Un marathon à l'Assemblée nationale couru sur un rythme de sprint. C'était la gageure du ministre des Armées Sébastien Lecornu dont l'objectif est d'obtenir un vote de la loi de programmation militaire (LPM) avant le 14 juillet. L'Assemblée nationale a largement adopté en première lecture le principe d'une enveloppe de 413 milliards d'euros couvrant la période 2024-2030 destinée à financer les armées dans un contexte de crises internationales aiguës. Une enveloppe très érodée par le coût de l'inflation, qui va faire perdre aux armées entre 30 et 35 milliards d'euros. Après un vote confortable - 408 voix contre 87, avec le soutien de LR et du RN - le ministre des Armées a salué sur Twitter les « 90 heures de débats sereins, constructifs et à la hauteur des enjeux ». C'est une victoire pour Sébastien Lecornu, qui a confirmé lors des débats en commission de la défense puis en séance plénière tout son sens politique où il excelle.
Le ministre va devoir jouer une nouvelle partition au Sénat, qui souhaite attaquer le projet de loi sur plusieurs fronts. « Si l'effort est salué, des impasses sont révélées, des arbitrages sont questionnés, des choix sont contestés, ce qui annonce des débats denses », a souligné mardi dans un communiqué la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat. La commission a terminé mercredi ses travaux préparatoires à l'examen du projet de LPM adopté par l'Assemblée nationale. Deux nouveaux rapports d'information, en droite ligne de la posture de combat du Sénat, seront soumis à la discussion : Olivier Cigolotti et Michelle Gréaume présenteront « Les impensés de la LPM : préparation opérationnelle, disponibilité des équipements et évolutions du soutien » ; Cédric Perrin et Hélène Conway-Mouret présenteront « Une LPM qui laisse de nombreux enjeux capacitaires en suspens ».
Pour l'heure, Sébastien Lecornu peut savourer cette première victoire. Il a même réussi à séduire les LFI. C'est dire... mais pas au point d'obtenir un vote favorable pour son projet de LPM. Aurélien Saintoul a tenu lors de l'explication des votes des groupes politiques à remercier le ministre des Armées, « dont la façon d'agir contraste si nettement avec la brutalité et l'antiparlementarisme ordinaires du gouvernement. Il a créé les conditions d'un débat digne et argumenté, qui nous permet de prendre acte des convergences comme des désaccords, sans procès d'intention ni remarques infamantes. Ces désaccords sont les biens les plus précieux de la démocratie : ils en sont la fin et le moyen ».