Telecom Italia en plein chemin de croix

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Ancien patron de l'opérateur italien Wind, Luigi Gubitosi a remplacé la semaine dernière Amos Genish à la tête de Telecom Italia.
Ancien patron de l'opérateur italien Wind, Luigi Gubitosi a remplacé la semaine dernière Amos Genish à la tête de Telecom Italia. (Crédits : Reuters)
Jusqu’alors à la tête de l’opérateur historique italien, Amos Genish a été évincé la semaine dernière après la publication de mauvais résultats. Son successeur, Luigi Gubitosi, a beau bien connaître les télécoms, il aura fort à faire pour redresser le groupe. Outre ses difficultés commerciales, celui-ci est toujours plombé par une guerre entre ses principaux actionnaires : le géant français des médias Vivendi et le fonds américain Elliott.

C'est une tempête qu'affronte aujourd'hui Telecom Italia. Tous les voyants semblent au rouge chez l'opérateur transalpin, miné à la fois par ses mauvais résultats et par une guerre de pouvoir entre ses principaux actionnaires. La semaine dernière, Amos Genish, son patron, a été évincé. Le dirigeant a vraisemblablement payé au prix fort son opposition au projet de séparer le réseau Internet fixe de l'opérateur du reste de ses activités, et d'en abandonner le contrôle. Une stratégie défendue par le fonds américain Elliott, qui possède près de 9% de Telecom Italia, et a chipé le contrôle du conseil d'administration à Vivendi au printemps dernier.

Elliott a aussi, sans doute, voulu se débarrasser d'un dirigeant qui n'était pas totalement raccord avec sa vision. D'autant qu'Amos Genish avait précédemment été nommé par son rival Vivendi (qui détient près de 24% du capital de l'opérateur transalpin), lequel le bombarde de piques pour reprendre le pouvoir.

Juste après avoir été mis à la porte, Amos Genish a copieusement dézingué Elliott. « Les Américains d'Elliott ont mené une campagne secrète depuis un moment, en cherchant à déstabiliser la société et moi-même », a-t-il bombardé, la semaine dernière, dans les colonnes du journal La Stampa. Avant de fusiller la stratégie du fonds, qu'il accuse de vouloir démembrer le groupe pour le vendre dans la foulée.

Cinq patrons différents depuis 2016

Dans ce contexte électrique, Telecom Italia s'est doté, le 18 novembre, d'un nouveau capitaine, Luigi Gubitosi. Jusqu'alors administrateur de la compagnie aérienne Alitalia, l'homme est un bon connaisseur des télécoms. Il a, par le passé, dirigé l'opérateur italien Wind. Mais redresser Telecom Italia sera pour le moins difficile. Luigi Gubitosi devrait logiquement suivre la ligne d'Elliott. Mais pas sûr qu'il ait le temps de mettre en place sa stratégie. Pour dégager de la valeur sans traîner, le fonds américain souhaite notamment que l'industriel se sépare de son réseau Internet fixe, puis en abandonne le contrôle soit en le cédant, soit en l'introduisant en Bourse. L'ennui, c'est qu'une telle opération s'avère longue et complexe.

« Pour y arriver, Telecom Italia doit avant toute chose séparer fonctionnellement le réseau du reste de ses activités, indique un analyste parisien. Cela demande au minimum un an. »

Rien ne dit que Luigi Gubitosi aura le temps nécessaire de mener cette opération à bien. Les dirigeants de Telecom Italia ne restent, aujourd'hui, pas longtemps aux manettes. « Depuis février 2016, le groupe a connu cinq CEO différents », s'étrangle notre analyste. Plus concrètement, si Vivendi devait reprendre le pouvoir, les jours de Luigi Gubitosi à la tête de l'opérateur seront probablement comptés.

Concurrence d'Open Fiber et d'Iliad

En parallèle, le nouveau chef de file de Telecom Italia va devoir relancer la machine commerciale. Sur ce front, l'opérateur est en souffrance. Au troisième trimestre, il a fait état d'une perte de 1,4 milliard d'euros, contre un bénéfice de 437 millions d'euros un an auparavant. Dans l'Internet fixe, il est confronté à la menace d'Open Fiber. Détenu par l'énergéticien Enel, lequel est contrôlé par l'État et la Cassa Depositi e Prestiti (CDP), celui-ci déploie dans le pays un réseau de fibre optique, à très haut débit. Ce qui constitue une menace pour les ambitions de Telecom Italia dans ce domaine.

Lire aussi : Telecom Italia s'enlise dans les difficultés

Dans le mobile, l'opérateur fait face à une concurrence féroce et à une guerre des prix depuis l'arrivée d'Iliad Italia, la filiale italienne du groupe de Xavier Niel. En outre, Telecom Italia va devoir prouver qu'il est mesure de rentabiliser la somme vertigineuse de 2,4 milliards d'euros qu'il vient de débourser pour de nouvelles fréquences 5G. Dans un tel contexte, remonter la pente ne sera pas, c'est peu dire, chose facile.

Lire aussi : Italie: la crainte d'un "bain de sang" après la vente des fréquences 5G

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