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L'entrée du Nasdaq dans le LSE relance la spéculation

La Tribune

Publié le 13 avril 2006 à 00:20 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 18:05

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L'annonce faite hier soir par le Nasdaq de l'acquisition de 14,99% de la Bourse londonienne a provoqué un bond du titre LSE. Les marchés s'interrogent sur la stratégie poursuivie par le Nasdaq.

La nouvelle, annoncée hier soir, de l'achat par le Nasdaq d'une participation de 14,99% dans le London Stock Exchange fait bondir le titre de ce dernier. En fin de séance, l'action du LSE s'inscrit en hausse de 15,41% à 1.198,50 pence. Les investisseurs parient sur le fait que le Nasdaq lancera une offre sur le reste de l'opérateur boursier.

Suite à cette annonce, l'action de la Bourse paneuropéenne Euronext grimpe de 1,74% à 67,35 euros. En fin de séance à Francfort, Deutsche Börse progresse de 1,50% à 112,48 euros. Selon les analystes, les investisseurs continuent à croire que le LSE pourrait finalement succomber à une offre ou jouer un rôle plus actif dans la consolidation du secteur.

L'annonce d'hier soir constitue bien un coup de théâtre. Après avoir retiré le 30 mars dernier l'offre qu'il avait au préalable déposée sur le LSE, le Nasdaq avait clairement indiqué qu'il "n'entendait plus faire d'offre" sur le marché londonien. Mais hier soir, à la surprise générale, le Nasdaq a annoncé qu'il avait pris 14,99% des actions du London Stock Exchange, en devenant ainsi le premier actionnaire. Moins de deux semaines après avoir jeté l'éponge, le Nasdaq est donc reparti à l'assaut de la Bourse de Londres. Cette acquisition, qualifiée de "très stratégique" par le porte-parole du Nasdaq, qui s'est refusé à tout autre commentaire, a été effectuée au prix de 1.175 pence par action.

Elle représente un investissement d'environ 447,7 millions de livres (645 millions d'euros). Les 38,1 millions d'actions ont été acquis pour 35,4 millions d'entre elles auprès de Threadneedle Asset Management, qui était jusqu'à présent le principal actionnaire institutionnel de l'opérateur londonien, et qui détient désormais moins de 1% du capital. Ce bloc a été complété par des achats sur le marché portant sur 2,7 millions d'actions, le nombre exact d'actions vendues mardi par l'assureur britannique Scottish Widows, deuxième actionnaire du London Stock Exchange (LSE). Cette vente représente un peu plus de 1% du capital du LSE, dont Scottish Widows (filiale de la banque Lloyds TSB) détient encore 4,3%, a indiqué l'assureur, sans toutefois préciser le nom de l'acheteur.

Quel avenir pour le LSE?

C'est la première fois que ses deux gros actionnaires lâchent le LSE, un mouvement amorcé au lendemain de l'offre du Nasdaq. Michael Taylor, le directeur des marchés de Threadneedle, a ainsi estimé que "le LSE est la plate-forme d'échanges d'actions qui a le plus de succès au monde, dans le centre financier qui a le plus de succès au monde, et nous sommes contents de voir cette qualité reconnue par le marché". Une porte-parole de Scottish Widows a fait remarquer que l'opération représentait "un bon retour sur investissements pour ses clients", les actions vendues ayant été acquises entre 3,5 et 6 livres.

A présent, "un débat passionnant va commencer", assure Kevin Sloane, directeur de la communication d'APCIMS, association de courtiers qui détiennent à eux tous quelque 10% du LSE. "Ce qu'a fait le Nasdaq marque une déclaration d'intention très forte et il dit au LSE, vous ne pouvez plus nous ignorer, vous devez venir à table et discuter", a-t-il estimé. Selon le Daily Telegraph, Clara Furse, directrice générale du LSE, cherchait d'ailleurs dès mardi soir avec ses conseils à rencontrer son homologue américain Bob Greifeld.

Ce que va faire le Nasdaq reste une inconnue. Les règles en vigueur à la Bourse de Londres lui imposent de rester sous 15% lors d'un premier achat, d'attendre une semaine avant d'acheter jusqu'à 9,99%, puis encore une semaine avant d'atteindre 29,99% du capital, et de s'y arrêter car à 30% il devrait lancer une offre d'achat formelle. S'il souhaite monter encore au capital, il peut sans doute compter sur les 4,3% restants de Scottish Widows.

"Ce que le Nasdaq dit, c'est: nous voulons cet actif, nous pensons qu'il est attractif et si quelqu'un d'autre le veut, il vaudra qu'il en passe par nous pour l'avoir", estime Rick Wetmore, gestionnaire de portefeuille chez Turner Investment Partners. Mais le Nasdaq a laissé la porte ouverte à une alliance, précisant qu'il pourrait faire une offre sous certaines conditions - par exemple en cas d'offre concurrente ou si le LSE accepte une autre proposition. Selon une source proche du dossier, l'acquisition de la participation de 15% permet au Nasdaq de garder toutes les portes ouvertes, y compris la possibilité d'engranger une coquette somme pour sortir du LSE si celui-ci était racheté par une autre Bourse. "C'est une transaction relativement bonne, mais je ne pense pas que le Nasdaq finira nécessairement par emporter (le LSE)", explique Axel Merk, gestionnaire de fonds chez Merk Hard Currency Fund.

Le LSE poursuit la redistribution de 510 millions de livres à ses actionnaires (dividende exceptionnel, etc...), tout en passant en revue différents scénarios tels qu'une fusion avec l'opérateur boursier nordique OMX ou une fusion avec Euronext. Selon la presse britannique, Euronext aurait repris en coulisse depuis peu des négociations avec le LSE. Selon The Observer, les deux protagonistes discutaient dernièrement d'une fusion entre égaux, réalisée entièrement par échange de titres, et qui valoriserait la nouvelle entité à 6 milliards de livres (8,6 milliards d'euros). De son côté, la Deutsche Börse ne reste pas inactive. Son PDG, Reto Francioni, affirme ainsi être pressé de parvenir à un mariage avec Euronext, avant son assemblée générale du 23 mai prochain.

Le LSE a reconnu, mercredi en fin de journée, être en discussion avec les autres principaux marchés financiers, tout en réaffirmant qu'il avait des perspectives de "très forte croissance" en tant que Bourse indépendante. La Bourse de Londres a également estimé que le cours actuel de son action, qui a fini à la clôture en hausse de 15,41% à 1.198,50 pence, ne reflétait pas pleinement sa valeur et ses perspectives de croissance. Ce cours valorise l'entreprise à 3,05 milliards de livres ou 4,41 milliards d'euros. Le LSE n'a pas pour autant souhaité faire de commentaires quand à l'entrée du Nasdaq dans son capital.

La Tribune

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