Radio, satellite et 4G fixe : les alternatives à la fibre suscitent des inquiétudes

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En avril dernier, Eutelsat, Thales et Orange ont signé un accord concernant le lancement d’un nouveau satellite en 2021. Celui-ci permettra d’apporter du très haut débit aux Français vivant dans les zones les plus isolées.
En avril dernier, Eutelsat, Thales et Orange ont signé un accord concernant le lancement d’un nouveau satellite en 2021. Celui-ci permettra d’apporter du très haut débit aux Français vivant dans les zones les plus isolées. (Crédits : Tous droits réservés © CNES)
Si tous les Français sont censés pouvoir accéder à l'Internet fixe à très haut débit en 2022, tous ne seront pas éligibles à la fibre. De nombreux foyers devront se rabattre sur des technologies alternatives, comme la radio, le satellite et la 4G à usage fixe. Sous réserve, bien sûr, qu’elles soient déployées à temps, et, surtout, qu’elles trouvent leur public.

Malgré les critiques, le Plan France très haut débit (PTHD) avance. Ce grand chantier, qui doit permettre à tous les Français d'accéder à un « bon débit » (au moins 8 mégabits par seconde), en attendant le « très haut débit » (a minima 30 mégabits par seconde), repose essentiellement sur le déploiement d'un nouveau réseau national en fibre optique, en remplacement du vieux cuivré. À son terme, dans quatre ans s'il n'y a pas de retard, 84% des foyers (soit 30,1 millions de locaux), devraient disposer du "FTTH" (ou fibre jusqu'au domicile, soit le nec plus ultra en matière d'Internet fixe). Mais, pour des raisons économiques, 16% des foyers (près de 6 millions de locaux) n'auront pas accès, en 2022 du moins, au FTTH. Ils devront se contenter d'offres ADSL améliorées, ou d'autres technologies, comme la radio, le satellite ou la 4G à usage fixe.

Ce sujet fait, depuis longtemps, débat. De nombreux sénateurs, députés et élus locaux râlent depuis longtemps contre le sort de ces "16%". Lesquels, en général, vivent dans des zones rurales, peu denses, isolées ou de montagne, où tirer de la fibre optique relèvent, selon les industriels, de l'hérésie économique. Mais le problème, c'est que beaucoup craignent que le PTHD donne naissance, in fine, à deux catégories de Français : les plus chanceux, qui auront la fibre et pour qui tout ira pour le mieux, et les citoyens « de seconde zone » qui devront se débrouiller avec des technologies alternatives, lesquelles atteindront possiblement très vite leurs limites.

Mobilisation pour la « fibre pour tous »

C'est la raison pour laquelle Patrick Chaize, sénateur (Les Républicains) de l'Ain et président de l'Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel (Avicca), milite depuis longtemps pour faire de la "fibre pour tous" une priorité politique. Il en va de même pour les députés Laure de La Raudière (Les Constructifs) et Éric Bothorel (La République En Marche), qui souhaitent que l'État s'engage à couvrir tout l'Hexagone dans cette technologie à l'horizon 2025.

Lire aussi : Très haut débit : des députés veulent la fibre pour tous en 2025

Une autre inquiétude concerne l'appétence des Français pour ces technologies alternatives, et en particulier les technologies dites « non filaires » - c'est-à-dire la radio, le satellite et la 4G à usage fixe. Lesquelles, dans le cadre du PTHD, concernent 6% des foyers (ou 2,2 millions de locaux). Le 14 juin, lors d'une table ronde organisée à Paris par la Firip (une fédération d'industriels qui déploient la fibre dans les zones rurales), en partenariat avec la Caisse des Dépôts et l'Avicca, Antoine Darodes, le patron de l'Agence du numérique (qui chapeaute le PTHD), a tiré la sonnette d'alarme :

« Nous devons avoir un regard plus attentif sur (le déploiement) des technologies (alternatives à la fibre), parce que c'est là qu'il y a peut-être le plus de risque qu'on n'atteigne pas nos objectifs », a-t-il prévenu.

« Un écosystème de distribution qui fait peur »

Selon lui, le problème n'est pas d'ordre technologique, étant donné que le très haut débit radio, le satellite et la 4G fixe sont aujourd'hui « matures ». L'ennui, « c'est que l'on a un écosystème de distribution et de commercialisation qui aujourd'hui fait encore un peu peur » aux populations concernées, a-t-il poursuivi. Ainsi, selon lui, ces technologies alternatives ont « du mal à pénétrer en France, parce que c'est vrai qu'on a eu quelques mauvaises expériences, notamment avec le WiMax [qui utilise la transmission radio, Ndlr], qui ont laissé des traces ». Il évoque aussi « des satellites bricolés pour (apporter) du haut débit », qui ont, ces dernières années, déçus beaucoup d'utilisateurs.

Ainsi, selon Antoine Darodes, les industriels et l'État doivent se mobiliser pour expliquer au grand public que les technologies alternatives qui verront le jour via le PTHD sont, affirme-t-il, d'une meilleure qualité que par le passé. Si la mayonnaise ne prend pas, de nombreux foyers français se sentiront oubliés, déclassés. Or c'est précisément l'écueil que le PTHD, depuis ses débuts, veut à tout prix éviter.

Lire aussi : Fracture numérique : l'accord inespéré entre Eutelsat, Orange et Thales

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a écrit le 22/06/2018 à 11:28 :
Extrait :"Une autre inquiétude concerne l'appétence des Français pour ces technologies alternatives".

On lit l'article et on constate en fait que l'inquiétude porterait en fait sur le risque de manque d'appétence ...
a écrit le 19/06/2018 à 16:22 :
Allez dans une boutique...Jamais on ne vous proposera un abonnement avec une box 4 G, qui pourtant existe. Mais les commerciaux ne font pas leur boulot...sinon de commerciaux.
Réponse de le 20/06/2018 à 9:27 :
Le problème de la box 4g est d'abord technique, je peux vous dire que je me suis renseigné habitant à la campagne les 25mb/s me donnant franchement envie, le problème c'est qu'avec une box de ce genre vous pompez toute la 4g qu'il y a dans les coins et le parisien en vacances avec son smartphone ne pourra pas aller rapidement sur ses sites préférés du coup...
Réponse de le 20/06/2018 à 9:28 :
PS. et puis c'est trop cher... CE sont les pouvoirs publics qui payent les infrastructures pour qu'ils gagnent du fric et faut encore que l'on paye cher un service irrégulier.
a écrit le 18/06/2018 à 17:52 :
Le problème c'est le cout marginal du connecté. Si les 16% mal connectés coutent en développement la même chose que les 84% qui n'ont pas de difficultés, ils peuvent d'ors et déjà abandonner tout espoir, ou alors il faudra que quelqu'un finance la différence, et on peut deviner aisément qui ce serait... La grenouille du Larzac serait alors infiniment reconnaissante au "con-tribuable".
a écrit le 18/06/2018 à 17:37 :
Quand vous voyez ce qu'est internet par satellite, offre qui existe depuis au moins dix ans et qui ne s'est jamais développée, oui on comprend bien que les alternatives à la mode du moment sont plus que risquées.

"les industriels et l'État doivent se mobiliser pour expliquer au grand public que les technologies alternatives qui verront le jour via le PTHD"

LE problème c'est qu'ils n'ont pas intérêt à le faire et ce que l'oligarchie n'a pas intérêt à faire en europe elle ne le fait pas, utilité publique ou pas.

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