Assurance-vie : en 2021, les taux servis sur les fonds euros font de la résistance

La puissante association d’épargnants AFER vient d’annoncer un rendement de 1,7% sur son fonds euros pour 2021, soit le même niveau que l’an dernier. Contrairement aux projections, les taux sur les fonds euros devraient ainsi se stabiliser après plus de vingt années de baisse consécutive. Toutefois, la remontée des taux longs aura un impact très faible à moyen terme sur le rendement des fonds euros. Décryptage.

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Le taux moyen servi sur les fonds euros devrait se stabiliser autour de 1% en 2021.
Le taux moyen servi sur les fonds euros devrait se stabiliser autour de 1% en 2021. (Crédits : TONY GENTILE)

La publication, en début d'année, des taux servis sur les fonds en euros (taux de participation aux bénéfices, dans le jargon assureur) est toujours un moment de communication privilégié pour les assureurs-vie. « Ceux qui communiquent en premier sont généralement les plus généreux », s'amuse l'un d'eux.

Mais, traditionnellement, le point d'orgue de cette communication commerciale est l'annonce du taux proposé au titre de l'année précédente par l'AFER, cette association d'épargnant qui regroupe 753.000 adhérents pour 56 milliards d'euros d'encours (dont 14 milliards en unités de compte). C'est une sorte de taux de « référence » du marché sur lequel la concurrence se positionne plus ou moins.

Et c'est avec un certain sens du décorum que l'AFER a dévoilé, ce jeudi, son taux du fonds général, soit 1,7% au titre de 2021. Ni plus, ni moins que celui proposé l'an dernier. Toutefois, l'association précise, une fois n'est pas coutume, qu'elle a sensiblement renforcé sa dotation à la provision pour participation aux bénéfices (qui permet de lisser dans le temps la performance du fonds euros et qui entre dans le calcul du ratio prudentiel de solvabilité), à 132 millions d'euros, soit un stock de 400 millions d'euros à la fin 2021 (soit 0,93% des provisions mathématiques, ce qui reste trois fois inférieur à la moyenne du marché).

Stabilité en 2021

Cette dotation significative est sans doute le premier signe tangible du rachat, en juin dernier, du partenaire historique de l'AFER, Aviva France, par le groupe mutualiste Aéma. « Ce n'a pas été une chose facile que d'obtenir ce taux », glisse d'ailleurs Gérard Bekerman, président de l'AFER, dont la réputation de rude négociateur n'est plus à faire. Hasard ou non, le maintien du taux Afer 2021 au même niveau que celui de l'an dernier est une bonne illustration de la moyenne du marché cette année.

« Mon sentiment, sur la base des taux publiés à ce jour, est que la baisse sera probablement moindre qu'anticipé. Nous devrions même observer une certaine stabilité », estime Cyrille Chartier-Kastler, dirigeant de Facts & Figures, un cabinet spécialisé dans l'analyse du marché de l'assurance.

En mai dernier, Facts & Figures avait ainsi prédit un taux moyen net de frais de 0,9% contre 1,08 % en 2020 (contrats individuels, hors retraite). Or, « ce taux moyen devrait plutôt se situer autour de 1%, malgré la baisse continue du rendement des actifs généraux », avance l'expert.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette (relative) résistance de la rémunération des fonds euros. Les compagnies d'assurance anticipent tout d'abord une remontée graduelle des taux longs (ce qui n'est pas évident en zone euro, même si le taux de référence allemand à 10 ans est brièvement passé en territoire positif). Ensuite, certains assureurs ne souhaitent plus trop abonder leur provision pour participation aux bénéfices (PBB). D'ailleurs, la communication de cette provision se fait singulièrement plus discrète cette année.

Rendement négatif sur le fonds euros

Enfin, les assureurs ont paradoxalement souhaité récompenser leurs clients qui ont accepté ces dernières années, et particulièrement en 2021, d'investir dans les unités de compte plutôt que dans le fonds euros, plus gourmand en capitaux propres. L'an dernier, les unités de compte ont en effet drainé quelque 50 milliards d'euros sur une collecte brute de 150 milliards d'euros de l'assurance-vie.

L'effet inflation peut également jouer. Pour la première fois en effet depuis longtemps, le rendement net d'inflation et de prélèvements des fonds euros sera clairement négatif alors que l'inflation pourrait atteindre 2,8% en 2021. C'est un signal d'alerte pour les épargnants qui restent attachés au fonds en euros, dont le capital reste, peu ou prou, garanti.

Toutefois, les premières annonces ne sonnent pas pour autant comme un coup d'arrêt à la baisse du rendement des fonds en euros, continue depuis vingt ans. Certains fonds euros ressortent toujours en baisse, comme celui de l'association Gaipare, avec un taux de 1,8% contre 1,9% un an plus tôt.

La surprise de MASCF

Des mutualistes ont également opté pour une baisse, comme La France Mutualiste, GMF Vie ou Carac, relève Facts & Figures. Même Mutavie, du groupe Macif (Aéma) a réduit de dix points de base ses taux sur ses différents contrats. D'autres affichent des rendements stables d'une année sur l'autre, comme Sogécap (de 0,75% à 1,15%) ou Primonial (de 1 à 2,1%, mais sur une clientèle plus patrimoniale).

D'autres ont opté pour une hausse des taux, comme Primonial (sur certains contrats), Sogécap également, mais aussi SMA. C'est sans doute MASCF qui a créé la surprise avec une hausse de 55 points de base de son taux servi sur l'actif général, compte tenu, « de la performance des marchés et de notre gestion financière dynamique », explique l'assureur.

Une singularité qui interroge d'ailleurs la profession sur le sens du message que souhaite délivrer MASCF en incitant ses assurés à investir sur le fonds euros. « Les bancassureurs devraient stabiliser leur taux alors qu'ils servent habituellement des taux dans la moyenne inférieure du marché, contrairement aux mutualistes », relève Cyrille Chartier-Kastler.

Le temps long de l'assurance-vie

L'équation des assureurs-vie pourrait être plus compliquée en 2022 : la remontée des taux pourrait créer une attente de la part des assurés face à des rendements devenus négatifs et les unités de compte finiront par buter sur un ralentissement des marchés. Surtout que l'histoire se répète, les assurés ont toujours tendance à accroître leur part d'unités de compte au plus haut des marchés.

La remontée anticipée par les assureurs des taux longs sur les trois ou quatre prochaines années pourrait-elle changer la donne sur les fonds euros ? Pas vraiment, insistent les assureurs.

« L'impact d'une remontée des taux sera forcément différé dans le temps pour l'assuré. Le taux servi n'est pas que fonction de l'évolution des taux mais aussi de la duration du portefeuille, qui ne varie pas énormément dans le temps. Le rendement de l'actif repose donc sur des stocks d'hier ou avant-hier. La seule variable d'ajustement pourrait être la provision pour participation aux bénéfices (PPB) qui peut permettre de mieux accompagner une hausse des taux avant son effet effectif sur le rendement de l'actif général », explique ainsi Guillaume Pierron, directeur général adjoint assurance-vie individuelle de Groupama Gan Vie.

« Les assureurs qui remontent aujourd'hui leur taux servis font une erreur car de toute façon le rendement sera toujours négatif et la remontée des taux, surtout son ampleur, reste une question cruciale pour les assureurs. Ces derniers auraient tout intérêt à continuer de renforcer leur PPB, soit pour être en capacité d'absorber une hausse trop rapide des taux, soit pour diversifier davantage leur actif général pour doper le rendement », estime de son côté Cyrille Chartier-Kastler.

Communiquer autrement

Certes, une hausse (graduelle) des taux longs est plutôt une bonne nouvelle pour les assureurs car elle conforte leur solvabilité. Les modèles prudentiels sont en effet très sensibles à l'évolution des taux. La baisse soudaine des taux durant l'été 2019 avait d'ailleurs provoqué un vrai stress et mis, un temps, certains assureurs au bord de l'insolvabilité.

En revanche, une remontée des taux soulage les exigences de fonds propres, même si les plus-values latentes obligataires vont se réduire. De quoi alors envisager une diversification de l'actif général vers les actions, l'immobilier, voire même le private equity. Même l'AFER, très conservateur dans sa gestion, envisage de muscler sa poche actions !

Reste que cette communication sur les taux des fonds euros vit sans doute ses dernières heures. Beaucoup d'assureurs s'interrogent en effet sur la pertinence de cette focalisation sur le fond en euros alors que les unités de compte prennent de l'importance, tout d'ailleurs la gestion déléguée.

« Nous réfléchissons en effet sur l'intérêt de communiquer sur le taux de participation aux bénéfices sur le fonds en euros alors que la proportion d'unités de comptes dans les contrats est devenue importante. Ce qui compte désormais de plus en plus, c'est bien la performance globale du contrat car cela correspond plus à ce que l'on propose aux assurés. C'est bien ce que nous comptons faire à l'avenir. Aujourd'hui, 80% de nos nouveaux clients sont en effet en gestion déléguée, en fonction de dix profils de risque », confie Guillaume Pierron.

L'assurance-vie change de nature, la communication aussi. La grande messe annuelle de l'AFER sur son taux devra sans doute suivre le mouvement.

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Commentaires 2
à écrit le 14/01/2022 à 10:26
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quand les rendements seront a 0, les gens vont retirer leur argent ( c'est pour ca qu'on veut leur ' simplifier la vie' en interdisant le cash); et la, la france endettee et deargentee sera face a la realite

à écrit le 14/01/2022 à 9:15
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La remontée des taux sera favorable aux fonds en Euros.

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