Nexter/Krauss-Maffei : les quatre points durs qui pourraient entrainer l'échec de l'opération

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Le char allemand Leopard sera-t-il la tête de gondole de la future société formée par Nexter et Krauss-Maffei Wegmann?
Le char allemand Leopard sera-t-il la tête de gondole de la future société formée par Nexter et Krauss-Maffei Wegmann? (Crédits : Krauss-Maffei Wegmann)
Le rapprochement entre les deux groupes d'armements terrestres français et allemand, Nexter et Krauss-Maffei Wegmann, traverse des turbulences. Notamment, l'Etat français pourrait demander à KMW de payer une soulte de 500 millions d'euros pour garder le co-contrôle.

Ça passe ou ça casse. On va savoir dans les prochains mois si le rapprochement dans le domaine de l'armement terrestre entre Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann va être un échec... ou si l'un des deux groupes aura finalement cédé en rase campagne à l'autre pour réussir coûte que coûte cette opération. Un rapprochement qui est actuellement dans un moment critique. Nexter, en passe d'être privatisé, et l'allemand KMW donneraient naissance au leader européen de l'armement terrestre.

La venue à Paris du PDG de KMW va peut-être permettre d'éclaircir toute ou partie des points durs recensés de cette opération, notamment sur l'éventuelle soulte que devraient verser les actionnaires de KMW à l'Etat français. Frank Haun va rencontrer les ministres de l'Economie et de la Défense, Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian, et sera auditionné mercredi matin à l'Assemblé nationale devant les députés de la commission de la défense, dont certains seraient sceptiques sur la réussite de cette opération. Bref, l'opération Kant n'est pas un long fleuve tranquille pour les deux PDG, Philippe Burtin et Frank Haun.

1) KMW contraint de payer une soulte de 500 millions?

C'est LE point bloquant de l'opération. Si la valorisation des deux entreprises est toujours en cours et est attendue le 30 janvier, l'Agence des participations de l'Etat (APE) serait pourtant d'ores et déjà très tentée de demander aux 27 actionnaires familiaux de KMW (100 %) de verser une soulte de 500 millions afin de respecter le principe intangible de co-contrôle entre l'Etat français et de la famille Bode de la future holding, selon nos informations. Car Nexter, remis au carré par Luc Vigneron puis Philippe Burtin, vaudrait aujourd'hui 2 milliards d'euros, selon des critères d'évaluation très classiques (résultats des trois derniers exercices et prévisions pour les quatre prochains) tandis que la valorisation de Krauss-Maffei s'élèverait à 1,5 milliard d'euros.

Or, selon des sources concordantes, pour Frank Haun, il n'en est pas question. Le PDG de KMW se laisserait jusqu'au printemps pour trouver une issue à ce point bloquant, faute de quoi il changerait son fusil d'épaule. De son côté, Nexter aurait recruté à la hâte un spécialiste des fusions-acquisitions pour résoudre de tels problèmes. A suivre mais la précédente fusion franco-allemande entre Aerospatiale/Matra et DASA incite aussi à la plus grande prudence, les intérêts français ayant été largement galvaudés pour des raisons politiques. A l'APE, qui a d'autres dossiers plus importants à traiter (elle doit gérer notamment la cession de 5 à 10 milliards d'euros d'actifs en 2015), de trouver ou pas un compromis équitable.

2) Des produits qui restent concurrents

Juré, craché : les deux industriels choisiront le meilleur produit qui répond le mieux aux besoins du client à l'exportation, avait expliqué à plusieurs reprises Philippe Burtin. Or si ce dernier est prêt à jouer le jeu, notamment dans les chars lourds en laissant le champ libre au Leopard, Frank Haun n'est pas prêt à renoncer à proposer sur les marchés export le Boxer, concurrent du VBCI, dans les blindés à huit roues (30 tonnes), pourtant plus cher.

Le concept du Boxer qui est révolutionnaire - plusieurs types de cabine blindée interchangeable peuvent être montés très rapidement sur une plateforme unique -, n'a pourtant pas convaincu, y compris jusqu'à l'armée allemande, qui a commandé le même nombre de cabines et de plateformes.

3) Y a-t-il un pilote dans l'avion?

"Il existe une volonté importante au niveau politique de réussir cette opération mais la France ne met pas les moyens et/ou ne fait pas l'effort pour atteindre cet objectif", assure-t-on à La Tribune. Avec toute la volonté du monde, Philippe Burtin n'a pas toutes les marges de manœuvre pour négocier avec KMW, notamment pour résoudre les problèmes liés aux opérations de valorisation. Frank Haun s'est plaint d'avoir perdu la relation privilégiée qu'il avait avec David Azéma, le prédécesseur de Régis Turrini, explique-t-on à La Tribune. Faut-il toutefois rappeler que ce dernier reste le garant des intérêts de l'État à travers la gestion du portefeuille des participations de l'APE.

4) Les syndicats dans le brouillard

Des deux côtés du Rhin, il existe une volonté de cacher la copie aux syndicats. Du coup, les organisations syndicales sont aujourd'hui à cran. Philippe Burtin a pourtant accepté une expertise indépendante cofinancé par Nexter. Or pour l'heure comme le souligne la CFDT Nexter, "rien n'arrive au cabinet d'expertise Syndex et encore moins aux élus". "La direction use de multiples raisons pour retarder le lancement" de cette expertise, regrette la CFDT. Côté allemand, des syndicats ont créé un site internet, qui fait l'inventaire des craintes des salariés... Et tout y passe.

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Commentaires
a écrit le 18/02/2015 à 17:00 :
La facilité avec laquelle la stratégie allemande est mise en place en étonne plus d'un. Ils n'essaient même pas d'avanceer masquer. tout ce qu'ils ont à faire pour obtenir ce qu'ils veulent. C'est trouver des gens en situation difficile. LA ils ont pousssé Nexter dans un coin en gagnant de marchés grace à la corruption. Et maintenant qu'ils ont de quoi s'associer, ils vont
le faire à des conditions défavorables pour nous et qui nous empecheront de défendre nos interets au sein de la nouvelle entité avec KMW. Et à la fin ils découpéeront la bête en morceaux La vendront aux quatre vents comme ils en ont déjà l'habitude et nous demanderons d'accepter ça comme étant la loi du marché.
a écrit le 31/01/2015 à 1:20 :
L'argent détourné finit toujours pas réapparaitre dans des affaires douteuses. Mais comme on le voit ca va faire un bon moment, que tout ca n'est pas fait Les intermédiaires frustré de ne pas avoir eu leur part ou qui considère qu'elle était trop petite finissent toujours pas parler. Et on découvre que la dette grecque vient aussi de contrats d'armes passé par une armée pléthorique à des industriels allemands en échange de pots de vins. L'enquête du procureur a commencé à laisser des traces et il ne faudra pas longtemps avant que les dirigeants de Krauss Maffei ait à s'expliquer. Dans ce cas comment devrons nous expliquer aux contribuable français que nous finançons les turpitudes des patrons allemands.
a écrit le 17/01/2015 à 15:25 :
L'idée que nous puissions tout simplement mettre mettre ensemble deux entreprises qui sont chacune des colosses dans leur domaines ne pouvait sortir que du crane d'un énarque mal réveillé. La possibilité que nous ayons à gérer, le passage sous une bannière privée d'un des fleurons de la technologie nationale, va ouvrir un boulevard à des pratiques douteuses. Les dirigeants pourront maintenant s'abriter derrières des écrans de fumée ou des holding opaques pour masquer la circulation des fonds. Déjà dans un domaine inoffensif comme le commerce on voit ce qu'est capable de faire une boite comme amazon en terme d'optimisation fiscale ou aussi dans la manière dont ils gèrent la "carrière" de leur salariés. Quand un géant de l'armement se sera affranchi de la tutelle du gouvernement français et pourra librement se mettre à l'abri derrière un statut hybride au "LuxemhollandMan". ils pourront arroser tout le monde de commissions.
a écrit le 14/01/2015 à 21:14 :
Après les horribles attentats de la semaine dernière et la mobilisation massive des citoyens pour défendre les valeurs de la République et dire NON au terrorisme, les politiques se doivent de porter un regard lucide sur ce qui favorise cette montée de l'intégrisme et le fait que certains groupes radicalisés disposent aujourd'hui d'arsenaux dignes de certaines armées. La destabilisation des régions entière au proche ou moyen-orient, l'éclatement de certains pays où règne le chaos, en font partie. Mais la perte de maitrise publique dans ce domaine spécifique qui relève des missions régaliennes de l'état, la dérèglementation du marché de l'armement au bénéfice d'un complexe militaro-industriel privé, tout comme le besoin de clarification des relations avec certains pays qui alimentent, financent ou entrainent des groupes teroristes, sont des questions qui appellent des réponses politiques. Celles-ci sont aux antipodes de celle qui se dessine au travers de la privatisation de GIAT Industries et NEXTER. La création d'une société regroupant Nexter et KRAUSS MAFFEI, dont la vocation serait essentiellement tournée vers la recherche de contrats à l'Export ne risque-t'elle pas d'accentuer ces dérives ? Les transferts de technologies qui accompagnent chaque contrat Export ne participent-ils pas à créer nos propres concurents de demain favoriseront-t'ils l'emploi sur le territoire national? Le fait que le siège de cette nouvelle société se trouverait fortuitement implanté au Pays Bas n'est-il pas guidé par la recherche d'une optimisation fiscale, d'une part et une volonté d'échapper aux règles d'exportations nationales d'autre part ? Poser la question, c'est peut-être y répondre ! Et là, on rejoint la préoccupation de la prolifération des armes dans le monde et leur détention par des pays dont la mansuétude vis à vis des groupes terroristes ne fait plus mystère pour personne. Si nous voulons vivre dans un monde apaisé, réindustrialiser le pays, et conserver les capacités de notre défense, alors, nous devons au moins avoir le courage de porter ce débat auprès des politiques et des citoyens !
a écrit le 14/01/2015 à 15:28 :
avec les restriction d'exportation en cours de discussion au parlement allemand, on a aucun intérêt a fusionner avec une société allemand. Il vont couler eux même.

Je vous rappel également ce qui se passer avec des satellite qui sont aujourd'hui construit par une société allemand, assisté par Thales après leur échec de pouvoir fournir les satellites dans les délais ou peut être ne pas pouvoir fournir du tout.

En vérité la France a une maitrise technique aussi bien en armement terrestre que en aviation que les allemand n'auront probablement jamais. Donc toute accord ou fusion franco-allemand est a prendre avec des pincettes.
Réponse de le 14/01/2015 à 16:47 :
"avec les restriction d'exportation en cours de discussion au parlement allemand"

Si on doit demander l'avis de l'Allemagne chaque fois que l'on veut faire une vente en Afrique c'est mort: ils bloqueront tout en utilisant le fait que c'est pour armer des dictateurs.

On va se retrouver dans la même situation que SAAB aviation: tout l’électronique vient des Etats-Unis. Chaque fois qu'ils veulent vendre ils doivent demander l'autorisation... d'où la subite envie de se réapproprier l’électronique dans la nouvelle version NG du Gripen qui est tout simplement un nouvel avion (ils ont gardé l'aspect extérieur pour endormir les Suédois).
Réponse de le 14/01/2015 à 16:50 :
"En vérité la France a une maitrise technique aussi bien en armement terrestre que en aviation que les allemand n'auront probablement jamais"

Ils ont eu un moment une très grande maitrise mais ils ne sont pas remis de la seconde guerre mondiale. Dans Airbus c'est la France qui apporté le savoir faire. Et si le mariage était déséquilibré c'est par la volonté de construction Européenne de De Gaulle.
Airbus leur a donné l'impression qu'ils touchaient de nouveau leur bille mais la comparaison Rafale vs. Eurofighter montre qu'une "petite" société comme Dassault garde un énorme savoir faire du dessin jusqu'au vol...
a écrit le 14/01/2015 à 12:15 :
L'Allemagne de Merkel dit non à tout, quand il s'agit de poursuivre la construction Européenne, sauf en cas d'intérêt strictement Allemand où alors elle prend tout pour elle seule
a écrit le 14/01/2015 à 11:05 :
et bien sur bientôt tous les sites de production se retrouveront en Allemagne,comme par hasard
Réponse de le 14/01/2015 à 16:51 :
eh oui. Pour un Boxter acheté une Porsche Boxter offerte ;-)
a écrit le 14/01/2015 à 11:01 :
Est ce que la conception de chars lourds est toujours d' actualité dans les conflits d' aujourd'hui ....La question , lequel sombrera le premier ?
a écrit le 14/01/2015 à 10:36 :
Dans un mariage entre égaux, il y a toujours un qui est plus égal que l'autre !!
Sinon cette fusion annonce la fin du char Leclerc au profit du char Léopard.
a écrit le 14/01/2015 à 9:33 :
Il faut se méfier comme de la peste de nos ""amis''.Ils prennent vos idées,votre technologie et ensuite, sous des prétextes politiques ou déontologiques, ils manoeuvrent dans votre dos pour vous affaiblir et prendre les commandes.
a écrit le 14/01/2015 à 9:14 :
'Peuvent etre monter"
a écrit le 14/01/2015 à 8:41 :
Avec l'Allemagne plus aucune avancée Européenne n'est possible. L'Allemagne est le " Madame Non à Tout " quand il s'agit de constituer des Champions Mondiaux Européens. La constitution de Champions mondiaux Européens tel Airbus, Ariane, et nombreuses autres actuelles réussites, n'est plus possible. L'Allemagne n'est plus Européenne, comme ne l'est plus et ne l'a jamais vraiment été le Royaume Uni
Réponse de le 14/01/2015 à 9:28 :
Airbus a pu être fait car on a galvaudé les internet français au profit des allemands.
Aerospatiale - Dasa ce n'était pas comparable mais il fallait construire l'Europe économique... au détriment de la France.
Réponse de le 14/01/2015 à 15:02 :
l'Europe dans ce domaine est un leurre c'est du chacun pour soi surtout pour les allemands qui défendent leurs intérêts, ce que nous ne faisons plus.
Réponse de le 14/01/2015 à 16:21 :
En suivant l'évolution de la langue allemande ces dernières années en Europe il est facile de voir que l'Allemagne peut compter sur une zone d'influence qui est majoritaire en Europe: l'Europe du nord, les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, les Balkans, le triplet Lethonie/Lituanie/Estonie...

Bref le barycentre c'est déplacé culturel c'est déplacé vers eux (et on le prend mal :-) aidé par des barycentres économiques et historiques. Merkel sait qu'elle est en position de force. Le souci c'est qu'elle a décidé d'user de cette force pour le seul bien des électeurs allemand au détriment de l'idéal européen qui leur a été bien utile dans le passé.

On avait avant un problème avec l'Angleterre (zone d'influence: Europe du Nord, les Pays-Bas, l'Irlande, la République Tchèque...). Avec en plus un problème avec l'Allemagne on est dans la zone rouge...
a écrit le 14/01/2015 à 8:37 :
"A l'APE, qui a d'autres dossiers plus important à traiter...". Alors 500 millions ne vaudraient pas la peine. Que l'APE passe la main au privé, c'est une urgence.
a écrit le 14/01/2015 à 7:50 :
Il est encore temps d'abandonner cette voie sans issue contraire aux intérêts français et qui obèrera toute capacité d'exportation dont les Allemands ne voudraient pas.
Réponse de le 14/01/2015 à 17:29 :
Oui, surtout que c'est déjà ce qui se passe sur d'autres produits. Pas facile l'Europe industrielle de défense...
Réponse de le 17/01/2015 à 15:41 :
Déja on ne peut plus exporter comme on l'entend notre matériel dès lors qu'il contient des composants allemands. Il faut attendre l'autorisation de Berlin et ils sont plutot d'humeur à nous faire trainer en longueur chaque fois qu'ils peuvent faire capoter nos contrats. Ils s'arrogent le droit de déterminer quels sont les pays auxquels on a le droit d'exporter alors qu'eux même ne se privent pas équiper les pays du golfe en char et matériel lourd. Leur politique européene ne s'en trouve pas géner puisque ce sont nos alliés à tous mais quand même un peu plus les leurs que les notre.

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