Sous-marins : la France l'a dans l'AUKUS

VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. Le camouflet géopolitique infligé à Macron via Naval Group éjecté du "contrat du siècle" des sous-marins par l'Australie qui choisit l'Alliance avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour contrer la Chine dans le Pacifique. L'avenir de la voiture électrique qui repose sur l'accélération du déploiement des 100.000 bornes de recharges, un dossier inédit de la rédaction impliquant toutes les régions. Et autres articles essentiels de la semaine écoulée, marquée par le lancement de notre nouveau quotidien digital.
Philippe Mabille

10 mn

(Crédits : Naval Group)

Un Trafalgar dans le Pacifique... Depuis le temps que Michel Cabirol, notre spécialiste défense en parle, il fallait bien que cela arrive. En 2015, pour les 30 ans de La Tribune, il avait écrit un scénario fiction sur les Une de La Tribune en 2045. Intitulé « Affrontements en mer de Chine, le pire évité » : son papier était prémonitoire.

En signant avec l'Australie et la Grande-Bretagne un partenariat stratégique baptisé AUKUS pour contrer les ambitions de la Chine dans la région indo-pacifique, l'Amérique vient de conduire Canberra à renoncer à la fourniture par la France de 12 sous-marins conventionnels. A la place, l'oncle Sam fournira des sous-marins à propulsion nucléaire, dans un message assez clair et agressif en direction de Pékin.

D'une certaine façon, la nouvelle guerre du Pacifique a commencée en Australie avec ce nouveau pacte qui marque la montée des périls dans la région. La Chine n'a pas manqué de réagir en dénonçant « une mentalité de guerre froide » qui « sape gravement la paix et la stabilité régionale ». A l'heure où le fiasco du retrait américain d'Afghanistan interpelle sur la stratégie du gendarme du monde, cet épisode dont la France est une victime collatérale interroge aussi sur les risques de guerre chaude autour de l'avenir de Hong Kong et de Taiwan.

Depuis la claque de l'annonce mercredi de la fin de ce « contrat du siècle » de Naval Group, l'Elysée se mure dans le silence, laissant les ministres des armées Florence Parly et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian en première ligne pour exprimer la colère du gouvernement. A tous ceux qui voulaient encore croire que Joe Biden serait un président différent de Donald Trump en politique étrangère, le maître de Washington vient d'adresser un sévère rappel à l'ordre en forme de « claque magistrale » à son allié français.

Macron n'avait pas tort en disant que l'OTAN était en état de « mort cérébrale ». Et l'affaire des sous-marins australiens, outre sa dimension industrielle, est aussi un symbole de l'affaiblissement de la France qui bien que présente dans le Pacifique n'y est qu'une puissance moyenne de peu de poids quand la tension y monte. Et ce n'est sans doute pas fini : dans la nouvelle géopolitique mondiale, Joe Biden semble bien parti pour faire perdre d'autres contrats à l'export à la France, s'inquiète Michel Cabirol.

« La France l'a dans l'AUKUS », ironise-t-on sur Twitter. Ce naufrage en eau profonde aura de lourdes conséquences pour Naval Group, en perdition à l'export.

Poignardée par ses alliés australiens et américains, la France va certes exiger des « clarifications » et des compensations financières pour le groupe français, alors que des centaines d'emplois sont en jeu. C'est un coup dur aussi pour Thales, actionnaire de Naval Group, et pour les sous-traitants. Avec des conséquences notables par exemple pour le groupe Bordelais Ingéliance, qui avait créé une co-entreprise en Australie, explique Pierre Cheminade de notre bureau en Nouvelle-Aquitaine.

En matière de guerre du futur, il n'y a pas que les sous-marins qui font rêver les militaires du monde entier. Michel Cabirol a aussi interviewé Marc le Flohic, le PDG de Lumibird, un des leaders mondiaux qui convoite Cilas pour renforcer la souveraineté de la France dans les lasers, des armes incontournables pour les conflits de demain.

Pour en finir avec les sujets militaires, nous nous sommes penchés sur le budget de l'Armée qui sera présenté le 22 septembre avec le projet de loi de finances pour 2022 le dernier du quinquennat. Michel Cabirol y dévoile l'offensive de la ministre Florence Parly pour blinder ses crédits à la hausse... et répondre aux nombreuses sollicitations des industriels du secteur de l'armement.

Dans le monde du business aussi, l'époque est aux raids éclairs. Celui de Vincent Bolloré qui a lancé son OPA sur Lagardère pour racheter les parts du fonds Amber et de Bernard Arnault a un parfum de monde d'avant. Le retour du « gentleman raider » n'étonne en réalité personne tant il paraissait évident qu'Arnaud Lagardère, en cédant sur la commandite, avait signé la fin de l'indépendance du groupe fondé par son père Jean-Luc. Mais l'opération de Vivendi, financièrement avantageuse pour les actionnaires de Lagardère, devra surmonter encore un obstacle de taille, celui de l'autorité de la concurrence, souligne Pierre Manière, notre expert des médias et des télécoms.

Qu'il s'agisse des médias, avec Canal, CNews, Europe1, le JDD ou Paris Match, ou l'édition, avec la fusion du numéro 1 et du numéro 2 du secteur, Editis et Hachette, le monde des affaires et de la politique commence à s'inquiéter de voir en Bolloré un nouveau Hersant. Un empire trop puissant ? Le grand mouvement de concentration des médias est loin d'être achevé. Le magnat tchèque de l'énergie, Daniel Kretinsky, déjà propriétaire de Marianne, actionnaire du Monde où il est entré par effraction, vient de prendre une participation de 5% dans le groupe TF1, le leader français de la télévision, encore détenu à 44% par le groupe Bouygues. Les ambitions de Kretinsky, dont la fortune est estimée à plus de 3 milliards d'euros, suscitent beaucoup d'interrogations. Il assure que son investissement n'est « pas hostile ». Le milliardaire breton Bolloré disait de même à propos de Lagardère. L'opération n'aurait en tout cas pas été réalisée avec l'accord de Bouygues, explique Pierre Manière et intervient en pleine grandes manœuvres entre TF1 et M6, au rachat duquel Kretinsky avait prétendu...

La guerre est déjà une réalité dans le monde cyber, comme l'explique Guillaume Poupard, le directeur de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi). Interrogé par Sylvain Rolland, lors du Forum international de la cybersécurité à Lille, il pointe les risques à la fois criminels et géopolitiques des cyber-attaques qui se multiplient. Pour nous défendre, il faut créer un corps de « pompiers cyber européens » capable d'intervenir partout, tant le risque est en train de s'étendre.

En matière économique, la guerre ne sera pas non plus jolie alors que tous les pays se battent pour leur réindustrialisation, dont Emmanuel Macron veut en faire l'alpha et l'omega de sa stratégie pour 2022. Grégoire Normand suit de près les derniers arbitrages entre Bercy et L'Elysée sur le plan d'investissement France 2030 qui sera annoncé par le président mi-octobre, à hauteur, au moins de 30 milliards d'euros. Certains économistes réclament même un nouveau plan de relance de 100 milliards dédié à la croissance verte.

Réindustrialiser, c'est pourtant possible. Nathalie Jourdan, en Normandie, nous raconte comment le groupe SEB a su trouver les bonnes recettes pour produire en France. 20 ans après la reprise douloureuse de Moulinex, Agnès Pannier-Runacher, la ministre de l'industrie s'est déplacée à Saint Lô sur l'un des sites historiques de la marque qui voulait « libérer la femme ». Pas par hasard. En plein débat sur la réindustrialisation, le made in France réussit plutôt bien au leader mondial du petit électroménager

La bataille des années 2020 sera aussi et avant tout celle du climat. Et elle peut prendre des formes inattendues... Dans une formule de vérité, mais qui pourrait choquer certains écologistes en pleine primaire EELV, Patrick Pouyanné, le Pdg de TotalEnergies le dit sans complexe. « C'est l'argent du pétrole qui finance la transition écologique », exemple à l'appui avec le méga-contrat pétrole, gaz et solaire conclu en Irak par le géant français multi-énergies.

Retrouvez aussi ici sur La Tribune TV l'entretien vidéo : 30 minutes sans filtre où Patrick Pouyanné raconte comment la pression de la société l'a conduit à changer la stratégie de la major pétrolière française. Une bifurcation sur l'autoroutes des énergies.

Le patron de Total le dit aussi sans ambages, « On ne va pas investir des centaines de milliards de dollars dans cette transition énergétique sans que quelqu'un les paye. Cela ne marche pas comme cela l'économie. Ce n'est pas pour rien qu'on voit les prix de l'électricité en Europe augmenter ». Et de fait, Robert Jules s'est plongé dans les courbes affolantes du prix du Kw/h qui flambe en Europe, notamment parce que le vent ne souffle pas assez en mer du Nord pour alimenter les éoliennes...

La flambée des prix de l'énergie, à la pompe, mais aussi le gaz et l'électricité, pourrait-elle réveiller le mouvement des Gilets Jaunes, né à l'automne 2018 en raison de la flambée des carburants ? Chat échaudé craint l'eau froide : Emmanuel Macron prend cette fois-ci les devants en accordant 100 euros de chèque énergie aux plus modestes.

Une transition habile pour vous présenter notre très complet dossier sur les bornes de recharges rapides, le maillon faible de la révolution électrique de l'automobile. Alors que les ventes de voitures électriques et hybrides explosent, le réseau de bornes de recharge est en plein boom dans toutes les régions de l'Hexagone, et elles suscitent désormais la convoitise de divers acteurs allant des constructeurs automobiles aux compagnies pétrolières en passant par les énergéticiens. Un business prometteur pour lequel nous avons impliqué toute la rédaction à Paris et en région, et coordonné par Fabrice Gliszczynski.

Vous lirez les impressions d'un propriétaire de Tesla, pilote de ligne de son état, interviewé par Juliette Laffont et plutôt content de sa machine... et celles plus mitigées du possesseur d'une voiture hybride selon qui Paris n'est pas un long fleuve tranquille !

Pour en finir avec cette semaine riche en batailles, celle du ciel européen avec les ambitions de Qatar Airways décryptées par Leo Barnier qui explique pourquoi Bruxelles s'apprête à ouvrir un boulevard à la compagnie du Golfe...

A lire aussi, sous la même signature, comment la low-cost Ryanair sort ses muscles et projette de rafler le quart du ciel européen d'ici le milieu de la décennie. Il n'y aura pas de la place pour tout le monde.

Enfin, ne ratez pas l'article de Marine Godelier sur les enjeux du projet colossal et contesté d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, où, à cheval sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, Cigéo veut stocker à 500 mètres sous terre 80.000 mètres cube de matériaux radioactifs pour quelques millions d'années... Une enquête lancée le 15 septembre va établir les derniers éléments pour envisager la mise en service prévue entre 2035 et 2080. Pour les générations futures donc...

Philippe Mabille

10 mn

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Commentaires 17
à écrit le 20/09/2021 à 23:48
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Il semblerait que le groupe AUKUS avait pensé à proposer à la France de les rejoindre, mais ils ont renoncé quand ils se sont rendus compte que le nouveau sigle ferait FAUKUS

à écrit le 19/09/2021 à 19:39
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Le titre de l'article est tout simplement excellent.

à écrit le 19/09/2021 à 12:05
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Peut-on reprocher à l'Australie ce que la France fit, également, selon le climat géopolitique du moment, de rompre un contrat d'armement; et c'était vis à vis de la Russie, dans la livraison de bateaux sous la présidence de M.Hollande? Rien donc de...

à écrit le 19/09/2021 à 8:09
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tous les medias ont volontairement occulte le premier accroc du a mme merkel qui a refuse que le groupe vag fournissent les moteurs diesel c'est aussi cela la macronie toujours le en meme temps

à écrit le 19/09/2021 à 0:01
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".... cet épisode dont la France est une victime collatérale interroge aussi sur les risques de guerre chaude autour de l'avenir de Hong Kong et de Taiwan..."...... heu.... Hongkong est chinoise de même que Taïwan. ... pour information. Par contre ...

à écrit le 18/09/2021 à 23:49
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Le titre de l'article minable est une provocation , la tribune n'aime pas la france on le sait

à écrit le 18/09/2021 à 21:45
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Allusion d'une étonnante vulgarité...

à écrit le 18/09/2021 à 15:54
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"Un incident technique est survenu qui a empeché l'enregistrement de votre alerte.L'administrateur du site en a été informé et va veiller à la corriger dans les plus brefs délais.Merci de réessayer à partir de demain.Description du problème: " Donc o...

à écrit le 18/09/2021 à 15:53
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Manu j'attends un coup d'éclat de ta part sinon je ne vote pas pour toi

à écrit le 18/09/2021 à 13:57
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Un article inepte. Il y a qu'à voir ce prétendu spécialiste qui parle de kW/heure, unité qui n'existe pas. Il s'agit de kW x heure = kW.h. Une énergie est une puissance que multiplie un temps. Programme de quatrième au collège... La réindustrial...

à écrit le 18/09/2021 à 12:12
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Entre les titres racoleurs de Michel Cabirol et les jeux de mots obscènes, la Tribune semble se tabloïdiser. Décevant, on est habitué à beaucoup mieux.

à écrit le 18/09/2021 à 11:54
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Quel titre spirituel Un avant gout sans doute du texye de l'article. Très peu pour moi

le 18/09/2021 à 12:06
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Bien qu'il soit un peu vulgaire je trouve que le titre est vraiment parfait et reflete parfaitement la situation et la position médiocre de la région eurosoumise France. les laquais des usa qui n'ont pas leur mot à dire et se font mener en bateau ...

à écrit le 18/09/2021 à 9:42
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Prenons du recul évitons les sempiternels commentaires binaires et demandons nous pourquoi l'Australie avait fait une promesse d'achat de sous marins nucléaires tandis qu'alliée militairement aux états unis au sein du QUAD avec le Japon et l'Inde pou...

le 18/09/2021 à 13:04
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quand on prend du recul ( avec un australien ) attention danger la culotte de plomb est de rigueur

le 18/09/2021 à 15:52
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Ok génial, signalé.

à écrit le 18/09/2021 à 9:09
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gesticulations françaises, faudrait que nos dirigeants en aient un peu plus au niveau de l'entre jambe

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