Inflation galopante, remontée des taux américains..., les Bourses européennes en forte chute

Ce jeudi, les principales places européennes chutaient, de presque 2% pour certaines, dans le sillage de la baisse des principaux indices de Wall Street la veille. En cause, une inflation galopante des deux côtés de l'Atlantique et une remontée des taux pour l'endiguer.

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(Crédits : SARAH MEYSSONNIER)

L'humeur n'était pas au beau fixe ce jeudi pour les Bourses européennes. Les places de Paris (-1,93%), Francfort (-1,82%), Milan (-1,52%) et Londres -1,97% chutaient ce jeudi vers 16 heures, effaçant ainsi une grande partie les gains de la veille.

Ces chiffres font suite à la baisse des principaux indices de Wall Street la veille : l'indice Dow Jones a reculé de 1,02%, le S&P-500 de 1,65% et le Nasdaq Composite, plombé par le recul d'Apple (-5,2%), de 3,18%. Les chiffres sur l'inflation aux Etats-Unis alimentent les inquiétudes au sujet du rythme du resserrement monétaire de la Réserve fédérale et de son impact sur l'économie. Si la hausse des prix à la consommation aux Etats-Unis a nettement ralenti en avril sous l'effet du recul des prix de l'essence, l'inflation a continué d'accélérer, au-dessus des attentes des économistes, ce qui donne à penser que ce ralentissement est temporaire. L'indice "core CPI", qui exclut l'énergie et l'alimentation, a même accéléré avec une hausse de 0,6% sur un mois après +0,3% en mars.

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"La hausse plus forte que prévu de l'inflation a renforcé les inquiétudes quant à la nécessité pour la Fed d'accélérer le resserrement de sa politique monétaire", a commenté Rodrigo Catril, chez National Australia Bank. Les données de mai seront publiées cinq jours avant la réunion de juin de l'institution et une hausse de taux de 75 points de base deviendrait une "forte possibilité" en cas d'une nouvelle mauvaise surprise, a-t-il ajouté. Dans un environnement rendu anxiogène par la poursuite de la guerre en Ukraine, les confinements mis en place en Chine, l'inflation persistante et les craintes d'accélération du durcissement monétaire, les acteurs de marché redoutent un ralentissement économique brutal, voire une récession pour les plus pessimistes d'entre eux.

Le relèvement des taux par la Fed, ajouté au faibles perspectives de croissance, a notamment eu pour conséquence de faire grimper le dollar qui a atteint son plus haut niveau face à l'euro depuis cinq ans. L'euro reculait de 1,06% face au billet vert, à 1,0401 dollar.

Resserrement monétaire dans la zone euro

Les places financières européennes réagissent également aux annonces de Christine Lagarde la veille. La présidente de la Banque centrale européenne a enclenché le processus de normalisation monétaire indiquant que celle-ci pourra intervenir au début du troisième trimestre. L'institution mettra ainsi un terme à son programme d'achats d'actifs (APP) suivi "quelques semaines" plus tard d'un relèvement de ses taux. "Mes attentes sont qu'ils [les achats d'obligations] devraient être achevés au début du troisième trimestre", a ainsi déclaré Christine Lagarde lors d'une conférence en Slovénie. "La première hausse des taux (...) aura lieu quelque temps après la fin des achats nets d'actifs (...), ce qui peut signifier une période de quelques semaines seulement", a-t-elle ajouté. Alors que le sujet divisait les vingt-sept, la BCE a tranché face à une inflation galopante.

L'inflation durablement installée

Comme aux Etats-Unis, l'inflation s'est en effet durablement installée en Europe. Les prévisions de l'Insee ont en effet fait état d'une inflation qui continue de grimper : Après avoir atteint 4,8% au mois d'avril, l'indice des prix à la consommation pourrait dépasser la barre symbolique des 5% d'ici juin. "Les chocs d'offre négatifs avec la guerre en Ukraine et la politique zéro covid en Chine augmentent les tensions sur les quantités et les prix. S'agissant des prix, ils atteignent des niveaux inédits depuis le début de nos séries dans l'agriculture (+69% pour les céréales), l'industrie. Ces prix à la production continuent de se transmettre aux prix à la consommation", expliquait mercredi Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l'Insee, lors d'un point presse lundi.

À Paris, les poids lourds de l'industrie du luxe Kering, LVMH et Hermès perdaient ce matin de 3,70% à 4,46%. À Francfort, Commerzbank, Siemens et Heidelbergcement abandonnaient de 2,71% à 5,89% après la publication de leurs résultats.  En hausse, le fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics gagnait, lui, 3,45% après avoir dit viser un chiffre d'affaires annuel supérieur à 20 milliards de dollars (19,04 milliards d'euros) en 2027 au plus tard, grâce à une demande toujours soutenue des secteurs automobile et industriel et des constructeurs de smartphones.

Le groupe de télécoms espagnol Telefonica (+3,26%) a confirmé ses objectifs pour 2022 après avoir engrangé 706 millions d'euros de profits au premier trimestre, lui évitant le marasme des indices européens, comme Deutsche Telecom (+2,07%), ou BT Group (+2,64%). Le groupe de construction Bouygues, qui compte aussi une branche telecom, se repliait en revanche de 0,96% après ses résultats.

Mauvaise nouvelle pour Apple qui a été détrôné du rang de première capitalisation boursière mondiale mercredi par le groupe pétrolier Saudi Aramco. Les titres du géant saoudien ont en effet été dopés par la récente flambée des cours du pétrole brut. Apple perdait encore 4,23% à 140,31 dollars jeudi. Le titre s'échangeait à 182 dollars début janvier.

Les prix du gaz lestés quand le gaz naturel bondit

Quant aux prix du pétrole, ils étaient lestés jeudi par les craintes sur la demande en pétrole en raison de l'inflation galopante. De l'autre côté, le gaz naturel bondissait après des nouvelles de perturbations de l'approvisionnement venant de Russie. Vers 15H10, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet perdait 0,23% à 106,77 dollars et le WTI américain pour livraison en juin baissait de 0,69% à 105,50 dollars. Les inquiétudes sur la croissance plombaient aussi les métaux, avec la tonne de cuivre sous les 9.000 dollars, au plus bas depuis octobre. En revanche, la référence du marché du gaz naturel européen, le TTF néerlandais, prenait 11,70%, évoluant à 105 euros le mégawattheure (MWh) après avoir touché les 115,00 euros le MWh.

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Enfin, le prix du bitcoin, qui a sombré jusqu'à 25.424 dollars, revenait à 28.090 dollars (-0,99%) jeudi. La cryptomonnaie a perdu 60% depuis son sommet historique en novembre. Un phénomène de baisse qui touche l'ensemble du marché des cryptomonnaies. Les difficultés des "stablecoins" (cryptomonnaies stables) affectaient également la confiance des investisseurs dans le secteur.

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