COP23 : les green bonds à un record de 100 milliards de dollars

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Evolution du marché des obligations vertes depuis 2013 : en rouge, celles émises par les Etats, en vert les villes et collectivités, en turquoise les agences gouvernementales, en bleu clair les banques de développement, en violet les entreprises, en bleu foncé les banques commerciales, en jaune adossées à des actifs.
Evolution du marché des obligations vertes depuis 2013 : en rouge, celles émises par les Etats, en vert les villes et collectivités, en turquoise les agences gouvernementales, en bleu clair les banques de développement, en violet les entreprises, en bleu foncé les banques commerciales, en jaune adossées à des actifs. (Crédits : Climate Bonds Initiative)
Les émissions d'obligations "vertes", finançant des projets favorables au climat, devraient atteindre 130 milliards cette année selon la Climate Bonds Initiative. Le phénomène est mondial et la France est n°2, derrière la Chine.

Un peu plus de dix ans après l'émission des tous premiers « green bonds » au monde, par la Banque européenne d'investissement (BEI), le marché des obligations « vertes », des emprunts émis sur les marchés obligataires destinés à financer des projets participant à la lutte contre le réchauffement climatique, franchit le cap symbolique des 100 milliards de dollars.

L'ONG Climate Bonds Initiative vient de l'annoncer depuis Bonn, à la COP23 : en comptant l'émission de 1,5 milliard de dollars de la Banque de développement chinoise, qui sera bouclée ce jeudi, le total des « green bonds » émis depuis le début de l'année atteint un nouveau record à 101,4 milliards de dollars. De quoi conforter la prévision annuelle de l'ONG d'un montant de 130 milliards de dollars (contre 150 milliards espérés en janvier), reflétant une croissance forte de 59%, mais moindre qu'en 2016 (+92%).

« En tête des émissions nationales de green bonds en 2017 à ce jour se trouve la Chine, suivie de la France, des Etats-Unis, de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède, du Mexique, de l'Espagne, de l'Inde et du Canada. Les nations européennes ont conservé leur place dans le Top 10, et des économies émergentes comme le Mexique et l'Inde jouant un rôle de premier plan, reflétant la croissance de le marché de la finance verte » relève la Climate Bonds Initiative dans un communiqué.

En réalité, les trois premiers sont nettement devant et la France est passée devant les Etats-Unis et talonne même la Chine. La plus grande banque du monde, la chinoise ICBC, a émis son premier green bond en septembre pour 2,1 milliards de dollars.

Green Bonds 2017

[Les 10 premiers émetteurs d'obligations vertes en milliard de dollars cette année au 16/11/2017. Crédits : Climate Bonds Initiative]

"Un phénomène mondial"

Les plus gros émetteurs en France sont l'Etat, qui a levé en janvier le plus important emprunt vert souverain (7 milliards d'euros), Engie et la Sncf. L'Agence française de développement (AFD) vient tout juste d'émettre sa deuxième obligation climat, d'un montant de 750 millions d'euros.

Green bonds top 10 en 2017

[Les 10 premiers pays émetteurs d'obligations vertes et montants totaux en milliard de dollars cette année au 16/11/2017, les trois plus gros émetteurs par pays. Crédits : Climate Bonds Initiative]

« La finance verte est un phénomène vraiment mondial. L'Europe montre la voie et représente la moitié des émissions, la Chine a enregistré un ralentissement, l'Amérique latine est assez impressionnante par rapport à son PIB, l'Amérique du Nord est plus décevante. Corporate America est à la traîne », analyse Phil Brown, responsable dette publique et origination de green bonds chez Citigroup.

Excepté Apple, qui a émis son deuxième green bond, d'un milliard de dollars, en juin dernier, les grands groupes américains restent peu présents sur ce marché. Les investisseurs américains sont pourtant de plus en plus sensibles aux thématiques de lutte contre le réchauffement climatique, à l'image du géant de la gestion d'actifs, BlackRock.

La banque américaine est numéro un mondial au troisième trimestre (selon Thomson Reuters) si l'on inclut le marché des "Muni bonds", les green bonds émis par les collectivités locales américaines, en fort essor, mais à part car totalement défiscalisé pour les investisseurs américains. Elle reconnaît cependant que le leader mondial de la structuration et du placement des obligations vertes est français : c'est Crédit Agricole CIB (avec une part de marché de l'ordre de 6,7% selon Dealogic), suivi de HSBC et de JP Morgan.

Green Bonds classement banques 2017

Corporate America et les Etats du G20 à la traîne

Du côté des Etats, ce n'est pas encore la ruée.

« Nous attendons que d'autres pays suivent l'exemple de la Pologne, de la France et des Fidji. Le Nigeria devrait être le premier pays d'Afrique à émettre un green bond souverain. Il est temps que les pays du G20 et de l'OCDE suivent la voie et expriment leurs intentions en 2018 », appelle le directeur général de Climate Bonds, Sean Kidney, dans le communiqué.

L'émission du Nigeria se fera en monnaie locale et aura lieu « dans quelques semaines » croit savoir le spécialiste de Citigroup, qui pense que le Kenya devrait suivre. En Europe, « de nombreux pays sont intéressés, comme l'Irlande, la Belgique et les Pays-Bas » indique-t-il.

Le marché devrait donc rester dynamique l'année prochaine et les suivantes.

« La croissance est continue et solide mais je ne prévois pas de doublement chaque année et le marché ne se chiffrera pas en millier de milliards de dollars », estime Phil Brown, de Citigroup.

Il y a un an, à la COP22 à Marrakech, la Climate Bonds Initiative pensait « possible » d'atteindre l'objectif ultra-ambitieux d'un marché des green bonds multipliés par dix d'ici à 2020, soit mille milliards de dollars par an.

« Nous nous approchons de notre prévision de 130 milliards de dollars de green bonds en 2017, mais il y a du chemin avant d'atteindre le cap de 2020 dans la finance verte », a convenu mercredi Sean Kidney dans le communiqué.

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a écrit le 22/11/2017 à 11:42 :
Ceci valide mon commentaire du 14/11/2017 : http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/cop23-les-green-bonds-a-un-record-de-100-milliards-de-dollars-758089.html
Beaucoup d’entreprises se « verdissent » en apparence. La réalité de la finalité des projets financés, est loin du domaine de la lutte environnementale.
J’en ai un parfait exemple dans mon secteur, une entreprise de fabrication de charbon de bois, qui s’est « verdie » pour obtenir des crédits européens, en produisant de l’électricité VERTE, à partir de « chablis » forestiers. C’était sans compter sur la pollution crée par les dizaines de camions qui chaque jours transitent par les villages depuis 3 ans, pour alimenter cette mini centrale en bois.
Le constat n’est guère rassurant : Ces "marchés verts" ne sont plus là pour « encadrer » la pollution, ils sont devenus une extension du domaine de la finance.
Voir l’ouvrage d’Aurélien Bernier, « Le climat otage de la finance ».
a écrit le 16/11/2017 à 14:18 :
L'occasion d'écouter la chronique audio intitulée : " COP 23: IL FALLAIT ATTENDRE QUE JUPITER SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID" consultable sur la webradio webtv indépendante AWI.
a écrit le 16/11/2017 à 9:46 :
Tandis que les rejets de carbone battent des records.

Cherchez l'erreur... On nous prend pour des gonds.

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