Nexter/Krauss-Maffei : les quatre points durs qui pourraient entrainer l'échec de l'opération

Le rapprochement entre les deux groupes d'armements terrestres français et allemand, Nexter et Krauss-Maffei Wegmann, traverse des turbulences. Notamment, l'Etat français pourrait demander à KMW de payer une soulte de 500 millions d'euros pour garder le co-contrôle.
Michel Cabirol
Le char allemand Leopard sera-t-il la tête de gondole de la future société formée par Nexter et Krauss-Maffei Wegmann?
Le char allemand Leopard sera-t-il la tête de gondole de la future société formée par Nexter et Krauss-Maffei Wegmann? (Crédits : Krauss-Maffei Wegmann)

Ça passe ou ça casse. On va savoir dans les prochains mois si le rapprochement dans le domaine de l'armement terrestre entre Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann va être un échec... ou si l'un des deux groupes aura finalement cédé en rase campagne à l'autre pour réussir coûte que coûte cette opération. Un rapprochement qui est actuellement dans un moment critique. Nexter, en passe d'être privatisé, et l'allemand KMW donneraient naissance au leader européen de l'armement terrestre.

La venue à Paris du PDG de KMW va peut-être permettre d'éclaircir toute ou partie des points durs recensés de cette opération, notamment sur l'éventuelle soulte que devraient verser les actionnaires de KMW à l'Etat français. Frank Haun va rencontrer les ministres de l'Economie et de la Défense, Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian, et sera auditionné mercredi matin à l'Assemblé nationale devant les députés de la commission de la défense, dont certains seraient sceptiques sur la réussite de cette opération. Bref, l'opération Kant n'est pas un long fleuve tranquille pour les deux PDG, Philippe Burtin et Frank Haun.

1) KMW contraint de payer une soulte de 500 millions?

C'est LE point bloquant de l'opération. Si la valorisation des deux entreprises est toujours en cours et est attendue le 30 janvier, l'Agence des participations de l'Etat (APE) serait pourtant d'ores et déjà très tentée de demander aux 27 actionnaires familiaux de KMW (100 %) de verser une soulte de 500 millions afin de respecter le principe intangible de co-contrôle entre l'Etat français et de la famille Bode de la future holding, selon nos informations. Car Nexter, remis au carré par Luc Vigneron puis Philippe Burtin, vaudrait aujourd'hui 2 milliards d'euros, selon des critères d'évaluation très classiques (résultats des trois derniers exercices et prévisions pour les quatre prochains) tandis que la valorisation de Krauss-Maffei s'élèverait à 1,5 milliard d'euros.

Or, selon des sources concordantes, pour Frank Haun, il n'en est pas question. Le PDG de KMW se laisserait jusqu'au printemps pour trouver une issue à ce point bloquant, faute de quoi il changerait son fusil d'épaule. De son côté, Nexter aurait recruté à la hâte un spécialiste des fusions-acquisitions pour résoudre de tels problèmes. A suivre mais la précédente fusion franco-allemande entre Aerospatiale/Matra et DASA incite aussi à la plus grande prudence, les intérêts français ayant été largement galvaudés pour des raisons politiques. A l'APE, qui a d'autres dossiers plus importants à traiter (elle doit gérer notamment la cession de 5 à 10 milliards d'euros d'actifs en 2015), de trouver ou pas un compromis équitable.

2) Des produits qui restent concurrents

Juré, craché : les deux industriels choisiront le meilleur produit qui répond le mieux aux besoins du client à l'exportation, avait expliqué à plusieurs reprises Philippe Burtin. Or si ce dernier est prêt à jouer le jeu, notamment dans les chars lourds en laissant le champ libre au Leopard, Frank Haun n'est pas prêt à renoncer à proposer sur les marchés export le Boxer, concurrent du VBCI, dans les blindés à huit roues (30 tonnes), pourtant plus cher.

Le concept du Boxer qui est révolutionnaire - plusieurs types de cabine blindée interchangeable peuvent être montés très rapidement sur une plateforme unique -, n'a pourtant pas convaincu, y compris jusqu'à l'armée allemande, qui a commandé le même nombre de cabines et de plateformes.

3) Y a-t-il un pilote dans l'avion?

"Il existe une volonté importante au niveau politique de réussir cette opération mais la France ne met pas les moyens et/ou ne fait pas l'effort pour atteindre cet objectif", assure-t-on à La Tribune. Avec toute la volonté du monde, Philippe Burtin n'a pas toutes les marges de manœuvre pour négocier avec KMW, notamment pour résoudre les problèmes liés aux opérations de valorisation. Frank Haun s'est plaint d'avoir perdu la relation privilégiée qu'il avait avec David Azéma, le prédécesseur de Régis Turrini, explique-t-on à La Tribune. Faut-il toutefois rappeler que ce dernier reste le garant des intérêts de l'État à travers la gestion du portefeuille des participations de l'APE.

4) Les syndicats dans le brouillard

Des deux côtés du Rhin, il existe une volonté de cacher la copie aux syndicats. Du coup, les organisations syndicales sont aujourd'hui à cran. Philippe Burtin a pourtant accepté une expertise indépendante cofinancé par Nexter. Or pour l'heure comme le souligne la CFDT Nexter, "rien n'arrive au cabinet d'expertise Syndex et encore moins aux élus". "La direction use de multiples raisons pour retarder le lancement" de cette expertise, regrette la CFDT. Côté allemand, des syndicats ont créé un site internet, qui fait l'inventaire des craintes des salariés... Et tout y passe.

Michel Cabirol
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Commentaires 22
à écrit le 18/02/2015 à 17:00
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La facilité avec laquelle la stratégie allemande est mise en place en étonne plus d'un. Ils n'essaient même pas d'avanceer masquer. tout ce qu'ils ont à faire pour obtenir ce qu'ils veulent. C'est trouver des gens en situation difficile. LA ils ont p...

à écrit le 31/01/2015 à 1:20
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L'argent détourné finit toujours pas réapparaitre dans des affaires douteuses. Mais comme on le voit ca va faire un bon moment, que tout ca n'est pas fait Les intermédiaires frustré de ne pas avoir eu leur part ou qui considère qu'elle était trop pe...

à écrit le 17/01/2015 à 15:25
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L'idée que nous puissions tout simplement mettre mettre ensemble deux entreprises qui sont chacune des colosses dans leur domaines ne pouvait sortir que du crane d'un énarque mal réveillé. La possibilité que nous ayons à gérer, le passage sous une ba...

à écrit le 14/01/2015 à 21:14
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Après les horribles attentats de la semaine dernière et la mobilisation massive des citoyens pour défendre les valeurs de la République et dire NON au terrorisme, les politiques se doivent de porter un regard lucide sur ce qui favorise cette montée d...

à écrit le 14/01/2015 à 15:28
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avec les restriction d'exportation en cours de discussion au parlement allemand, on a aucun intérêt a fusionner avec une société allemand. Il vont couler eux même. Je vous rappel également ce qui se passer avec des satellite qui sont aujourd'hui c...

le 14/01/2015 à 16:47
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"avec les restriction d'exportation en cours de discussion au parlement allemand" Si on doit demander l'avis de l'Allemagne chaque fois que l'on veut faire une vente en Afrique c'est mort: ils bloqueront tout en utilisant le fait que c'est pour ar...

le 14/01/2015 à 16:50
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"En vérité la France a une maitrise technique aussi bien en armement terrestre que en aviation que les allemand n'auront probablement jamais" Ils ont eu un moment une très grande maitrise mais ils ne sont pas remis de la seconde guerre mondiale. D...

à écrit le 14/01/2015 à 12:15
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L'Allemagne de Merkel dit non à tout, quand il s'agit de poursuivre la construction Européenne, sauf en cas d'intérêt strictement Allemand où alors elle prend tout pour elle seule

à écrit le 14/01/2015 à 11:05
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et bien sur bientôt tous les sites de production se retrouveront en Allemagne,comme par hasard

le 14/01/2015 à 16:51
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eh oui. Pour un Boxter acheté une Porsche Boxter offerte ;-)

à écrit le 14/01/2015 à 11:01
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Est ce que la conception de chars lourds est toujours d' actualité dans les conflits d' aujourd'hui ....La question , lequel sombrera le premier ?

à écrit le 14/01/2015 à 10:36
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Dans un mariage entre égaux, il y a toujours un qui est plus égal que l'autre !! Sinon cette fusion annonce la fin du char Leclerc au profit du char Léopard.

à écrit le 14/01/2015 à 9:33
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Il faut se méfier comme de la peste de nos ""amis''.Ils prennent vos idées,votre technologie et ensuite, sous des prétextes politiques ou déontologiques, ils manoeuvrent dans votre dos pour vous affaiblir et prendre les commandes.

à écrit le 14/01/2015 à 9:14
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'Peuvent etre monter"

à écrit le 14/01/2015 à 8:41
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Avec l'Allemagne plus aucune avancée Européenne n'est possible. L'Allemagne est le " Madame Non à Tout " quand il s'agit de constituer des Champions Mondiaux Européens. La constitution de Champions mondiaux Européens tel Airbus, Ariane, et nombreuses...

le 14/01/2015 à 9:28
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Airbus a pu être fait car on a galvaudé les internet français au profit des allemands. Aerospatiale - Dasa ce n'était pas comparable mais il fallait construire l'Europe économique... au détriment de la France.

le 14/01/2015 à 15:02
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l'Europe dans ce domaine est un leurre c'est du chacun pour soi surtout pour les allemands qui défendent leurs intérêts, ce que nous ne faisons plus.

le 14/01/2015 à 16:21
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En suivant l'évolution de la langue allemande ces dernières années en Europe il est facile de voir que l'Allemagne peut compter sur une zone d'influence qui est majoritaire en Europe: l'Europe du nord, les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Allemagne, l'Autr...

à écrit le 14/01/2015 à 8:37
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"A l'APE, qui a d'autres dossiers plus important à traiter...". Alors 500 millions ne vaudraient pas la peine. Que l'APE passe la main au privé, c'est une urgence.

à écrit le 14/01/2015 à 7:50
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Il est encore temps d'abandonner cette voie sans issue contraire aux intérêts français et qui obèrera toute capacité d'exportation dont les Allemands ne voudraient pas.

le 14/01/2015 à 17:29
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Oui, surtout que c'est déjà ce qui se passe sur d'autres produits. Pas facile l'Europe industrielle de défense...

le 17/01/2015 à 15:41
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Déja on ne peut plus exporter comme on l'entend notre matériel dès lors qu'il contient des composants allemands. Il faut attendre l'autorisation de Berlin et ils sont plutot d'humeur à nous faire trainer en longueur chaque fois qu'ils peuvent faire ...

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