"Nous aimerions réaliser trois vols Ariane 6 en 2022, ce qui est ambitieux" (Stéphane Israël)

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Soyuz va donner de la robustesse à l'autonomie d'accès de l'Europe à l'espace pour ses missions institutionnelles. Il facilite la transition vers Vega C et Ariane 6, et c'est une excellente chose (Stéphane Israël)
"Soyuz va donner de la robustesse à l'autonomie d'accès de l'Europe à l'espace pour ses missions institutionnelles. Il facilite la transition vers Vega C et Ariane 6, et c'est une excellente chose" (Stéphane Israël) (Crédits : Arianespace)
En dépit d'une année très compliquée (Covid-19, faillite de OneWeb et échec de Vega), Arianespace a réussi à surmonter toutes les difficultés en réalisant dix lancements sur trois pas de tir. Ce qui a généré un chiffre d'affaires de 1 milliard d'euros environ en 2020. En 2021, le PDG d'Arianespace Stéphane Israël, dont le nom est cité pour prendre la présidence du CNES, prévoit le retour en vol de Vega (d'ici à fin mars) et le premier vol de Vega C. Enfin, il reste confiant dans le calendrier du premier vol d'Ariane 6 au second trimestre de 2022.

LA TRIBUNE - Quel bilan tirez-vous de l'année 2020 dans un contexte compliqué en raison de la crise du Covid-19 ?
STÉPHANE ISRAËL, PDG D'ARIANESPACE - 
Effectivement, le contexte a été très compliqué avec une année 2020 marquée par un événement totalement inattendu la crise du Covid. Elle a entraîné l'arrêt des campagnes de lancement au Centre spatial guyanais pendant deux mois. Par ailleurs, notre client OneWeb a été placé en Chapter 11, le régime américain des faillites, avec pour conséquence une interruption brutale de l'activité à partir du mois de mars. Enfin, des projets de satellites, qui auraient pu nous permettre de lancer une quatrième Ariane 5 cette année, ont été retardés. Finalement, Arianespace a terminé l'année avec 10 lancements (cinq Soyuz, trois Ariane 5 et deux Vega). Soit un de plus qu'en 2019. On est dans la moyenne de ce qu'on fait depuis 2014 où on réalise à peu près 11 lancements par an, dans un contexte où il y a eu plusieurs mois d'activité gelée. C'est quand même très satisfaisant de terminer à dix lancements et nous le devons à l'implication de l'ensemble des équipes d'Arianespace, de ses partenaires industriels,ainsi que du CNES et de l'ESA.

Quel est votre analyse sur cette année si particulière ?
Je fais deux constats forts. C'est d'une part, pour Arianespace, la prédominance des lancements commerciaux sur les dix réalisés l'année dernière. En 2020, nous n'avons opéré que deux lancements strictement institutionnels : le satellite d'observation militaire CSO-2 sur Soyuz ainsi que les satellites Taranis (CNES) et Seosat-Ingenio (ESA) sur Vega, qui malheureusement a été un échec. Un troisième lancement, le Vega multiple avec 53 satellites a fait l'objet d'un soutien de la Commission européenne et de l'ESA tout en étant majoritairement commercial. Ce bilan n'a pas d'équivalent : la domination du commercial par rapport à l'institutionnel est vraiment une singularité d'Arianespace qui la distingue de ses concurrents. D'autre part, nous avons réalisé cette année des lancements très innovants qui montrent bien les évolutions de ce marché. Sur le segment géostationnaire (GTO), nous avons réalisé pour la première fois un lancement triple, avec le véhicule de service en orbite MV2. Nous avons lancé à trois reprises des satellites de la méga-constellation OneWeb. Enfin, nous avons, avec le Vega que je viens d'évoquer, réussi une mission qui comportait 53 charges utiles. Cette année est à la fois très représentative de notre exposition au segment commercial, des évolutions du marché et de notre capacité à y répondre par de nouveaux services.

C'est également le retour d'Arianespace en Russie ?
Oui, effectivement, 2020 est également l'année du retour d'Arianespace à Baïkonour, et de son arrivée à Vostochny. Si nous avons réalisé dix lancements en 2020, c'est parce que nous en avons effectué deux depuis Baïkonour, dont un en pleine crise du Covid, et un autre depuis Vostochny en décembre. En 2020, nous avons tiré pleinement parti de la flexibilité du lanceur russe Soyuz : deux lancements depuis la Guyane, en plus des trois lancements opérés depuis deux bases russes.

Où allez-vous atterrir en termes de chiffre d'affaires et sur le plan financier ?
Notre chiffre d'affaires devrait être stable par rapport à l'an dernier, autour de 1 milliard. Comme nous sommes une société consolidée, nous ne communiquons pas sur nos résultats financiers. En outre, nos comptes ne sont pas clos. Mais ce que je peux dire, c'est qu'au prix d'efforts importants sur nos coûts de fonctionnement et en dépit d'une activité très perturbée, nous nous sommes mobilisés pour préserver notre équilibre financier.

Si sur le plan opérationnel Arianespace s'en est plutôt bien sorti grâce à Soyuz notamment, on a l'impression qu'en termes de prises de commandes, l'année a été plus difficile. Est-ce le cas ?
Il est certain que des projets que nous attendions en 2020 ont été repoussés à 2021 et que par ailleurs, certaines opportunités, comme les satellites de la Bande C américaine, ne nous ont été que très partiellement ouvertes. Malgré ce contexte, nous avons concrétisé la signature de trois satellites l'année dernière avec Eutelsat dans le cadre du « multi-launch agreement » de cinq lancements sur lequel on s'était mis d'accord en 2018. Nous avons aussi obtenu le lancement d'un quatrième satellite Eutelsat (Eutelsat 10B) à bord d'une Ariane 5. Nous sommes en outre parvenus à un accord avec Intelsat pour le lancement de trois satellites, deux ensemble en stack (position haute, ndlr) sur Ariane 5 et un à bord d'Ariane 6. Qu'Intelsat, qui opère la plus grande flotte de satellites commerciaux, ait rejoint Ariane 6 est un signe très positif envoyé par le marché. Enfin, on a réaménagé des lancements avec Eumetsat, qui a réservé une position supplémentaire pour le satellite MTG I-2 sur Ariane 6. Il ne faut pas non plus oublier la réservation par la Commission européenne de quatre Ariane 62 pour la constellation Galileo. Ce n'est pas encore une commande ferme mais ce que l'on appelle un « booking fee », concrétisé par une première avance et l'annonce en a été faite par le Commissaire Thierry Breton lors de la « Space Conference » de janvier 2020 à Bruxelles. Nous attendons à présent la signature en deuxième partie d'année 2021 du contrat-cadre qui portera à la fois sur les lancements de Galileo et de Copernicus du cadre financier 2021-2027, dont font partie les quatre réservations pour Galileo. Le montant de ce contrat, souvent évoqué par Thierry Breton, est estimé à environ 1 milliard d'euros. Pour être exhaustif, il faut évoquer la...

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a écrit le 07/01/2021 à 19:18 :
Hélas, cet interview donne dans l'autosatisfaction. Le bilan de Stéphane Israël à la tête d'Arianespace n'est pas bon. Les faits:
- Arianespace perd de l'argent (n'en a jamais vraiment gagné d'ailleurs). 1Md d'€ de CA, ça ne veut rien dire: bénéfice, ou perte ? les pertes sont importantes (retard AR6, 2 échecs de Vega)
- La société ne fait pas de croissance. Elle fait moins de tirs qu'il y a 25 ans ! alors qu'il y a 3 ensembles opérationnels (Ariane V, Vega et Soyouz) contre un seul et unique lanceur à l'époque (Ariane IV) !
- Face aux chinois (39 lancements !) et à Space X (25 lancements !) Arianespace est complètement larguée en nombre de tirs en 2020.
- Arianespace continue à lancer certains Soyouz depuis la Russie alors que le pas de tir à Kourou à coûté la bagatelle de 400 M€: pour quel motif ?
a écrit le 07/01/2021 à 18:04 :
Vive Ariane 5 et Ariane 6 une vraie reussite pour Ariane group et pour le spatial français et européen; Je me souviens du 4 juin 1996 et de l'echec du vol 501 : les ingénieurs n'en sont pas rester là et on trouver le problème de l'explosion de vol et on amélioré Ariane 5 .depuis Ariane 5 a mis en orbite nombre de satellites et reussi nombre de ces vols. Je suis sur que celà sera la même reussite avec une fusée plus légère, plus autonome et permettant de mettre en orbite des satellites plus petits mais plus durable et performant.
Oui Le spatial européen c'est très important pour la reussite technologique en Europe et en France et nous sommes sur de pouvoir le faire comme les Russes le font avec Soyouz depuis 60 ans , les chinois et les américains. Oui je suis de tout coeur dans la reussite d'Arianegroup et du CNES, j'ai connu des ingénieurs du CEA qui sont allé travailler à Toulouse pour la CNES et pour la reussite spatiale française :donc brav et reussite pour Ariane !!!!
We can do for the future and for our continent : europe ! Allez le spatial et les satellites en Europe, mis en orbite par Ariane 5, VegaC et Soyuz !
a écrit le 07/01/2021 à 15:35 :
Ambitieux, 3 vols d'Ariane 6 en 2022?

Ariane 6 est dépassée techniquement par falcon9 qui a mis 21 satellites sur orbite l'an dernier, dont des humains.

Ariane 6 n'a rien d'ambitieux. En lancer 3 en 2022 c'est avoir 10 ans de retard.
Réponse de le 07/01/2021 à 19:23 :
100% d'accord. Le bilan de Stéphane Israël à la tête d'Arianespace n'a rien de brillant. C'est l'exemple du capitalisme de copinage: Israel est un grand copain de Montebourg, qui l'a fait nommer lorsqu'il était ministre....
a écrit le 07/01/2021 à 11:22 :
Ds cet autosatisfecit de circonstance, faudrait peut-être tempérer par la totale dépendance de la France au lanceur russe pour le lancement de charges aussi sensibles que des satellites espions derniers cris.

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