Pour aider les PME à croître à l'international, Bpifrance lance un fonds Build-up

 |   |  804  mots
Le nouveau fonds de Bpifrance co-investira avec une PME dans le capital de sa cible d'acquisition à l'international des montants allant de 3 à 30 millions d'euros.
Le nouveau fonds de Bpifrance co-investira avec une PME dans le capital de sa cible d'acquisition à l'international des montants allant de 3 à 30 millions d'euros. (Crédits : BPI)
La banque publique crée un fonds d'investissement de 200 millions d'euros qui prendra des tickets de 3 à 30 millions d'euros directement dans le capital d'une cible étrangère aux côtés d'une entreprise française. Ce fonds Build-up International, financé par le Programme d'investissements d'avenir (PIA), accompagnera en priorité le "Mittelstand français", les entreprises familiales réticentes à ouvrir leur capital.

Dans le prolongement de son Accélérateur PME et de l'initiative de la French Fab, Bpifrance veut « stimuler la fabrique du Mittelstand français », autrement dit notre tissu de PME familiales, souvent encore trop petites et trop hexagonales. La banque publique a décidé de créer un fonds d'investissement baptisé Build-up International, disposant d'une enveloppe de 200 millions d'euros issus du Programme d'investissements d'avenir (PIA), pour accompagner les PME et ETI françaises dans leurs acquisitions à l'étranger, en Europe, en Amérique du Nord ou dans les pays émergents, en co-investissant avec elles dans le capital de leur cible.

Déjà investisseur en direct à travers son programme Fonds propres PME, la BPI s'adresse avec ce fonds en priorité aux « entreprises indépendantes détenues majoritairement par des familles ou des personnes physiques », réalisant un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros jusqu'à 1,5 milliard, dans tous types de secteur, de l'industrie, à la santé, l'agro-alimentaire ou la sécurité par exemple.

Le fonds Build-up International investira des tickets de 3 à 30 millions d'euros directement au capital des sociétés étrangères acquises, des cibles ayant une valeur comprise entre 10 et 150 millions d'euros, dans un véhicule financier spécial (SPV) aux côtés de la PME ou ETI française réalisant l'achat qui restera majoritaire.

« Ce fonds Build-up est un outil novateur, qui n'existe pas ailleurs en Europe » a souligné Guillaume Mortelier, le responsable de l'équipe de gestion de ce fonds chez Bpifrance, lors d'une présentation à la presse ce jeudi 13 septembre.

Seul le fonds franco-chinois Cathay Capital s'inscrit à ses yeux dans une démarche comparable.

« En tant qu'investisseur public, nous sommes dans un dialogue de long terme. Nous avons un alignement d'intérêts avec l'entreprise avec laquelle nous co-investissons. On gagne ensemble ou on perd ensemble » a-t-il fait valoir.

Concurrence pour les fonds privés ?

Le « build-up » ou renforcement par acquisitions, généralement financé par endettement, est le mode d'action privilégié des fonds de private-equity, qui entrent au capital d'une entreprise pour la faire grandir et la revendre de ce fait plus cher par la suite. Certains fonds de capital-investissement risquent de ne pas apprécier cette intrusion de la banque publique d'investissement sur leurs plates-bandes.

« Nous ne sommes pas du tout en concurrence avec le privé » a affirmé Guillaume Mortelier. « Nous comprenons qu'il peut y avoir des freins à l'ouverture du capital, en particulier en période de transmission à une autre génération. Nous serions très heureux que des gestionnaires privés s'inscrivent dans cette démarche, si l'on prouve que l'on peut dégager une bonne rentabilité. Nous voulons creuser un sillon » a-t-il indiqué.

Les opérations seront réalisées aux conditions de marché, a insisté Jean-Luc Moullet, le directeur du programme industriel au Secrétariat général à l'investissement (SGPI), qui pilote le Programme d'investissements d'avenir (l'ex-Grand emprunt), doté de 57 milliards d'euros.

« Au PIA, nous sommes très attentifs à ne pas empiéter sur le terrain du privé. Le fonds n'est pas là pour faire monter les enchères mais pour remplir une faille de marché. Les PME en ont besoin » a estimé Jean-Luc Moullet.

Un dirigeant d'entreprise familiale était venu confirmer l'utilité de ce dispositif. Antoine Potez, le directeur général de Potez Aéronautique, fondée par son arrière-grand-père dans l'entre-deux-guerres, a été accompagné par l'équipe de la BPI dans le cadre d'un projet de croissance externe en Espagne.

« Si nous réalisions le financement au niveau de la maison-mère, cela aurait impliqué une dilution importante au capital de la famille » a-t-il témoigné. « L'opération ne s'est pas encore concrétisée, nous ne voulons pas nous précipiter. »

Le rôle du fonds Build-up International consiste à aider les PME françaises « à faire un beau deal ou éviter un mauvais deal » a renchéri Guillaume Mortelier. « Nous identifions les cibles, nous faisons les due diligences (audits, ndlr), la structuration financière et juridique. Nous voulons faire des opérations structurantes, qui peuvent mettre en danger la maison-mère » si elles ne sont pas bien montées ou mal adaptées. L'équipe du fonds entend prémunir les entreprises du « risque d'escroquerie ou de gros échec », en particulier sur les marchés émergents.

En contact avec une cinquantaine d'entreprises dans sa phase d'incubation ces six derniers mois, ce nouveau fonds est opérationnel et discute déjà avec une quinzaine d'entre elles, dont deux au stade des audits d'acquisition : ces dossiers devraient aboutir d'ici à la fin de l'année. L'ambition du fonds Build-up International est d'accompagner entre 15 et 20 entreprises au cours des trois prochaines années, représentant un montant global d'acquisitions de 500 millions à un milliard d'euros. Le PIA pourrait réabonder le fonds si le montant s'avérait insuffisant en cas de grand succès.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/09/2018 à 16:03 :
Il faut des aides à la traduction tous secteurs confondues.
Il y'a besoin d'aide à la promotion et à l'adaptation des produits en langues locales à l'extérieur, les TPE/PME ne peuvent s'offrir ces besoins et bien souvent les oblige à ne vendre qu'en francophone, hors si le marché est petit comme pour l'industrie des jeux de plateaux et bien la sté peut fort ne jamais réussir à grossir suffisamment.
Hors une sté anglophone, elle réussira à grossir sur un même marché et en plus à l’internationale.
a écrit le 13/09/2018 à 13:53 :
Une aide publique a la delocalisation?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :