Tourisme : comment la Bretagne veut prolonger la saison

SÉRIE D'ÉTÉ - ÉPISODE 1. « Le dépaysement proche de chez vous » : la signature de la nouvelle campagne de communication touristique de la Bretagne veut répondre aux attentes post-confinement. Pour séduire une clientèle régionale et française autour du concept du « slow tourisme », elle promeut les activités nature, le patrimoine et les grands espaces. Fortement touché par la crise, le secteur est soutenu par l’action régionale. Avant l’adoption, en octobre, d’un nouveau schéma de développement du tourisme.
Pour séduire une clientèle régionale et française autour du concept du « slow tourisme ».
Pour séduire une clientèle régionale et française autour du concept du « slow tourisme ». (Crédits : Région Bretagne)

Avec des pertes évaluées à près de 1,2 milliard d'euros, le secteur touristique breton est fortement secoué par la crise du Covid-19. Les établissements qui résistent serrent les budgets : 30 % des 35 000 saisonniers généralement recrutés ne seront pas employés cette année.

Dans l'adversité, les Bretons se serrent les coudes mais veulent rester optimistes. « C'est pour nous l'occasion de nous faire connaître de la clientèle familiale, locale et régionale. D'ordinaire nous arrêtons fin septembre, cette année ce sera fin décembre », lance Arnaud de la Chesnais, directeur du Domaine des Ormes à Epiniac (35), dont le golf est habituellement très prisé des Britanniques. En prolongeant la saison, le secteur touristique compte bien rattraper cet été et sur l'arrière-saison une partie de son activité qui représente annuellement 7 milliards de retombées économiques, 8 % du PIB breton et 58 000 salariés. Il est appuyé par le Conseil régional au travers des fonds de solidarité et Covid-résistance et par le Comité régional du tourisme dans le cadre d'un vaste plan de relance.

1,06 millions d'euros a ainsi été investi dans le soutien aux entreprises et le lancement d'une campagne de communication numérique de deux ans. Développée sur le thème du tourisme durable, elle se concentre sur les fondamentaux de la région. Objectif : séduire en priorité une clientèle locale et française, et dans le courant de l'année prochaine faire revenir sa clientèle européenne, notamment britannique. Première clientèle étrangère de la région, elle représente même 85 % des passagers de la Brittany Ferries.

Lire aussi : Brittany Ferries s'ancre à Saint-Malo mais louvoie face au Brexit

Tourisme durable pour familles et actifs voyageurs

Déployé de la mi-juin à la mi-juillet sur les réseaux sociaux et un bouquet de sites internet, avant une deuxième vague en septembre et octobre, le nouveau plan de communication veut surprendre autour de deux principes : proximité et authenticité. De Ty-cyclette à Breizhbecue en passant par Kerlifornie et Caraibzh, la campagne joue sur les mots et accole des « signifiants » bretons connus du public à des images traditionnelles de la Bretagne : un chemin de campagne, une église dans les Monts d'Arrée, les vagues ou les proches archipels.

« C'est une campagne originale, qui décoiffe un peu. Nous donnons l'image d'une Bretagne sûre d'elle mais qui se moque un peu d'elle-même » décryptait le président du Conseil régional Loïg Chesnais-Girard lors du lancement de cette communication. « La force de cette campagne réside dans sa capacité à être reprise, viralisée et amplifiée afin d'attirer des jeunes actifs qui d'ordinaire voyagent à l'étranger, des familles et des couples sans enfants », ajoutait sa vice-présidente au tourisme, Anne Gallo. La Bretagne ne battra pas sans doute cette année son record de 99,7 millions de nuitées enregistrées en 2019, mais elle espère sensibiliser des Parisiens, des habitants des régions voisines mais aussi des Bretons au concept du « slow tourisme », qui met en avant le « patrimoine naturel ou culturel, la gastronomie, les femmes et les hommes qui vivent en Bretagne ».

Campagne communication Bretagne été 2020

10 000 nuitées perdues aux Ormes, réservations 2021 ouvertes chez Brittany Ferries

En parallèle à cette prise de parole institutionnelle, des acteurs du tourisme initient leurs propres actions commerciales et de promotion. Le Domaine des Ormes a lui aussi communiqué sur les atouts de son site de 200 hectares qui propose, pour des vacances et des séminaires, des hébergements classiques (hôtel, mobile home) ou insolites (bulles, bungalows sur l'eau, cabanes perchées...) ainsi que des activités de loisirs dont un dôme aquatique (4500 m2 sous bulle de verre), inauguré il y a un an. « Entre le 15 mars et le 11 mai, nous avons perdu 10 000 nuitées en valeur brute. Sur 800 logements, un peu plus de 500 seront remplis cette année », prévoit Emmanuel Barré, le directeur marketing et communication du site. « Notre objectif est d'attirer une clientèle plus équilibrée, avec plus de familles françaises et de faire durer la haute et l'arrière-saison ».

Le domaine, qui emploie 126 personnes et embauche d'ordinaire 300 saisonniers (50 maximum cet été), espère ainsi limiter la casse et éviter les licenciements : son chiffre d'affaires 2020 ne représentera a priori qu'un tiers de celui de 2019, établi à 14 millions d'euros. « Notre crainte, c'est le rebond en trompe l'œil. En douze jours en juin, nous avons enregistré 900 réservations, c'est phénoménal. Mais un très bon été peut être suivi d'un effondrement », redoute Emmanuel Barré.

La Brittany Ferries, qui redémarre le trafic progressivement avec une rotation de neuf navires sur douze et une capacité réduite à 30-40 %, mise désormais sur 2021. La compagnie basée à Roscoff, qui met en avant « l'atout sécurité du service en cabine », vient de lancer la campagne numérique « Broaden Your Horizons » sur le Royaume-Uni et a ouvert de façon anticipée mi-juillet les réservations de traversées jusqu'en octobre 2021. « 2020 est une année blanche, nous voulons anticiper l'avenir et ainsi garantir que notre retour est solide et réussi », déclare Christophe Mathieu, président du directoire de Brittany Ferries, alors que la menace sur les emplois est forte pour 2021. La compagnie a perdu plus de 200 millions d'euros de chiffres d'affaires (sur 450 millions d'euros annuels pour 3 000 collaborateurs) et prévoit de transporter 240 000 passagers, contre 780 000 d'ordinaire. Alors que les répercussions du Brexit se profilent, le groupe bénéficie d'un prêt garanti par l'État de 117 millions d'euros et du chômage partiel pour passer le cap et mettre en oeuvre un plan de relance sur cinq ans.

Brittany Ferries, navire, transport maritime,

Nouveau schéma régional de développement du tourisme

Les étapes successives de la reprise d'activité, à court, moyen et long termes de cet acteur breton clé du trafic transmanche, qui promeut la destination France et génère près de 600 millions d'euros de retombées touristiques en France, sont scrutées de près. Les acteurs publics et privés restent aussi en veille sur les autres secteurs, hôtellerie et campings, nautisme ou thalassothérapie.

À l'avenir, la Région souhaite faire monter en gamme le tourisme breton et conforter l'activité de cette filière. Elle prépare à cet effet l'adoption en octobre d'un nouveau schéma régional de développement du tourisme. Positionné sur les thématiques « identité et transitions (environnement, société, méthode) » et orienté vers les projets, ce futur schéma entend inscrire le tourisme comme levier de développement et de performance socio-économique. Outre une méthode de travail collectif, il appliquera aussi les engagements environnementaux de la Breizh Cop, l'équivalent breton de la Cop 21. « Les aides régionales attribuées aux 10 destinations touristiques qui composent le territoire se verront appliquées le 1 % biodiversité », précise Anne Gallo. Ce pourcentage financera des actions de préservation de la biodiversité, de protection d'espèces ou de renaturation. « Breizhpirez au grand air », la Bretagne nous le propose dès cet été !

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LA SÉRIE D'ÉTÉ SPÉCIALE BRETAGNE

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Commentaires 3
à écrit le 22/07/2020 à 19:16
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C'est mal barré ! Épargnée par la 1re vague, la Bretagne est en pointe de la contamination pour la 2e vague. Sacré paradoxe couplé d'un sacré dilemme

à écrit le 22/07/2020 à 14:37
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des villes comme Vitré, combourg, Argentré du plessis, la forêt de Brocéliandre, le tombeau de Merlin, l'ouest de la Mayenne qui fait partie du pays Galo, tout ça mérite le détour. A notre époque on ne peut plus se contenter des îles des plages, la...

à écrit le 22/07/2020 à 9:04
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Bah côté tourisme la Bretagne a toujours bénéficié de la proximité avec Paris et cela ne devrait pas changer tout de suite ! Avec un réservoir potentiel de plusieurs millions de clients ils sont tranquilles pour longtemps. A moins que vous en aye...

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