Pour un Plan Marshall européen de la formation et de l'éducation

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Raphaële Bidault-Waddington est fondatrice du LIID Future Lab. Ce dernier coordonne des laboratoires de recherche artistique et prospective dans l'art, l'image, la littérature, les cultural studies, l'architecture, l'urbanisme, le développement durable, l'économie, les humanités digitales, l'intelligence artificielle, la post-vérité.
Raphaële Bidault-Waddington est fondatrice du LIID Future Lab. Ce dernier coordonne des laboratoires de recherche artistique et prospective dans l'art, l'image, la littérature, les cultural studies, l'architecture, l'urbanisme, le développement durable, l'économie, les humanités digitales, l'intelligence artificielle, la post-vérité. (Crédits : Maria Spera)
LETTRE OUVERTE. Pour éviter l'effondrement socio-économique, nous souhaitons porter à l'attention des dirigeants européens une stratégie de résilience socio-économique compatible avec leurs programmes de Green New Deal, de transition digitale de l'Europe, d'inclusion par l'emploi et de défense d'une société de la connaissance et de la créativité. Par Raphaële Bidault-Waddington, fondatrice du LIID Future Lab, en collaboration avec Marie-Hélène Caillol, présidente du Laboratoire européen d'anticipation politique.

Chers Ursula von der Leyen, David Sassoli, Charles Michel, Christine Lagarde, Mario Centeno, Werner Hoyer et tous les représentants nationaux et européens souhaitant agir dès maintenant.

Les analyses prospectives sont toutes très claires : le Covid-19 provoque une crise économique sans précédent et une vague de chômage dont on sait déjà combien elle sera longue, fastidieuse et onéreuse à résorber. L'Organisation internationale du travail anticipe une perte de 12 millions d'emplois pour l'Europe en 2020. Sans aucun doute cela met en péril l'Union européenne et les systèmes nationaux de welfare. Nous savons également à quel point une crise systémique et un chômage de masse sont susceptibles de faire reculer la démocratie et d'exacerber les inégalités. Nous ne sommes qu'au début de la vague du tsunami et il est possible de limiter son ampleur en agissant dès maintenant.

Par cette lettre, nous souhaitons porter à votre attention une stratégie de résilience compatible avec vos programmes tels que le Green New Deal (Frans Timmermans), la transition digitale (Margrethe Vestager), l'inclusion par l'emploi (Nicolas Schmit) et la défense d'une société de la connaissance et de la créativité (Mariya Gabriel). Cette solution représente aussi une véritable promesse pour l'Europe et toutes ses générations. La jeunesse européenne a tout particulièrement besoin d'un horizon inspirant et ouvert pour s'engager vers l'avenir.

Amorcer un processus vertueux et tourné vers l'avenir

Au lieu d'attendre l'effondrement, notre proposition consiste à transformer la période de désintégration dans laquelle nous sommes en une opportunité pour apprendre, se former, innover, imaginer le monde d'après, incuber des projets, préparer la renaissance et réorienter l'économie vers des modèles écologiques, digitaux et inclusifs.

Mettre en place dès maintenant un investissement massif dans la formation et l'éducation va amorcer un processus vertueux et tourné vers l'avenir, d'une part en stoppant l'explosion du chômage, et d'autre part en réorientant les écosystèmes de création de valeur(s) vers les Objectifs du Développement Durable (ODD).

Concrètement, la dynamique de résilience socio-économique fonctionne par trois leviers :

1 - Aider les entreprises à garder leurs salariés en leurs offrant des programmes de formation (locale ou à distance) pour acquérir des compétence d'avenir, innover et rechercher de nouvelles sources de valeur(s) bas-carbone (économie circulaire, circuits courts, potentiel digital, nouvelles formes d'utilité et de contribution, etc.)

2 - Aider, grâce à des formations, les citoyens européens, employés ou au chômage, à développer leur talents, à repenser voire réinventer leur projet de vie professionnelle, à devenir "future-proof" et à prendre des initiatives pour un monde plus durable.

3 - Créer un grand nombre d'emplois d'enseignants, formateurs et mentors, ceci donnant des opportunités immédiates pour des chômeurs ou des travailleurs indépendants, dont nombre sont déjà vulnérables.

Dans ce scénario, la population reste active, incluse et investie plutôt que laissée en attente et en insécurité, dans un processus de dévalorisation et de marginalisation caractéristique du chômage.

Favoriser l'innovation pédagogique

Il s'agira également de favoriser l'innovation pédagogique vers des formats hybrides, tournés vers l'avenir, couplant savoir, créativité, expérimentation et incubation de projets. Lorsqu'il s'apparente à un laboratoire mixant savoir et expérience, l'apprentissage devient bien plus stimulant. En plus des écoles et des universités, les hubs d'innovation, les tiers-lieux et les centres culturels peuvent aussi développer ce type de formation. Bon nombre d'entre eux le font déjà, et sont à l'avant-garde de la formation de nouveaux communs de la connaissance. Que ce soit sous la forme de prototype, de start-up, d'association, de plateforme, de projet collaboratif ou d'événement ad-hoc, les projets incubés serviront de locomotive à la renaissance, et grandiront graduellement au fil de la résorption du virus. Le design de modèles économiques durables suivra le succès et la pertinence de ces prototypes.

Cette dynamique sociétale qui s'annonce bouillonnante donnera naissance à une nouvelle économie structurelle, circulaire, créative et basée sur la connaissance (et donc bas-carbone), convergeant vers le Green New Deal, parfaitement compatible avec les valeurs fondamentales d'éducation et d'émancipation de l'UE, et restaurant l'idée d'un projet commun. Avec cette stratégie, l'UE peut rénover son économie politique et redevenir une promesse d'avenir pour les jeunes générations et pour tous.

Concrètement, nous sommes convaincus que la reprise ne viendra pas d'elle-même et qu'un investissement massif dans une formation tournée vers l'avenir réduira plus rapidement le chômage qui s'annonce, et sera in fine moins dispendieux pour la puissance publique. À ceci s'ajoutent tous les bénéfices pour le climat, la vitalité citoyenne, l'autonomie européenne, la richesse des communs de la connaissance, et la formation d'une prospérité renouvelée et mieux partagée.

Étant donné qu'il bénéficiera équitablement à tous les États-membres, ce Plan pourrait réconcilier ces derniers pour adopter sans attendre un budget d'investissement d'envergure pour la renaissance européenne.

Un déploiement de l'investissement peut ensuite être réalisé dans des délais restreints par le biais de plateformes digitales (au niveau européen et régional) faisant se rencontrer les offres et les demandes de formation et garantissant que l'investissement donnera bien lieu à des emplois européens.

Ces plateformes dédiées pourraient également servir de catalyseur et de dynamique transverse entre les écosystèmes d'innovation européens actuellement en préparation (annoncés par Thierry Breton). Notre collectif est prêt à se mobiliser pour vous aider à activer au plus vite ce plan de reconstruction positive de l'Union européenne.

Merci de votre attention

Raphaële Bidault-Waddington,
fondatrice du LIID Future Lab, en collaboration avec Marie-Hélène Caillol, présidente du Laboratoire Européen d'Anticipation Politique.

Avec le soutien du EU Resilience Collective :

- Daniel Amesz, président de l'association AEGEE European Student's Forum, Belgique.

- Stéphanie Ampart, fairy activist pour So Good Media, HiFlow Genève, et Synergie Family, France.

- Michel Bauwens, fondateur de la P2P Foundation, Belgique.

- José María Compagni Morales, Docensas SL, U, Espagne.

- Marie-Pierre Dequier, co-fondatrice du CollectivZ et de France Apprenante, France.

- Uffe Elbaek, fondateur de la KaosPilot School et de The Alternative, Membre du Parlement danois, Danemark.

- Anne Kjaer Bathel, CEO et Co-fondatrice de ReDI School, European Young Leaders (EYL) Network, Allemagne.

- Guillaume Klossa, ex-directeur de l'UE Radiotélévision, ex-conseiller du VP de la Commission Européenne.

- Juan Laborda, professeur d'économie et finance, Universidade Carlos III de Madrid, Espagne.

- Dan Luca, VP Innovation Stratégique du groupe EURACTIV et professeur associé au SNSPA, Bucarest, Roumanie.

- Marco Moiso, vice-president du Movimento Roosevelt, Italie, GB, France.

- Cédric du Monceau, 1st Substitute in the Belgian European Parliament cdH/EPP, Belgique.

- Harald Neidhardt, CEO et Curator, Futur/io Institute, Allemagne.

- Marianne Ranke-Cormier, Réseau Franck Biancheri et présidente de #CitizensRoute, France.

- Claire Souvigné, directrice des programmes Bachelor, American BBA & MSc /MBA, Groupe INSEEC, France.

- Gavin Starks, fondateur de Dgen Constellation, et précédemment du Open Data Institute, GB.

- Astrid Szogs, Regionalmanagement Northern Hesse, MoWiN network et New Club of Paris, Allemagne.

- François Taddei, Directeur du CRI (Centre de Recherche Interdisciplinaire), France.

- Jussi Tapio, co-fondateur de Ghost Company, et organisateur de #hackthecrisisfin, Finlande.

- Adrian Taylor, Foresight to Strategy for Sustainability and Security in Governance (4Sing), Allemagne.

- Wim Veen, Professeur Em., Delft University of Technology, et fondateur de allyoucanlearn.eu, Pays-Bas.

- Olivier Zara, fondateur de BrainShip collective intelligence academy, Montreal, Canada.

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Lire aussi : Se former ensemble pour un véritable Green New Deal

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Commentaires
a écrit le 28/05/2020 à 10:02 :
Qu'ils arrêtent déjà de détourner les milliards de la formation avant de redemander du pognon pour qu'il termine mort dans les paradis fiscaux, c'est bon hein, merci.
a écrit le 27/05/2020 à 22:36 :
Au lieu d'attendre l'effondrement, notre proposition consiste à transformer la période de désintégration dans laquelle nous sommes

Réaction : «  une période de désintégration «  est ce une rupture avec «  les repères sains de chaque individus «  «  cette désintégration «  ?

Quand il y a rupture : comment voulez vous construire ? Car il y a refus des «  personnes «  telles qu’elles sont ? Cette société a «  imposé » avec «  violence «  la transition numérique sans protéger les droits des individus et des consommateurs . Désintégrer pour «  intégrer «  est une «  reprogrammation » un conditionnement autoritaire.
Voilà la «  signification «  de vos propos .

en une opportunité pour apprendre, se former, innover, imaginer le monde d'après, incuber des projets, préparer la renaissance et réorienter l'économie vers des modèles écologiques, digitaux et inclusifs.

Réaction :

Les formatages forcées de société , les reprogramation non naturelles des humains ,
en forçant les limites des uns et des autres , en créant des chaînes d’injustices pour «  hisser » juste « ceux »qu’un groupe estime qu’il faut hisser par rapport à d’autres ...
Diviser pour régner est la recette des manipulateurs et des dictateurs qui font « semblant « d’être humaniste .
Yen marre des gens «  faux » et menteurs .
a écrit le 27/05/2020 à 20:38 :
Tout cela pipeau pipeau et littérature...
a écrit le 27/05/2020 à 13:45 :
Commençons déjà par nettoyer devant nos portes en restructurant en profondeur la formation professionnelle en France qui bénéficie essentiellement aux cadres déjà en place...au détriment des demandeurs d'emploi et autres travailleurs précaires.
Réponse de le 27/05/2020 à 15:19 :
Former les personnes en poste c'est améliorer la compétitivité de l'entreprise et le maintenir l'employabilité. Il est souvent préférable de prévenir que de guérir!

Une formation incrémentale de personnes déjà qualifiées est sans doute tout aussi pertinente si ce n'est plus qu'une formation de reconversion de chômeurs. Beaucoup de chômeurs sont compétents, qualifiés, et n'ont pas besoin de formation, mais tout simplement d'offres d'emploi! De plus, beaucoup d'emplois sont peu qualifiés et ne nécessitent pas de formation (ou quelques heures au sein de l'entreprise).

Quant aux cadres, ils ont généralement besoin de plus de formations que les employés et ouvriers car leurs activités sont généralement plus complexes.

Cependant tout le monde devrait pouvoir suivre des formations pour changer d'emploi ou évoluer dans sa carrière, cadre ou non, chômeur ou en emploi, il ne sert à rien d'opposer les individus.

Au final la formation doit être un droit accessible à tous, en quantité et en qualité.
a écrit le 27/05/2020 à 12:52 :
Pas la peine d'aller plus loin que le titre pour "appendre" que les idéologies totalitaires ne sont pas morte et qu'un nouveau dogme va faire "fureur"!

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