Pourquoi Google a gagné 65 milliards de dollars en un seul jour

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Après la voiture sans conducteur, l'intelligence artificielle, les recherches scientifiques dans la santé ou les ballons Wi-Fi, Google se lance dans le e-commerce pour trouver de nouveaux relais de croissance.
Après la voiture sans conducteur, l'intelligence artificielle, les recherches scientifiques dans la santé ou les ballons Wi-Fi, Google se lance dans le e-commerce pour trouver de nouveaux relais de croissance. (Crédits : reuters.com)
Les excellents résultats financiers de Google au second trimestre (11% de croissance du chiffre d’affaires sur un an) ont rassuré les marchés sur la pérennité de son modèle économique. Il faut dire que Google est bien conscient de sa dépendance à la publicité, qui représente plus de 90% de son chiffre d'affaires, et multiplie les relais de croissance, notamment sur mobile.

Google peut bomber le torse. Les très bons résultats financiers publiés jeudi soir ont ravi les marchés. Pour preuve, l'entreprise a battu vendredi un record détenu jusqu'ici par son grand rival Apple en gagnant plus de 65 milliards de dollars de capitalisation boursière en une seule séance, du jamais vu auparavant pour une entreprise américaine.

Et pour cause : conformément aux prédictions des analystes, le chiffre d'affaires de la firme de Mountain View affiche une croissance robuste de 11% sur un an, à 17,73 milliards de dollars. Une performance qui aurait pu être encore meilleure, puisqu'à taux de change constant, l'augmentation aurait atteint 18%. Autre source de satisfaction pour le G des "GAFA" : le résultat net grimpe de 17%, à 3,93 milliards de dollars.

65 milliards de capitalisation gagnés en un jour, du jamais vu

Ainsi, Google a battu vendredi un record détenu jusqu'ici par son grand rival Apple (+46 milliards en avril 2012). L'action du géant internet a clôturé à un plus haut historique de 699,92 dollars, soit un bond de 16,26% comparé à la veille, dopée par l'annonce par la nouvelle directrice financière Ruth Porat de son intention de mieux maîtriser les dépenses, ainsi que de résultats meilleurs que prévu grâce notamment à la filiale de vidéos en ligne YouTube.

La séance boursière record de Google a parallèlement permis à ses co-fondateurs Larry Page et Sergey Brin d'ajouter plus de 4 milliards de dollars à leurs fortunes personnelles

De nombreux relais de croissance pour pallier une dépendance à la publicité

Si les marchés ont confiance en la capacité de la firme californienne à pérenniser son modèle économique et trouver des relais de croissance, c'est que Google ne se repose pas sur ses lauriers.

Et il a raison. Car à y regarder de plus près, les résultats du groupe révèlent une dépendance à la publicité et une faiblesse sur le mobile qui pourraient lui poser problème à moyen terme. Le chiffre d'affaires de la publicité représente 16 milliards d'euros pour la firme, soit plus de 90% de son chiffre d'affaires global.

Cette proéminence s'explique par la nature même de son business model, qui repose essentiellement sur les liens sponsorisés payés par les entreprises, qui se livrent à des enchères pour avoir la meilleure place sur le moteur de recherche.

Bien que le prix moyen par clic ne cesse de reculer (-11% en avril-juin après -7% au premier trimestre), ce système fonctionne très bien sur le bon vieil ordinateur. En revanche, Google peine à se montrer aussi efficace sur mobile. Pourtant, c'est bien là le nerf de la guerre, car les usages des consommateurs basculent, lentement mais sûrement, du PC au smartphone.

La publicité suit le même mouvement, ce qui explique les récentes initiatives des géants du net, comme Facebook et Apple avec leur application de presse mobile, pour s'assurer de grignoter la plus large part du gâteau publicitaire et conforter leur audience. Or, Google est en retard sur le mobile, où les utilisateurs privilégient les applications, notamment pour faire leurs emplettes sur Internet.

Offensive dans le commerce sur mobile

Conscient de la nécessité d'agir, Google a donc annoncé mercredi en grande pompe son arrivée imminente dans le secteur très concurrentiel du e-commerce. La firme américaine lance son propre système de vente directe, baptisé Purchase on Google [acheter sur Google, NDLR]. Comme Facebook et Twitter avant lui, Google ambitionne de fonctionner en écosystème fermé en maîtrisant toutes les étapes de l'achat, de la recherche jusqu'au paiement final.

L'objectif est clair : ne pas "perdre" les utilisateurs mobiles, très volatiles, qui ont tendance à ne pas revenir une fois qu'ils changent d'application. De cette manière, Google espère augmenter son audience mobile, et donc la valeur de la publicité, en permettant aux mobinautes d'acheter en ligne sans quitter l'univers Google. Pour l'heure, cette fonction ne concernera que les Américains utilisant Chrome sous Android, avant d'être adaptée sur iOS et à l'international dans les mois à venir.

Concrètement, la rubrique Shop on Google s'affichera entre le champ de recherche et les résultats. En cliquant sur le bouton "Acheter" situé à côté du produit d'un e-commerçant partenaire, l'utilisateur accèdera à un espace pour se le procurer en quelques clics, qui ressemblera à celui du commerçant, mais qui sera en réalité toujours dans l'écosystème Google. Pour payer, pas besoin d'aller chercher sa carte de crédit puisque les informations bancaires sont déjà dans le compte Google...

Pour rassurer la douzaine de marques partenaires (dont les noms n'ont pas encore été révélés), Google leur permet de personnaliser leur fiche produit, et donc de garder la main sur la manière de présenter leurs articles.

Ce n'est pas tout. Pour améliorer le taux de conversion des achats, Google fait tout pour faciliter la vie des mobinautes. Il va notamment mettre en place un système de "notes", pour afficher les produits qui plaisent le plus à la communauté. Par exemple, si vous demandez à Google quelles sont les meilleures paires de lunettes de soleil, le moteur de recherche va afficher les résultats selon les notes données par les internautes.

Fibre optique, santé et objets connectés

Le mobile n'est pas le seul relai de croissance de Google. Depuis quelques années, le géant californien multiplie les investissements dans des domaines très variés, de la voiture sans conducteur aux lunettes connectées, en passant par la robotique et le développement de start-ups. Des investissements aux retombées économiques incertaines, mais qui constitueront, espère Google, un relai de croissance à long terme.

La firme californienne mise notamment sur la fibre optique, qu'elle déploie dans plusieurs villes américaines pour accélérer la navigation sur Internet. Elle mise aussi sur la santé, comme le montre le financement de plusieurs start-ups, les partenariats dans la recherche génomique ou encore le soutien à la bioTech Calico, spécialisée dans la lutte contre le vieillissement du corps.

Enfin, Google croit beaucoup au potentiel des objets connectés de l'Internet des objets. La firme a notamment acquis la start-up Nest, l'un des leaders dans les thermostats et les alarmes connectés.

Google X, le laboratoire géant

Certains de ces projets sont développés au sein de Google X, le laboratoire géant de la marque, qui travaille sur des thématiques futuristes comme la voiture sans conducteur donc, mais aussi l'intelligence artificielle, la détection du cancer ou encore des ballons pour amener le Wi-Fi dans les zones les plus reculées de la planète... "Tous ces projets servent de sources de revenus à long terme", a expliqué jeudi la nouvelle directrice financière du groupe, Ruth Porat, lors d'un grand oral face à des analystes.

Visiblement, le dynamisme de Google pour consolider son modèle économique porte ses fruits, et le discours de la nouvelle directrice financière a été très apprécié par les marchés. A l'ouverture de la Bourse, ce vendredi, l'action de Google gagnait 15,11%, une locomotive pour le Nasdaq.

Selon Howard Silverblatt, analyste chez Standard & Poor Dow Jones Indices, Google vient de surpasser un record établi par Apple en 2012 en gagnant 65 milliards de dollars de capitalisation boursière vendredi.

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Commentaires
a écrit le 19/07/2015 à 16:51 :
ça s'appelle une bulle non ?
a écrit le 19/07/2015 à 2:26 :
Mais la magie de la bourse, c'est que si la capitalisation a augmenté de 65 milliards en 1 jour, il n'y a pas eu 65 milliards en capitaux supplémentaires qui se sont investis dans google, mais, pire, même la quantité d'argent échangé ce jour là( environ pour 7 milliards de dollars) n'arrive pas jusqu'à ce niveau. C'est peut-être bien de là que provient le problème, le travers fondamental de la bourse, qui fait qu'il est "rentable" pour une entreprise d'acheter ses propres actions pour faire monter sa capitalisation pour ensuite gager celle-ci dans un emprunt pour.. racheter ses actions, et accessoirement justifier de la capi pour exercer les stock-options du haut staff. Cela nous rappelle que les mouvements de capitalisations ne disent pas grand chose au final sur l'entreprise elle-même, mais plutôt la notoriété de l'entreprise vue de l'extérieur.
Réponse de le 19/07/2015 à 10:11 :
y
a écrit le 18/07/2015 à 19:54 :
"puisque les informations bancaires sont déjà dans le compte Google..." Effectivement, là, c'est vraiment gogole.
Je vois d'ici tout que je vais "louper"... :-))
a écrit le 18/07/2015 à 12:20 :
Google n'est qu'à ses débuts.

Riche comme un pays
Collecte toute la data
Bientôt une grande puissance industrielle (Automobile, drone, biologique)

Tout ça Combiné (argent, l'information, outils) = égale possible première future puissance militaire.


Et si la première puissance mondiale de la fin du 21ème siècle était une entreprise?
Réponse de le 18/07/2015 à 19:55 :
C'est clair et évident, Greg. Et c'est le but du capitalisme.
Réponse de le 18/07/2015 à 19:57 :
(en deux temps, pardon) : Et c'est en ne payant pas d'impôts que l'on voit leur puissance sur les états, bien sûr, achetés.

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