Quand TF1, M6 et France Télévisions conseillent le CSA pour encadrer Canal Plus

Les trois grandes chaînes pointent de concert les risques d'entrée de Canal Plus sur le marché de la télévision gratuite. Une sortie publique qui intervient à quelques jours de l'autorisation définitive que doit donner le Conseil supérieur de l'Audiovisuel.
La tour TF1 à Boulogne Copyright Reuters
La tour TF1 à Boulogne Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

Voilà une démarche inhabituelle qui témoigne d'une grande fébrilité. Trois éternels rivaux au quotidien, TF1, M6 et France Télévisions ont expliqué ensemble à la presse jeudi, les dangers de l'arrivée de Canal Plus dans la télévision en clair. Cette sortie intervient à quelques jours de la décision du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qui doit fixer les engagements définitifs de Canal Plus sur ses deux nouvelles chaînes de la TNT, Direct 8 et Direct Star.

Les trois groupes de télévision en clair craignent que Canal Plus, en position dominante dans la télévision payante, qui jouit d'une puissance sans équivalent vis-à-vis des producteurs et autres ayants droit, n'utilise sa force de frappe pour rafler les meilleurs contenus pour les mettre à l'antenne de Direct 8. Si Canal Plus a pris un certain nombre d'engagements vis-à-vis de l'Autorité de la concurrence, ces obligations paraissent dérisoires aux yeux des acteurs.

Le budget de Direct 8 va tripler
A l'heure de l'érosion des audiences et de la baisse du marché publicitaire, France Télévisions, M6 et TF1 dénoncent les intentions de Canal Plus, qui, selon eux, souhaite faire de Direct 8 «une chaîne généraliste», en concurrence frontale avec leur canaux. Avec un résultat opérationnel supérieur à celui de M6 et de TF1 cumulé, la filiale de Vivendi, qui a déjà prévu de tripler le coût de la grille de Direct 8 à 120 millions d'euros, en a les moyens. «Sur un marché global en récession, cela peut affaiblir nos positions, et donc l'offre globale de la télévision», martèle Jean-Michel Counillon, secrétaire général de TF1. «Nous ne sommes pas contre l'arrivée de Canal Plus dans le gratuit, nous voulons juste qu'elle soit encadrée afin d'éviter un assèchement du marché des droits nécessaires à nos missions de service public' », a abondé Martin Ajdari, directeur général délégué à la gestion de France Télévisions.

Les engagements en trompe l'?il de Canal Plus
Pourtant, Canal Plus s'est engagé à négocier séparément - via des équipes et des sociétés spécifiques - l'achat de films pour les diffusions en clair et cryptées. «Comment empêcher Canal Plus qui bénéficie d'une forte position dans le payant de dire au producteur : tu me réserves aussi la 1ère ou la 2ème fenêtre gratuite?», s'interroge la secrétaire générale de M6 Karine Blouët, qui rappelle que «quoi qu'il arrive, c'est la même personne qui signe le chèque à la fin, en l'occurrence Rodolphe Belmer [le directeur général délégué de Canal Plus ] ou Bertrand Meheut [le président]». D'autant que les deux entités seront quand même amenées à se parler, notamment lors de la négociation d'un «Output deal» - un accord cadre global - avec une major américaine.

Autre problème : les achats de films via la filiale StudioCanal, qui possède un catalogue de 5.000 films, particulièrement riche en ?uvres françaises. Actuellement, 20 à 30% des films français diffusés par des chaînes de la TNT comme TMC, NT1 (TF1) ou W9 (M6) viennent de StudioCanal. Si Canal Plus s'est engagé à limiter les acquisitions au niveau constaté avant le rachat, comment s'assurer que StudioCanal ne favorise pas Direct 8 en lui réservant les meilleures films, s'interrogent de concert les trois acteurs.

Enfin, tous pointent du doigt la (fausse) limitation faite sur la production. Canal s'est engagé à ne pas produire pour le payant et le gratuit plus de 20 films par an. Mais ce sont précisément sur ces films auquel M6 et TF1 viennent actuellement apporter des compléments de financement.

Les suggestions des chaînes au CSA

M6, TF1 et France Télévisions attendent donc beaucoup du CSA. Dans la production, ils souhaiteraient par exemple que soit imposées à Canal Plus des clauses de «diversité». Autrement dit, que le groupe se concentre pour un certain nombre de films sur des productions pointues à petit budget (de 5 à 7 millions d'euros), qui de toutes façons n'intéresseraient pas les grandes chaînes ou la TNT. Autre idée: limiter par la diffusion de programmes forts sur Direct 8, ce qui permettrait de résoudre les problématiques d'achats couplés. Ou encore TF1 et M6 aimeraient imposer des délais plus long de diffusion entre les chaînes payantes et gratuites. Histoire d'inciter les producteurs à les privilégier.

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Commentaires 3
à écrit le 14/09/2012 à 16:09
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C'est dingue cet argument : "Ils vont faire mieux que les Chiffres et les Lettres, Secret Story et Master Chef, donc s'il vous plait le CSA freinez-les un peu"... Cette limitation par le bas est ahurissante

à écrit le 14/09/2012 à 10:16
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Si TF1et M6 diffusaient autre chose que de la daube pour enfants retardés, ils auraient peut moins de difficultés d'audiences.

le 16/09/2012 à 21:32
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il faut que canal mange tout cru tf1 marre de voir cette chaine toujours premier en audience

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