, de l'électricité (qui lui est liée à cause d'un mode de calcul abscons que Bruno Le Maire a dénoncé à Bruxelles), risque de prendre le dessus sur tous les autres sujets d'ici l'élection. D'autant que, à part si on est ingénieur ou énarque ou encore, difficile pour l'opinion de comprendre l'enchaînement des causes de cette situation. A moins de lire l'article de Marine Godelier qui en trois questions/réponses nous aide à comprendre pourquoi nous allons passer les prochains hiver en pull mohair.

Plutôt que de saturer l'espace médiatique avec l'immigration avec la bulle Zemmour qui gonfle, et nous gonfle de plus en plus - lire à ce sujet l'analyse de Marc Endeweld sur « l'ambigu Mr Zemmour » -, et si l'enjeu de la présidentielle se concentrait sur les autres défis qui attendent la France et l'Europe dans les dix ans ? L'énergie, par exemple, ou plutôt justement : les défis du climat, on en a parlé pendant deux jours à Nice lors du Transition Forum, le « Davos » de la transition écologique dont la Tribune a été l'organisateur pour sa quatrième édition, en partenariat avec Transition Forum, et la métropole de Nice-Côte d'Azur. Retrouvez ici le replay de tous les débats auxquels ont participé Christian Estrosi, Bruno Le Maire, Clément Beaune, Anne Hidalgo et nombre d'acteurs publics et privés.

Où en est l'Europe dans la mise en oeuvre du Green Deal ? L'eurodéputé Pascal Canfin a fait le point jeudi lors de la quatrième édition du Transition Forum à Nice. Selon lui, la transition écologique sera juste ou ne sera pas. Attention, danger : dans un monde à 2, 3, 4 degrés, les gilets jaunes, cela pourrait être puissance 10 !

Sur l'immigration et les moyens de "réconcilier le pays", nous avons demandé à Michel Barnier, l'un des cinq candidats de la droite, de s'expliquer sur sa position surprenante concernant l'ordre juridique européen. L'homme du Brexit refuse d'être caricaturé comme partisan d'un Frexit sur l'immigration mais estime que nos règles, qu'il s'agisse de l'espace Schengen et du Traité de Dublin, doivent être revues avec calme et pondération. L'ancien commissaire européen précise aussi son programme de réformes économiques et sur la façon dont "lui, président de la République", conduirait le pays. Retrouvez ici notre entretien vidéo avec Michel Barnier, interrogé par Marc Endeweld et Philippe Mabille, dans la Grande Tribune de la Présidentielle.

Jusqu'ici, tout va bien... Mais entre la hausse du pétrole, ressurgit la crainte d'un ralentissement de la croissance. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, reste zen, en parole et en acte, face à la poussée de l'inflation que les banquiers centraux voient comme transitoire. C'est leur boulot de ne pas nous affoler. Pour autant, avec la fin du quoi qu'il en coûte, Grégoire Normand souligne le risque que la vague de faillites annoncées ne finisse par pointer son nez.

Reste qu'une petite « bombe à fragmentation » politique plane sur la macronie. Macron a-t-il parlé trop vite en annonçant le revenu d'engagement pour les jeunes ?, se demande Fanny Guinochet... D'un coût mal évalué, ce dispositif pas très bien calibré pourrait se retourner contre son créateur en apparaissant comme un erzatz de RSA jeune.

Pendant ce temps-là, la Haute-Garonne lance son revenu de base pour les jeunes et passe en force, explique Pierrick Merlet...

L'Etat n'est pas le seul à avoir une cagnotte cachée grâce à la hausse des recettes de l'impôt sur les sociétés. Pierre Cheminade raconte le trésor caché de 70 milliards d'euros des élus locaux pour financer la reprise. Une épargne de précaution qui a triplé en douze ans et sur laquelle lorgne l'Etat.

Parmi les événements de la semaine, Leo Barnier revient sur les cinq enjeux de l'arrivée de l'Airbus A220 pour Air France. Un avion plus économe au carburant pour le nouveau monde post-covid.

A déguster aussi, l'analyse implacable de Michel Cabirol sur la bataille navale de l'AUKUS et décrypte en dix questions clefs une crise hors norme entre la France et ses alliés dans le Pacifique, Australie, Perfide Albion et Etats-Unis.

Lot de consolation, Naval Group s'est vengé avec un beau contrat de frégates en Grèce, mais bon, on est loin du « contrat du siècle ».

Après la France, la Nouvelle-Calédonie, qui doit bientôt revoter sur le choix ou pas de l'indépendance, passera-t-elle sous l'influence de la Chine ? Pour notre spécialiste défense, les mouvements tectoniques de la géopolitique mondiale ne font que commencer.

Philippe Mabille

6 mn

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Commentaires 3
à écrit le 04/10/2021 à 20:59
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Effet d'annonce ,si j'ai bien compris c'est du gelage sans gèle ! On paie les augmentations et seulement après c'est gelé jusqu'au élection .

à écrit le 04/10/2021 à 9:01
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La seule réussite de Macron, ce sont les Gilets Jaunes, vous savez ces pauvres qui n'ont que 100 euros/mois de dépense non contraintes. Vive le Nucléaire, A bas les charlots comme Canfin et Barbie Pompili !!!

à écrit le 02/10/2021 à 9:00
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Mais où va encore tout ce fric lié à l'inflation ? Si c'est dans les bas salaires et l'investissement c'est une excellente nouvelle mais quelque part je doute.

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