Après un excellent cru 2019 et des investissements en plein boom, les startups tricolores de la finance, que l'on appelle les fintech, avaient débuté l'année 2020 sur les chapeaux de roues avec des levées de fonds significatives menées par des investisseurs étrangers de renom comme le chinois Tencent. Mais le secteur, comme tant d'autres, n'échappe pas aux conséquences économiques de la crise sanitaire liée au coronavirus.
"Notre chiffre d'affaires du mois de mars est plus faible que celui du mois de février. Dans un contexte de startup, une telle situation est très rare. Habituellement, nous enregistrons une croissance mensuelle de l'ordre de 5 à 10%. Aujourd'hui, nous faisons face à une baisse importante de nos revenus. Le repli se chiffre en plusieurs dizaines de pourcents", raconte en toute transparence Alexandre Prot, le cofondateur de la néobanque pour PMEQonto, qui a bouclé une levée de fonds record de 104 millions d'euros en début d'année.
"Notre activité repose sur deux comportements transactionnels. Le comportement social lorsque les jeunes se remboursent de l'argent à l'occasion d'une soirée ou créent une cagnotte pour un anniversaire par exemple, et l'activité de commerce en magasin et en ligne. Or, l'activité sociale est au plus calme et les particuliers dépensent sensiblement moins. Par conséquent, nous avons très peu d'activité et notre volume de transactions s'est réduit de 75%", témoigne, pour sa part, Cyril Chiche, à la tête de l'appli de paiement Lydia, qui elle a levé 40 millions d'euros en janvier dernier. Aujourd'hui, environ 20% de ses effectifs sont au chômage partiel.
"Notre secteur est le reflet de l'activité des particuliers et des entreprises, de l'économie en général. Dans ce contexte de crise, nous observons donc une baisse globale du niveau d'affaires de l'ordre de 40 à 50%, avec bien sur une disparité d'impact selon les secteurs. Au vu des premières remontées, 18% des effectifs des entreprises membres de France Fintech [l'association professionnelle du secteur, ndlr] sont en situation de chômage partiel et 5% au chômage total. Nous observons également un fort ralentissement des recrutements et un accès plus difficile au financement", expose Alain Clot, le président de France Fintech.