LA TRIBUNE - Quel bilan tirez-vous de l'année 2020 dans un contexte compliqué en raison de la crise du Covid-19 ?
STÉPHANE ISRAËL, PDG D'ARIANESPACE - Effectivement, le contexte a été très compliqué avec une année 2020 marquée par un événement totalement inattendu la crise du Covid. Elle a entraîné l'arrêt des campagnes de lancement au Centre spatial guyanais pendant deux mois. Par ailleurs, notre client OneWeb a été placé en Chapter 11, le régime américain des faillites, avec pour conséquence une interruption brutale de l'activité à partir du mois de mars. Enfin, des projets de satellites, qui auraient pu nous permettre de lancer une quatrième Ariane 5 cette année, ont été retardés. Finalement, Arianespace a terminé l'année avec 10 lancements (cinq Soyuz, trois Ariane 5 et deux Vega). Soit un de plus qu'en 2019. On est dans la moyenne de ce qu'on fait depuis 2014 où on réalise à peu près 11 lancements par an, dans un contexte où il y a eu plusieurs mois d'activité gelée. C'est quand même très satisfaisant de terminer à dix lancements et nous le devons à l'implication de l'ensemble des équipes d'Arianespace, de ses partenaires industriels,ainsi que du CNES et de l'ESA.
Quel est votre analyse sur cette année si particulière ?
Je fais deux constats forts. C'est d'une part, pour Arianespace, la prédominance des lancements commerciaux sur les dix réalisés l'année dernière. En 2020, nous n'avons opéré que deux lancements strictement institutionnels : le satellite d'observation militaire CSO-2 sur Soyuz ainsi que les satellites Taranis (CNES) et Seosat-Ingenio (ESA) sur Vega, qui malheureusement a été un échec. Un troisième lancement, le Vega multiple avec 53 satellites a fait l'objet d'un soutien de la Commission européenne et de l'ESA tout en étant majoritairement commercial. Ce bilan n'a pas d'équivalent : la domination du commercial par rapport à l'institutionnel est vraiment une singularité d'Arianespace qui la distingue de ses concurrents. D'autre part, nous avons réalisé cette année des lancements très innovants qui montrent bien les évolutions de ce marché. Sur le segment géostationnaire (GTO), nous avons réalisé pour la première fois un lancement triple, avec le véhicule de service en orbite MV2. Nous avons lancé à trois reprises des satellites de la méga-constellation OneWeb. Enfin, nous avons, avec le Vega que je viens d'évoquer, réussi une mission qui comportait 53 charges utiles. Cette année est à la fois très représentative de notre exposition au segment commercial, des évolutions du marché et de notre capacité à y répondre par de nouveaux services.