Fintech : mais où sont les femmes ?

L'univers des startups de la finance est encore bien trop masculin. Selon une étude réalisée par l’association France FinTech, Arkéa et le cabinet Roland Berger, les femmes représentent seulement 9% des fondateurs de ces jeunes pousses. L'accès inégalitaire au financement constitue l'un des principaux freins.

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(Crédits : Twitter @Willa_off)

Les Fintech, ces startups qui entendent bouger les lignes dans le secteur de la finance grâce aux nouvelles technologies, ne sont pas parvenues à faire évoluer un aspect historique du secteur : celui du manque de mixité. A la veille du grand raout du secteur, Fintech Revolution, qui se tient ce mardi 9 avril à Station F, l'association professionnelle du secteur France FinTech a publié une étude menée avec Arkéa et le cabinet Roland Berger, qui révèle que les femmes représentent seulement 33% des équipes des jeunes pousses françaises de la finance. Elles ne sont que 12% à y occuper un poste de direction, et moins encore à en être les fondatrices (9%).

«La mixité est une problématique sur laquelle nous travaillons depuis la création de l'association, en 2015. Nous avons réalisé cette étude car nous avions le sentiment que la situation n'était pas satisfaisante du tout. Le constat est sans appel : nous sommes mauvais sur le plan de la mixité », reconnaît, sans détour, Alain Clot, le président de l'association France FinTech.

Cumul des insuffisances de la finance et de la tech

Au carrefour de deux mondes, la Fintech « hérite des insuffisances des secteurs de la finance et de la tech », souligne l'étude. D'après l'enquête, les principales causes de ce déficit de représentation féminine dans le secteur relèvent de trois sources. D'abord, les biais d'orientation qui existent en faveur des garçons vers les études scientifiques pourvoyeuses de talents dans les Fintech. Ensuite, la représentation culturelle du milieu financier, bancaire et technologique qui en découle, plus hermétique à la participation des femmes. Enfin, le phénomène d'intériorisation de plusieurs mécanismes d'autocensure par les femmes, qui influencent leurs choix de carrière, notamment entrepreneuriaux.

« Il faut en finir avec le syndrome de l'imposteur qui est encore plus fort dans l'entrepreneuriat », insiste Alain Clot.

Évoqué en filigrane à travers les entretiens menés dans le cadre de cette étude, ce syndrome se traduit par une épuisante quête de légitimité.

« D'après les entretiens, de nombreuses femmes expriment une 'double peine', c'est-à-dire qu'en étant femme et en gagnant sensiblement moins, elles se ressentent moins compétentes que leurs pairs masculins », expose le document.

Féminiser les fonds d'investissement

Les auteurs de l'étude proposent plusieurs pistes de réflexion pour féminiser le secteur. Elles s'articulent autour de quatre univers : l'éducation et la formation, le financement, l'environnement professionnel et la déconstruction des biais. L'un des chantiers envisagés consiste à la mise en place d'objectifs chiffrés de mixité au sein des équipes d'investissement ou encore la création de fonds dédiés pour les sociétés de femmes entrepreneures.

« Le financement est une étape clé dans la réussite d'un projet entrepreneurial. Or, dans les fonds d'investissement, les femmes sont encore moins représentées », regrette Alain Clot.

D'après les témoignages recueillis, l'accès aux sources de financement reste inégalitaire et constitue un obstacle majeur aux projets entrepreneuriaux des femmes. Un sentiment, corroboré par des chiffres. Parmi les 78 associés des fonds investissant dans les Fintech, seulement cinq sont des femmes. Et, les neuf plus gros fonds d'investissements n'ont investi que 3% de leurs fonds dans des entreprises cofondées par des femmes. Parmi les autres mesures recensées : le mentorat des collégiennes et lycéennes par des femmes ingénieures, une politique de congé parental réparti ou encore le recours à des équipes paritaires lors des remises de prix.

Inspirer par l'exemple

Outre un travail sur des propositions concrètes, le président de France FinTech insiste sur l'importante de la prise de parole et du partage d'expérience : « pour faire avancer les choses, il faut provoquer des envies et décomplexer les entrepreneuses ».

A l'occasion de la publication de l'étude, l'association organisait une table ronde sur le sujet dans les locaux de Leetchi, l'une des Fintech tricolores à succès, créée il y a 10 ans par une femme : Céline Lazorthes, elle-même business angel et investie dans l'entrepreneuriat féminin à travers le collectif Wearesista, qui s'est donné pour mission de réduire les inégalités de financement entre entrepreneurs et entrepreneures en impliquant l'ensemble de l'écosystème de la French Tech.

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Commentaires 3
à écrit le 08/04/2019 à 14:48
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La parité pour la parité n'a pas de sens! Ce qui importe ce que parité rime avec équité

à écrit le 08/04/2019 à 10:28
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Il n'y a pas beaucoup de femmes chez les éboueurs non plus, alors qu'est qu'on fait?

à écrit le 08/04/2019 à 8:23
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Vous commencez à nous gonfler sérieusement avec votre parité à marche forcée à la sauce sociale démocrate à savoir comme si nous étions tous pareils, l'enfer est pavé de moralisme social démocrate. Déjà que la finance c'est aliénant, c'est une di...

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