Macron en a rêvé, Pouyanné le fait : Total réinvente la TIPP flottante !
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Eric Gaillard
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Trois journées de mobilisation réussies, un samedi de manif' en famille... La « rue » va continuer de défier le pouvoir en plein match Irlande-France pour tenter de contraindre Emmanuel Macron de retirer l'article 7 de la loi sur la réforme des retraites en cours d'examen, celui qui porte de 62 à 64 ans l'âge légal de départ à plein droit. Ce vendredi, les députés ont pourtant déjà voté la fin progressive des régimes spéciaux de retraites, soit, quand même, exactement ce qu'avait proposé Alain Juppé en 1995 en provoquant les grèves massives de l'hiver de la même année. Comme l'avait dit feu Michel Rocard après la publication du livre blanc de 1991 sur les retraites, il a fallu s'y prendre à plusieurs fois et faire tomber plusieurs gouvernement pour parvenir à mettre fin aux privilèges en matière de retraite. De ce point de vue, ce vendredi 10 février est un peu une nouvelle « nuit du 4 août », toutes choses égales par ailleurs...
Pourtant, force est de constater que le mouvement social de cet hiver 2023 ne ressemble en rien à celui de 1995 où la France avait vu l'ensemble de ses services publics s'arrêter et bloquer quasiment tout le pays. Rien de tel pour le moment : on manifeste et on rentre bien sagement chez soi. Rien de commun non plus avec la crise des Gilets Jaunes de 2018-2019 : celle-ci, déclenchée par une fureur de « la France d'en bas » contre la hausse du coût de la vie, aurait pourtant autant d'ingrédients pour se manifester aujourd'hui : malgré le gel de la taxe carbone, le prix des carburants à la pompe est plus élevé qu'il y a deux ans. La France « qui fume des clopes et qui roule au diesel » selon l'expression élégante d'un ancien ministre macroniste est peut-être partie prenante du refus de la réforme mais pour l'heure elle n'a pas réinvesti les rond-points.
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Conscient que ses superprofits, annoncés cette semaine, choquent l'opinion, Patrick Pouyanné, le PDG de Total, prend les devants et dit dans le Parisien envisager « de nouvelles actions ciblées de rabais à la pompe » si le litre de diesel repasse au-dessus de deux euros. Une annonce que le gouvernement « accueille favorablement », et pour cause. Bercy doit être bien content de voir Total proposer de lui-même une sorte de « TIPP flottante », à l'image de celle expérimentée, sans grand succès cependant par le gouvernement de Lionel Jospin ... « Plutôt que de partir dans un débat autour d'une taxe exceptionnelle sur les profits, nous préférons prendre des mesures de pouvoir d'achat que les Français ressentent directement », souligne Patrick Pouyanné. Une mesure habile : Total en a plus que les moyens, avec ces profits inespérés et quelle belle opération marketing. Plus que jamais, l'automobiliste n'ira pas chez Total par hasard.