Pourquoi il faut aller au-delà de la ville intelligente

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Il ne suffit pas de parler de ville intelligente car nous devons avant tout nous immerger dans la profondeur de la vie citoyenne et urbaine, pour comprendre ses mutations et agir en conséquence de manière transverse.
Il ne suffit pas de parler de ville intelligente car nous devons avant tout nous immerger dans la profondeur de la vie citoyenne et urbaine, pour comprendre ses mutations et agir en conséquence de manière transverse. (Crédits : Reuters)
A l'occasion du lancement de notre Forum Smart City, à Bordeaux le 3 avril, le professeur Carlos Moreno présente sa vision des villes connectées et citoyennes et avance des éléments de réponse à la question: comment affronterons-nous les mutations urbaines au 21e siècle?

La ville, en se développant, doit faire face à de nombreux défis: augmentation de population, des besoins énergétiques, précarité économique, écarts sociaux, réduction des budgets à une époque de crise, coûts énergétiques en hausse, diminution des ressources fossiles, pression médiatique, etc. Aujourd'hui, la planète a dépassé les 7 milliards d'habitants et, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, plus de 50% de la population vit dans des villes ; en Europe le chiffre atteint 77%.

De nouveaux besoins vitaux s'imposent sur le plan alimentaire, sanitaire, climatique, de la mobilité, etc., exigeant de nouvelles réponses dans ces contextes de forte évolution, où la nature se trouve plus que jamais menacée.

Parallèlement, nous vivons au XXIe siècle à l'époque de la révolution numérique ubiquitaire : le monde a dépassé le chiffre de 5 milliards d'appareils connectés et, en 2020, ce chiffre devrait avoir triplé. Les relations entre les personnes, indépendamment de leurs habitats, us et coutumes et de la région de la planète où elles vivent, se sont vues profondément modifiées par l'instantanéité des échanges permise par cette présence ubiquitaire, par la puissance des réseaux maillés de l'Internet et celui des objets... Les nouvelles technologies impriment profondément et durablement leur marque dans l'environnement immédiat de la vie quotidienne de chacun.

Mais il ne suffit pas de parler de ville intelligente car nous devons avant tout nous immerger dans la profondeur de la vie citoyenne et urbaine, pour comprendre ses mutations et agir en conséquence de manière transverse. Plus que jamais la ville intelligente et humaine est à l'ordre du jour  avec 5 impératifs:

Impératif n°1 : répondre
aux besoins des citoyens

Répondre de manière efficace, visionnaire et en même temps pragmatique aux besoins d'aujourd'hui et de demain des citadins avec le triptyque indispensable: "l'inclusion sociale, la ré-invention urbaine, les révolutions  technologiques".

Impératif n°2 : Vivre
dans une ville vivante

Il s'agit de la nécessité de développer une dynamique collaboratrice et transverse. La ville est très fragile. Elle est exposée en permanence à toutes sortes de risques qui affectent son devenir. Un grand nombre de systèmes interdépendants constituent le tissu urbain au centre duquel se situe le citadin.

La réflexion sur l'urbain, l'intelligence sociale et la technologie au service du citadin, sur la résilience, exigent des pratiques transversales afin de pouvoir innover, expérimenter, explorer les relations qui existent entre l'espace public de la ville, ses infrastructures, ses besoins de développement publics et privés, dans le cadre d'une évolution urbaine quelle que soit la taille des villes, petites agglomérations ou grandes métropoles.

Impératif n°3 : Promouvoir
la "vitalité" urbaine

Comment développer un espace public de brassage, mixité et collaboratif générateur des initiatives sociales innovante voire disruptives ?

La "vitalité urbaine" est la convergence de la "ville vivante" avec ses infrastructures et services d'une part, et des initiatives citoyennes d'autre part, pour lesquelles il est nécessaire de créer des capacités participatives au travers d'espaces d'échange, de discussion, de création, avec des citadins, ces indispensables smart citizens.

La "vitalité urbaine" est aussi propre à chaque ville, chacune avec son propre rythme, dans des contextes sociaux, économiques, politiques, culturels, géographiques, etc., différents.

Impératif n°4 : Transformer
le citoyen lui-même

Il s'agit de l'intelligence urbaine socialement inclusive: transformer le citadin lui-même, afin d'être acteur de la vie d'aujourd'hui et de demain.

Les citadins sont eux-mêmes dissemblables, divers, souvent changeants, influençables, succombant aussi aux effets de mode et sont le produit de contextes et de situations de vie qui les ont fait évoluer de manière différente, en les conduisant selon les circonstances soit à se marginaliser, à être passifs, à ne pas se sentir socialement inclus, voire à s'exprimer en termes des refus parfois extrêmes ou au contraire à être les acteurs d'un aspect ou d'un autre de leur ville, à être hyper-présents, hyperactifs, fortement impliqués. Entre ces extrêmes, existent de multiples nuances et facettes.

Il est alors essentiel de créer un mouvement, un état d'esprit "la volonté du citadin actif", qui permet au citadin de construire, vivre, développer l'interactivité entre lui-même et sa ville. On le voit au travers des actions telles "Vis ta ville", "Change ta ville", "Ta vie est la ville", "Tu es la ville", expressions et actions qui accompagnent cette "vitalité urbaine inclusive".

Impératif n°5 : Promouvoir
l'intelligence ambiante

C'est le produit de la révolution du XXIe siècle, la révolution numérique ubiquitaire: l'avènement de l'"intelligence ambiante" et, avec elle, du citadin connecté.

La révolution numérique est en marche à travers l'ensemble de la planète. Celle-ci a démarré il y a déjà longtemps avec l'installation des mailles serrées des réseaux de communication et d'Internet, auxquelles sont venus s'ajouter celles des objets communicants. La puissance de la révolution ubiquitaire vient du fait que les objets, initialement technologiques, se sont transformés en objets sociaux. Ils ont ainsi participé à la création de services qui transforment nos vies et nos villes.

Il s'agit de la convergence du monde physique ou réel et du monde virtuel. Les utilisateurs se réapproprient leur rôle de citoyen et deviennent des acteurs connectés en temps réel. Ils ne sont plus de simples consommateurs d'Internet, ils en sont devenus les protagonistes. Parmi ceux qui décident d'utiliser leur connectivité en créant un lien social, émerge une nouvelle forme d'expression sociale de nature participative.

Ainsi, les citoyens sociaux connectés, parfois anonymes, par le biais d'une photo, d'un tweet ou d'un statut, acquièrent une force qui, lorsqu'il s'agit de s'exprimer sur la vie de la cité, dépasse la frontière entre monde virtuel et réel et engendre un puissant contre-pouvoir civil. La  pression sur les dirigeants s'exerce pratiquement en temps réel et les lanceurs d'alerte vivent dans l'actualité réactive immédiate, en créant des effets multiplicateurs inédits aux conséquences sociales parfois imprévisibles.

Cette nouvelle ère du cyberespace inversé prend corps dans nos vies, dépassant la simple connectivité des objets et de l'utilisateur pour s'hybrider à notre quotidien.

Le concept de l'intelligence ambiante nous amène à pouvoir ainsi inventer et réinventer d'abord les utilisations et services qui transforment la vie urbaine. Au travers des réseaux sociaux, tout un chacun pourra contribuer à l'élaboration de services publics, et il probable que de nouvelles manières de vivre surgissent. Nous assistons également à une révolution dans les formes; les systèmes hiérarchisés et verticalisés sont aussi remis en question.

Les réseaux énergétiques et l'émergence indispensable de la ville durable, post-carbone même, exigent aussi que le développement durable soit placé au cœur de la vie citadine. La ville du futur, que nous construisons jour après jour, est guidée également par la nécessité impérative d'optimiser et de mettre en commun les ressources.

C'est le sens profond de mon engagement autour du concept de la "ville vivante", bien au-delà de la ville intelligente car avant tout humaine et citoyenne.

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Commentaires
a écrit le 25/02/2015 à 14:21 :
quel charabia ! il faudrait peut être retourner sur le terrain M. Moreno ?
a écrit le 22/02/2015 à 9:00 :
Oui: il faut aller au-delà de la ville intelligente, mais l'article ne dit rien (il me semble).
a écrit le 21/02/2015 à 16:28 :
Quel galimatias...
L'enjeu technologique de la ville intelligente est balayé d'un revers de main (et par la même occasion des problématiques comme la restructuration des services publics urbains en réseau due à leur numérisation; la production d'une nouvelle ressource: les données urbaines; etc.), et soudain surgissent une série d'impératifs qui s'empêtrent dans des grandes notions, le Citoyen, la Vie, pour finalement conclure que la "ville doit être vivante", slogan mou et dénué de toute signification. Résultat: rien n'est dit de la ville intelligente et un idéologue raconte sa "vision" sans que l'on sache de quoi il parle exactement. A cela, il faut ajouter de grossières méprises: "La puissance de la révolution ubiquitaire vient du fait que les objets, initialement technologiques, se sont transformés en objets sociaux.". Les objets technologiques ont toujours été des objets sociaux, pour s'en convaincre, il suffit de lire les travaux de sociologie des sciences et de l'histoire institutionnelle des technologies. Ce texte, dépourvu de toute tentative de démonstration ou d'explication, sans aucun fondement scientifique, avance des opinions souvent grotesques. Est-ce bien sérieux de laisser tant de place à ces vaticinations sans intérêt?
a écrit le 20/02/2015 à 13:55 :
Allez donc planter quelques fleurs et vous détendre sur l'herbe. Nous nous chargerons de nos propres vies sans vos chimères et votre constructivisme débridé.

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