10ème anniversaire de la loi sur le Grand Paris: « Le métro avance bien mais... »
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Conseiller technique du ministre des Transports Jean-Claude Gayssot sous le gouvernement Jospin, directeur du développement et de l'action territoriale, puis directeur du RER à la RATP, directeur de la mission de préfiguration du Grand Paris, auteur de rapports pour les gouvernements Fillon et Ayrault, président de RATP Smart Systems et depuis peu, consultant en stratégie, management et mobilité, Pascal Auzannet vient de publier une version actualisée de son livre Les secrets du Grand Paris - Zoom sur un processus de décision publique (Hermann, 2018).
LA TRIBUNE - La loi du grand Paris fête ses 10 ans aujourd'hui. Comment ce projet du siècle a t-il émergé ?
PASCAL AUZANNET - Ce projet a été initié par l'État sous la présidence de Nicolas Sarkozy avec son discours fondateur du 29 avril 2009 à Cité de l'architecture et du patrimoine. Un peu plus d'un an après, la loi sur le Grand Paris était adoptée. Après le Paris du baron Haussmann, le métro de Fulgence Bienvenüe et le schéma directeur de Paul Delouvrier avec les RER et les villes nouvelles, la Région capitale bénéficie d'une vision permettant de répondre aux enjeux du 21ème siècle. Pour sa définition, l'implication des ministres chargés du Grand Paris, Christian Blanc et Maurice Leroy, qui se sont succédé, a été déterminante. Ce projet a été confirmé après deux alternances politiques, en 2012 et 2017. La réalisation du futur métro - 200 km avec 68 gares - est réellement en marche. Une quinzaine de tunneliers est en activité. Bientôt, il y en aura une vingtaine.
La promesse du projet urbain, social et économique d'intérêt national s'appuyant sur la création d'un réseau de transports publics de voyageurs est-elle tenue ?
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Les promesses du Grand Paris portent aussi sur l'aménagement du territoire francilien, le rééquilibrage est-ouest, la lutte contre la fracture territoriale, la mixité sociale, la densité urbaine autour des gares du Grand Paris. Leurs concrétisations constituent l'acte II du Grand Paris. Évidemment, il est encore trop tôt pour faire le bilan, mais de premières tendances sont constatées. Avant la crise du Covid-19, le rythme de construction de logements était au rendez-vous - l'objectif des 70.000 construits par an a été largement dépassé - les constructions autour des gares se sont concrétisées avec une densité en augmentation de 20 % pour les 2/3 d'entres elles.
Mais il y a parfois des contre-exemples. Le rééquilibrage dans la construction de logements sociaux va aussi dans le bon sens mais ce n'est pas systématique. Dans le même temps, on constate que le développement des activités est plus fort à l'ouest avec un meilleur rythme de réalisation. La répartition des chantiers de bureaux est de ce point vue éclairant : 19 % dans le secteur nord-est, 23 % à Paris et 58 % à l'ouest. Il y a aussi un risque de gentrification identifié, avec un renforcement et une diffusion de la richesse dans les territoires aisés et un appauvrissement des secteurs modestes.
À terme, il y a un risque que les populations les plus défavorisées continuent d'habiter à l'est et les plus aisées à l'ouest. Mais, les résidents de l'est bénéficieront d'une notable amélioration de l'accessibilité aux emplois et à la formation. C'est très bien mais ce n'est pas l'objectif initial.