Télécoms : le fragile équilibre du marché français

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Les Français sont friands de débits plus importants, et apparaissent plus enclin à mettre la main au portefeuille pour des offres de qualité.
Les Français sont friands de débits plus importants, et apparaissent plus enclin à mettre la main au portefeuille pour des offres de qualité. (Crédits : reuters.com)
Après des années de guerre prix, Orange, Numericable-SFR, Free et Bouygues Telecom semblent se focaliser davantage sur la rentabilité et la création de valeur, dans le sillage d’un appétit croissant des consommateurs pour l’Internet à très haut débit. Même si, dans un univers toujours très concurrentiel, de nouvelles passes d’armes restent possibles.

Le feuilleton sur l'attribution des nouvelles fréquences 4G, vitales pour l'avenir des opérateurs télécoms, s'est achevé dans un climat serein. A la mi-novembre, Orange, Numericable-SFR, Free et Bouygues Telecom ont chacun eu leur part du gâteau. Et ce dans des proportions conformes à leurs attentes. Free, par exemple, qui manquait cruellement de ce « fréquences en or » si importantes pour déployer le très haut débit mobile, s'est offert deux des six lots disponibles. Quand Bouygues Telecom, qui disposait déjà d'un portefeuille de fréquences étoffé, en a malgré tout décroché un. In fine, personne n'a raté le coche et ne s'est retrouvé lésé. Sébastien Soriano, le patron de l'Arcep, le régulateur français des télécoms s'en est félicité. A l'instar de plusieurs observateurs, il a souligné que « la principale leçon est que chacun des grands opérateurs [...] renforce son engagement durable sur le marché ». Dit autrement, les enchères ont permis de confirmer que les quatre opérateurs veulent s'inscrire dans la durée.

Cet enseignement est loin d'être anodin, tant le secteur est sous tension depuis quatre ans. En déboulant sur le marché en janvier 2012, Free Mobile a cassé les prix, entraînant tous ses rivaux dans une bataille tarifaire dont l'enjeu n'était rien de moins que leur survie. Aujourd'hui, l'orage semble passé, et le secteur donne depuis quelques mois des signes de stabilisation dans un jeu à quatre.

« Un point d'inflexion »

Dans une note publiée mardi, Moody's juge que « le marché français a atteint un point d'inflexion, les opérateurs délaissant les offensives tarifaires au profit d'une plus forte création de valeur ». D'après l'agence de notation, ce « changement fondamental de stratégie contribuera, en 2016, à améliorer la rentabilité du secteur ». Pour Moody's, les investissements seront maintenus l'an prochain, « ce qui devrait se traduire par une amélioration de la qualité des réseaux et favoriser le développement futur des chiffres d'affaires [des opérateurs] ».

L'agence de notation fait référence aux dépenses consenties dans le déploiement du très haut débit dans l'Hexagone - qu'il s'agisse de la fibre optique dans l'Internet fixe et de la 4G dans le mobile -, qui devraient donc aller crescendo. Pourquoi ? Parce que les Français sont friands de débits plus importants, et apparaissent plus enclin à mettre la main au portefeuille pour des offres de qualité. La démocratisation des smartphones, couplée à l'arrivée de la 4G il y a deux ans, ne sont pas étrangers à ce mouvement. En témoigne, par exemple, l'explosion de la consommation de vidéos sur mobile.

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Résultat, les technologies liées au très haut débit « ont ouvert un champ de différenciation pour les opérateurs, qui constatent qu'une simple concurrence sur les prix s'avère mortifère », abonde Yves Gassot, le patron du think tank Idate, spécialisé dans les télécoms. En conséquence, il pense comme Moody's que 2016 marquera « le début d'une inflexion ». Au niveau français comme européen, il affirme que le prochain exercice pourrait être celui « du grand retour à une croissance positive ».

42 milliards de revenus en 2015

Sachant que selon les derniers chiffres de l'Idate, les revenus des télécoms en France devraient se situer à près de 42 milliards d'euros cette année, soit un milliard de moins par rapport à l'année précédente. C'est beaucoup. Mais cela demeure bien en-deçà des chutes constatées depuis 2010, où le chiffre d'affaires du secteur dans l'Hexagone flirtait avec les 50 milliards !

telcos idate

Pour autant, l'actuelle « stabilisation du marché » demeure « fragile », insiste Yves Gassot, pour qui le risque d'une nouvelle guerre des prix ne peut être totalement écarté. Il prend en exemple Numericable-SFR, qui dégaine de grosses promotions de fin d'année pour endiguer sa colossale fuite de clients. Avec sa dernière « offre surnaturelle », l'opérateur de Patrick Drahi propose actuellement son forfait RED 20 Go à 3,99 euros pendant 12 mois, au lieu de 19,99 euros. A ce petit jeu, Free n'est pas non plus en reste : l'opérateur de Xavier Niel vient lui aussi de brader son offre mobile illimitée à 3,99 euros sur ventes-privée.com...

En outre, s'il a échoué à mettre la main sur Bouygues Telecom en juin dernier, Drahi n'a peut-être pas dit son dernier mot. C'est du moins ce qu'avance Moody's :

« La consolidation reste une possibilité. Altice [la maison-mère de Numericable-SFR] pourrait de nouveau tenter d'acquérir Bouygues Telecom compte tenu de la logique industrielle d'un tel accord, qui permettrait de réaliser d'importantes économies de coûts. »

Affaire à suivre, donc...

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Commentaires
a écrit le 08/12/2015 à 14:42 :
Moi je pense s'il est temps pour nos opérateurs de lancer la guerre des services innovants! Mais je pense qu'ils sont comme nos politiques ils n'ont pas d'idées et viendrons pleurer quand les clients ne leur rapporterons pas assez!

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