« Jusqu'à présent, on allait à Douai pour voir le beffroi. Aujourd'hui, on y va aussi pour visiter l'usine Renault et l'Imprimerie nationale » se félicite Cécile Pierre, déléguée générale d'Entreprise et Découverte. L'association travaille à démocratiser ce nouveau type de loisir complémentaire qui se développe fortement : le tourisme de savoir-faire. Après un farniente bien mérité, beaucoup de touristes aiment se cultiver en visitant le château, l'abbaye ou le musée situés à proximité de leur lieu de vacances. Désormais, ils peuvent également découvrir des sites industriels remarquables et des ateliers d'artisans. D'après Entreprise et Découverte, pas moins de 15 millions d'amateurs se sont rendus dans 2 000 entreprises en 2019 (30 % de plus qu'en 2013), dont 21 % de visiteurs étrangers, un chiffre qui a doublé en quatre ans. La France est leader en Europe pour ce nouveau type de loisir dont le potentiel est encore largement sous-exploité. Dans le pays phare de la gastronomie et de l'art de vivre, ce sont les entreprises du secteur agroalimentaire qui attirent le plus (37 % des visiteurs). Parmi ces nombreuses PME qui ouvrent leurs portes, on peut citer Terre de Sel, où des visites à pied sont organisées autour des salines de Guérande ; l'Atelier du Piment ; la coopérative oléicole L'Oulibo ; la Cité du Chocolat Valrhona ; les Calissons du Roy René, etc. Accompagnement obligatoire de ces agapes, les producteurs de vins, bières et spiritueux arrivent en deuxième position des sites les plus fréquentés (22 %). La Maison Rémy Martin qui propose une découverte en train du site d'élaboration des cognacs au cœur des vignes de Merpins, le Palais Bénédictine, le Champagne Taittinger, la Cave de Byrrh, le Calvados Christian Drouin : toutes ces maisons offrent une manière agréable de pénétrer les secrets de la distillation tout en dégustant un bon cru ou un alcool réputé. Mais nourriture et boissons ne résument pas à elles seules le patrimoine manufacturier hexagonal. L'industrie, l'énergie et l'environnement se hissent sur la troisième place du podium avec 16 % des visites. Ici, on déambule au sein d'édifices et d'ouvrages d'art immenses et impressionnants, comme les Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire, d'où sortent les plus grands paquebots de croisière du monde ; Airbus, fleuron européen de l'aéronautique ; les unités de production d'énergie d'EDF : l'usine marémotrice de la Rance, les centrales nucléaires de Chinon et Cruas-Meysse. Dans cette dernière, après une conférence, les groupes accèdent au site et plongent dans les coulisses de fonctionnement d'une centrale. Mais on peut aussi aller à la rencontre des ETI (entreprises de taille intermédiaire) comme De Buyer, les Fonderies de Sougland, Cristel. L'industrie est suivie de près par l'artisanat et les métiers d'art en termes de fréquentation (15 %). Les institutions emblématiques comme le Mobilier National ou la Monnaie de Paris sont en bonne place, mais la Verrerie de Biot, la Coutellerie de Laguiole, les Cristalleries Saint-Louis ou les Santons Fouque sont un vivier de savoir-faire uniques. On trouve ensuite la mode et les cosmétiques (8 %). Dans la filière mode et textile, autrefois florissante mais durement touchée par la mondialisation, plusieurs ateliers accueillent les amateurs de fabrication de vêtements. La Manufacture Bohin, par exemple, est le seul fabricant français d'aiguilles et d'épingles. Le public peut assister à la naissance de ces objets petits mais indispensables. Citons aussi les jeans 1083, les Tricots Saint-James, Aigle International, la Cité de la Chaussure ou le Tissage Moutet. Côté parfumerie et cosmétiques, direction le Sud chez la savonnerie Marius Fabre, l'une des dernières à fabriquer un savon de Marseille authentique selon un procédé de fabrication datant du xviie siècle. Et aussi la Parfumerie Fragonard ou L'Occitane en Provence.