La Société française d'alcoologie soupçonnée de conflit d'intérêts

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Sur son site, la Société française d'alcoologie se défend de tout conflit d'intérêts en expliquant que les participants des groupes de travail ont communiqué leurs déclarations d'intérêts. Et d'assurer qu'elles ont été analysées par les membres du comité de pilotage et considérées comme compatibles avec leur participation au groupe de travail de cette recommandation de bonne pratique.
Sur son site, la Société française d'alcoologie se défend de tout conflit d'intérêts en expliquant que "les participants des groupes de travail ont communiqué leurs déclarations d'intérêts". Et d'assurer qu'"elles ont été analysées par les membres du comité de pilotage et considérées comme compatibles avec leur participation au groupe de travail de cette recommandation de bonne pratique." (Crédits : Reuters)
La Direction générale de la santé et la Haute autorité de la santé ont été alertées sur un possible conflit d’intérêts de la Société française d'alcoologie. Influente auprès des médecins dans la lutte contre l'alcoolodépendance, cette dernière prônerait en priorité l'utilisation d'une molécule de Lundbeck, alors que plusieurs membres de l'association ont bénéficié d'avantages d'une valeur de plusieurs milliers d'euros de la part de ce laboratoire.

[Publié le 17/03/2017 à 15:26. Mis à jour le 20/03/2017 à 11:10]

Une bataille pour trouver le meilleur traitement contre la dépendance à l'alcool se déroule entre plusieurs laboratoires pharmaceutique, à l'image de Lundbeck, Etypharm, ou encore D&A Pharma. Mais une guerre a également lieu en coulisse, entre professionnels de santé. Selon nos informations, un universitaire et professionnel de santé très impliqué dans le domaine de la lutte contre l'alcoolisme, et défenseur du baclofène, a alerté la Haute autorité de santé et la Direction générale de santé.

Selon lui, la Société française d'alcoologie (SFA), association reconnue d'utilité publique dans laquelle des professionnels des problèmes d'alcool et autres addictions font part de leur expertise, serait concernée par un conflit d'intérêts avec le laboratoire pharmaceutique danois Lundbeck. Contacté par La Tribune, le professionnel de santé nous a confirmé "avoir alerté les pouvoirs public".

"J'ai considéré que la SFA n'avait pas une attitude objective et ce serait en raison de conflits d'intérêts. Cette dernière et Lundbeck ont des liens considérables. Or la SFA dit du bien de la molécule du laboratoire danois (le Selincro/nalméfène, NDLR) contre l'addiction à l'alcool", fait-il valoir.

Néanmoins, le plaignant n'attend pas d'action drastique de la Direction générale de la santé ou de la Haute autorité de santé, car cela "n'est pas inscrit dans leurs missions".

La molécule de Lundbeck en première prescription

Le plaignant critique le fait que la Société française d'alcoologie prône la prescription du Selincro (nalméfène) "en première intention" pour un "objectif de réduction" de la consommation d'alcool dans ses recommandations de bonnes pratiques publiées en décembre 2014, et destinée aux professionnels de santé. Il ne comprend pas pourquoi une molécule comme le baclofène est préconisée en "deuxième intention" par la SFA

Pour le professionnel de santé, plusieurs études contredisent cette position de SFA. Il nous a notamment transmis un article de la revue scientifique américaine Plos Medecine daté de 2015, jugeant que "la valeur du nalméfène pour le traitement de l'addiction à l'alcool n'est pas établi. Au mieux, le nalméfène est efficace pour réduire la consommation d'alcool." L'étude juge que l'approbation de la molécule était "controversée".

Conflit d'intérêts?

En parallèle, le professionnel de santé reproche à la Société française d'alcoologie de percevoir des avantages conséquents du laboratoire Lundbeck. Il se réfère au site transparence.gov pour étayer ses attaques. Pour rappel, cette plateforme "rend accessible l'ensemble des informations déclarées par les entreprises sur les liens d'intérêts qu'elles entretiennent avec les acteurs du secteur de la santé"

Dans cette base de données, on constate que plusieurs membres de l'équipe rédactionnelle de l'organisation ont bénéficié d'avantages de Lundbeck en repas, frais d'hospitalité, de transport, ou d'hébergement pour une valeur de plusieurs milliers d'euros. Et parfois, plus de 15.000 euros, comme c'est le cas pour le président Mickael Naassila, ou encore le rédacteur associé Philippe Batel, tandis que les avantages octroyés par des laboratoires concurrents sont minimes. Toutefois, quelques membres de l'équipe rédactionnelle ont parfois touché plus d'argent de laboratoires concurrents (d'Etypharma, notamment), des sommes qui s'élèvent à quelques centaines d'euros au maximum.

Par ailleurs, le plaignant déplore les nombreuses conventions signée par des membres la Société française d'alcoologie avec Lundbeck, que l'on retrouve également sur le site transparence.gov. "Elles impliquent des sommes beaucoup plus fortes, qui ne sont pas indiquées", assure-t-il. Ces conventions représentent tantôt des participations à un congrès en tant qu'orateur, tantôt des collaborations scientifiques.

Enfin, le site de l'Ordre national des médecins destiné à afficher les liens d'intérêts des professionnels de santé recense un don de Lundbeck à la Société française d'alcoologie de 70.000 euros, daté du 17 juin 2013.

Des "déclarations d'intérêts compatibles"

Interrogée à ce sujet par La Tribune, la Direction générale de santé et la Haute autorité de santé n'ont pour le moment pas donné suite.

Contacté par La Tribune, le président de la SFA réfute tout conflit d'intérêts. Il fait valoir que "les liens d'intérêts sont déclarés", et qu'il en existe également "avec Merck-Serono, D&A Pharma, et Ethypharm". Mickael Naassila assure en outre que "les recommandations sont établies avec le niveau de preuve de toutes les études scientifiques disponibles à un moment donné sur les traitements".

Autre argument mis en avant par la Société française d'alcoologie pour se défendre de tout conflit d'intérêts: "Les déclarations d'intérêts ont été analysées par les membres du comité de pilotage et considérées comme compatibles avec leur participation au groupe de travail de cette recommandation de bonne pratique."

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a écrit le 19/03/2017 à 19:15 :
Pourvu qu'aucun des membres de cette "société française d'alcoologie" n'ait d'actions chez Nestlé ou Danone. dans son portefeuille. Parce que source Perrier ou autre, ce serait aussi un conflit d'intérêt d'avoir placé son argent chez des producteurs d'eau minérale, au rythme où va la prohibition aujourd'hui on finira bientôt par ne plus employer que des SDF qui ne recevront aucun salaire de personne... Pour le reste, les rivalités entre laboratoires pharmaceutiques sont identiques à celles qu'on trouve dans toutes les professions et activité : ne montons pas tout de suite en épingle un "conflit d'intérêt" qui pourrait s'avérer aussi une "manipulation"... On n'a pas besoin du "conflit d'intérêt" pour expliquer les rivalités industrielles.
Réponse de le 20/03/2017 à 3:04 :
Va donc falloir m'expliquer pourquoi l'alcool est beeeaucoup plus cher en GB qu'en France. Idem pour le tabac en Irlande... On aime pas les conflits, hein..?? on préfère l'intérêt tout comme l'ordolibéralisme. Le peuple est le substrat usé jusqu'à la moelle.
Réponse de le 20/03/2017 à 14:26 :
Il ne s'agit pas dans ce cas de rivalités industrielles ...
Mais de dénigrement systématique d'un traitement (le baclofène) qui a fait ses preuves (Bacloville) et que les malades réclament, pour des histoires de gros sous.
Avec à la clé des morts que l'on aurait pu éviter
a écrit le 19/03/2017 à 18:39 :
Merci pour cette information que l'on ne devrait pas lire ou entendre ailleurs.
a écrit le 19/03/2017 à 15:48 :
Fini de coincer la bulle !!
a écrit le 19/03/2017 à 12:52 :
Le conflit d'intérêt le plus évident et le plus grave concerne l'inaction des pouvoirs publics contre le fléau de l'alcool.(et du tabac...)
Réponse de le 20/03/2017 à 9:03 :
Marisol on comprend que vous ne soyez pas contente de bientôt ne plus êtres ministre mais c'est mesquin de venir répandre vos ressentiments sur internet.

Merci.
a écrit le 18/03/2017 à 20:06 :
Et l'alcool à 10 sous, c'est pas cher... Vous avez vu le poids économique de la filière de l'alcoolisme..?? Et tu voudrais qu'avec autant de fric il n'y ait pas autant de truandages que dans le tabac ou l'agro-alimentaire..?? Laisses-moi rire, là. Du coup, je m'en ressers un.
a écrit le 17/03/2017 à 20:49 :
D'après certains commentaires éclairés, le conflit d'intérêt se situe plutôt au niveau du ministre de la santé socialiste qui ne favorise pas que le Laboratoire Roche.
a écrit le 17/03/2017 à 18:09 :
Tous ces conflits d'intérêts sont parfaitement exacts, je les dénonçais déjà en décembre 2012 : http://www.baclofene.com/index.php?p=topic&t_id=5060
Il faut ajouter aussi que les autorités de santé américaines (FDA) et australiennes ont refusé le Selincro au prétexte qu'il n'apportait rien ! Faut-il imaginer que leurs experts sont moins compétents que les nôtres ?
En fait, "non". Nos experts de la HAS avaient bien compris que ce médicament n'avait pas ou peu d'intérêts, aussi l'avaient-ils réservé aux seuls professionnels de l'alcoologie et accompagné d'un suivi psychosocial.
Sauf que... Marisol Touraine, faisant fi de cette recommandation de la HAS a décrété d'autorité que ce médicament pourrait-être prescrit par TOUT les médecins.
Avait-elle la compétence médicale pour cette décision ? Non, évidement.
Elle y a été poussée par la SFA et un conseiller de l'époque... Aquino Morelle... son nom et ses liens avec Lundbeck doivent bien vous rappeler quelque chose ! non ? c'était en février 2014.
a écrit le 17/03/2017 à 15:53 :
Tout ces conflits pour des histoires de gros sous est bien deprimant. J'ai besoin d'un petit remontant. Sante!!!

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