Pourquoi Airbus et Berlin se déchirent sur Ariane 6

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OHB souhaite obtenir le retour industriel dans le programme Ariane 6 qui était prévu lors de la conférence ministérielle au Luxembourg en décembre 2014
OHB souhaite obtenir le retour industriel dans le programme Ariane 6 qui était prévu lors de la conférence ministérielle au Luxembourg en décembre 2014 (Crédits : OHB)
La secrétaire d'État allemande Brigitte Zypries demande à Airbus Safran Launchers et à l'Agence spatiale européenne de respecter les accords de la conférence ministérielle du Luxembourg dans le domaine de la répartition des investissements réalisés dans le cadre d'Ariane 6. Et rappelle que la question de la participation industrielle allemande n'est pas encore réglée.

Entre OHB et Airbus Safran Launchers (ASL), la négociation est musclée, très musclée. Au cœur des discussions, la charge de travail dévolue à OHB, notamment sa filiale MT-Aerospace (MTA) basée à Augsburg en Bavière. En dépit de l'accord validé à la conférence ministérielle en décembre à Luxembourg, ASL remet en cause une partie de la charge de travail accordée à OHB en contrepartie d'une hausse de la contribution de l'Allemagne (23% du financement du programme) lors de la préparation de la conférence ministérielle qui s'est tenue en décembre au Luxembourg.

Ce qui a d'ailleurs fait bondir début mars la secrétaire d'État allemande aux Affaires économiques et à l'Energie, en charge de l'espace, Brigitte Zypries, qui a envoyé un courrier au directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA) Jean-Jacques Dordain, et au PDG d'ASL, Alain Charmeau.

"Les décisions de Luxembourg annonçaient qu'une des deux usines pour la fabrication des boosters d'Ariane 6 seraient construites à Augsbourg. Ceci est et reste une condition essentielle de la participation allemande à ce programme (Ariane 6, ndlr). De plus, il est évident que la répartition des investissements de la part allemande entre Airbus Safran Launchers Gmbh et MT-Aerospace n'est pas encore réglée dans des domaines importants, malgré de nombreuses médiations de la DLR (Agence spatiale allemande, ndlr). Notre attente est ici clairement que la décision qui a été trouvée à la conférence ministérielle soit mise en place sans exception".

Augsburg préservé

Brigitte Zypries a donc demandé à Jean-Jacques Dordain de travailler avec les industriels, "aussi vite que possible à trouver des réponses à ces interrogations dans l'esprit de l'accord" obtenu au Luxembourg. Et d'avertir que c'est seulement sur les bases financières et industrielles obtenues à Luxembourg, que le Bundestag, qui doit encore se prononcer sur le programme Ariane 6, "émettra une décision positive". Car la remise en cause de l'accord par Airbus "peut saper la base du consensus politique en Allemagne", notamment entre la CSU en Bavière et la CDU d'Angela Merkel, sur le programme Ariane 6, affirme un industriel. Interrogé par "La Tribune", ASL n'a pas souhaité faire de commentaires.

                       >>>>>> Lire aussi : Le lanceur Ariane 6 est-il en danger?<<<<<<<<

"Je suis bien sûr conscient des discussions entre Airbus et MTA en Allemagne portant sur répartition des activités industrielles et je sais qu'elles sont difficiles malgré tout l'effort fait par la délégation allemande", a confirmé Jean-Jacques Dordain dans un courrier adressé le 5 mars à la ministre allemande Brigitte Zypries. En contrepartie de l'augmentation de sa participation dans Ariane 6, Berlin a déjà obtenu une participation substantielle de ses industriels dans le programme. MTA fabriquera une partie des boosters d'Ariane 6 à côté de la chaîne de production italienne d'Avio. Soit un investissement industriel de près de 150 millions d'euros. Cette décision permet à Berlin de rentabiliser sa participation financière avec un retour industriel de 19,8%, selon le directeur général de l'ESA. "Un pourcentage quelque peu inférieur à la contribution" de l'Allemagne, reconnait-il toutefois.

Quelles divergences?

Si ASL ainsi que l'ESA ne remettent pas en cause la seconde ligne de production, c'est parce que MTA s'est engagé à réduire les coûts des boosters d'Ariane 6 de 20% à 30% par rapport à ce que fait Avio actuellement. L'Agence spatiale européenne doit signer très rapidement un contrat de recherche et développement (R&D) avec la filiale d'OHB ainsi qu'avec Avio pour la poursuite de ce programme au-delà de 2015. Le lancement de la construction de cette seconde ligne de production des boosters pourrait intervenir en 2018 sur la base d'un accord industriel entre MTA et Avio.

Au-delà d'un consensus sur la seconde chaîne de production, OHB demande à ASL de respecter l'ensemble de l'accord industriel accepté à Luxembourg. Si Berlin a donné son feu vert à l'augmentation de sa participation, c'est parce qu'un tel accord a été trouvé le 11 novembre, puis présenté le 13 novembre lors d'une réunion ministérielle informelle. "Ce qui a permis à l'Allemagne, qui soutenait jusqu'ici le programme Ariane 5 ME, de sauver la face et de rallier le programme Ariane 6", décrypte un industriel. Clairement, la seconde ligne de production des boosters ne suffit pas pour OHB.

Que fait ASL? Selon ce même industriel, la nouvelle société commune entre Airbus et Safran "ne s'attaque pas au pourcentage industriel dévolu à l'Allemagne, mais au contenu pour donner certaines activités aux industriels espagnols et néerlandais". MTA avait obtenu notamment de produire à Augsburg certaines éléments de structures du corps du futur lanceur ainsi que les réservoirs du troisième étage à Brême.

Des discussions qui jusqu'ici ont été "sans succès jusqu'à présent", a reconnu début mars dans son courrier Jean-Jacques Dordain, qui promet à MTA des compensations industrielles sur le développement et la production d'Ariane 6 à condition que les offres de MTA soient "assez compétitives pour correspondre au budget de développement et aux objectifs de coûts récurrents qui sont une condition pour Ariane 6 soit compétitive". Début avril, les discussions n'avaient toujours pas abouti, selon nos informations.

Et que veut Airbus Safran Launchers?

A défaut de vouloir s'exprimer aujourd'hui, la lettre envoyée à Brigitte Zypries par Alain Charmeau donne quelques pistes sur la stratégie poursuivie par ASL vis-à-vis de Berlin. Le patron d'ASL rappelle dans un premier temps que la participation de l'Allemagne sur Ariane 6 a été "un élément clé pour le programme. Nous voulons que l'Allemagne participe tant au développement qu'à la production au regard de son investissement important. (...) Vous pouvez être assurés que mon équipe et moi nous occupons personnellement des intérêts de l'Allemagne". Aussi, confirme-t-il dans son courrier, que ASL soutient MT Aerospace dans le développement puis la production des boosters d'Ariane 6. D'autant plus cette seconde ligne de production devrait permettre "de réduire le coût global des lanceurs" Ariane 6 :

OHB a "garanti être capable de le faire avec la qualité nécessaire" dans le cadre du budget de développement et le calendrier attendus. (...) "Ces conditions doivent être respectées pour réaliser l'ensemble du programme Ariane 6".

Avec la DLR et MT Aersopace, ASL "s'est mis d'accord sur la répartition des activités de développement allemandes". Alain Charmeau confirme également qu'il reste "fidèle à notre accord avec MT Aerospace sur le partage du travail de production en Allemagne". Mais au-delà des boosters d'Ariane 6 et des réservoirs du troisième étage, ASL ne peut aujourd'hui "pas garantir la charge de travail détaillée à chaque entreprise, y compris la nôtre, parce que nous devons négocier avec les industriels de chaque État membre au regard de son investissement dans Ariane 6". Et de rappeler à la ministre allemande le souci d'ASL : "nous voulons traiter tout le monde de façon impartiale et avons donc demandé à la DLR d'arbitrer nos discussions avec MT Aerospace".

 >>> Lire aussi: pourquoi le rachat d'Arianespace par Airbus n'est pas vraiment urgent<<<

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Commentaires
a écrit le 19/04/2015 à 18:15 :
OHB (Man ) construit par la volonté d' Angela (exfiltration massive de personnel Airbus) ne veut jamais réduire ses coûts (cf A5) par principe (on a raison car on est les meilleurs) mais a besoin des concurrents pour finaliser ses contrats chercher l 'erreur
Réponse de le 21/04/2015 à 23:05 :
Que signifie 'exfiltration' ? A ma connaissance personne n'a obligé le personnel Airbus à aller chez OHB. OHB a fait des offres que des personnels ont accepté. Point final. Si airbus voulair retenir ses cadres il pouvait faire un effort. Visiblement ce n'est pas l'option qui a été retenue.
a écrit le 17/04/2015 à 22:00 :
L'Europe spatiale doit se faire SANS L'ALLEMAGNE pour être efficace !! Il ne peut pas il y avoir 2 chefs et la FRANCE est la plus competente. Que l'allemagne fasse ses BMW et laisse les grands faire le spatial. Pas besoin de leur 23 millions !
Réponse de le 18/04/2015 à 15:15 :
Mon Dieu quel orgueil !
a écrit le 16/04/2015 à 19:22 :
Avec cette boite OHB, les allemands essaient de nous avoir par derrière alors qu'ils sont dans Airbus, arianespace, ... .. Ils réclament (au nom de quoi ?) que de nombreux projets incluent cette boite qui n'a pas les moyens de ses ambitions. Depuis quelques temps, les allemands ont changé d'attitude et nous demandent de la jouer européenne quand cela les arrangent seulement.
Réponse de le 17/04/2015 à 1:18 :
OHB ne mérite pas d'être dénigré comme c'est fait ci-dessus et plus bas. Actuellement, les livraisons des satelites Galileo se font comme prévu et les retards nouveaux sont plutôt liés au lancement. La contribution d'OHB au projet Rosetta a fait preuve de capacités technologiques impressionantes. Que ESA a préféré OHB à Thalès/ASL n'a évidemment pas encore été digéré.
Réponse de le 18/04/2015 à 12:20 :
Mais bien sur. Voudriez vous nous éclairer sur l'extraordinaire contribution d'OHB au projet Rosetta. Cela ne semble pas avoir laissé de traces impérissables. Ce qui n'a pas été digéré cher monsieur, c'est une compétition biaisée dans laquelle on demande ensuite aux perdants de venir sortir le gagnant des ronces dans lesquelles il s'est mis grace à sa merveilleuse compétence.....Merci de documenter vos assertions. PS: il n'est même pas certain que OHB existait au moment du projet Rosetta, du moins en terme d'activités spatiales de vol.
Réponse de le 15/05/2015 à 22:07 :
OHB n'a jamais été le choix de l'ESA mais celui de la commission. Le spécialiste mondial des constellations, c'est TAS (GB1, GB2, Iridium 2, O3B). Quand à Rosetta, c'est principalement AST (Germany: Main contractors, UK :plateforme, France: avioniques) et Alenia Spazio pour AIT. En faite, OHB est entrain apprendre à construire des satellites et cela ne se fait pas sans couac. La question à 100 francs, OHB va t elle payer les pénalités de retard à ESA?
a écrit le 16/04/2015 à 19:12 :
meur CABIROL nous parle sourtout des industrielles francais et allements mais tres peut des entreprises italiennes qui participes dans touts les programmes spaçials avec moins de finances mis de fortes competances
Réponse de le 16/04/2015 à 20:23 :
la maîtrise de l'orthographe semble ne pas faire partie de ces fortes compétences...
a écrit le 16/04/2015 à 17:47 :
Chacun agit selon la logique de la future séparation d'Airbus. Le spatial sera remis aux français comme les avions civils et la marine tandis que les allemands reprendront tanks, canons, camion, tout ce qui est militaire et sol. Chaque partie ayant ensuite la liberté des fournisseurs. Une manière de tirer les tapis qui pourra se montrer violente. La pensée épouse donc ce schéma par avance tant il ne semble pas nécessaire de former des techniciens pour un travail qu'ils n'effectueront que peu de temps. La France cherche aussi à donner des gages à ses autres partenaires conformément aux accords pris mais vite oubliés. L'idée étant déjà de travailler d'autres dossiers. Une séparation d'Airbus devient plus que jamais nécessaire.
Réponse de le 16/04/2015 à 22:49 :
Je ne vois pas pourquoi les allemands laisseraient filer les avions civils...
a écrit le 16/04/2015 à 17:32 :
Et oui, les allemands font du protectionnisme industriel plein pot. Allez donc leur expliquer que c'est la compétence industrielle qui doit jouer. Les allemands se constituent un champion 100 % allemand dans le domaine spatial, OHB, totalement soutenu par leur gouvernement. Sans compter ce qui se constitue petit à petit chez Airbus. Demain, on se rendra compte trop tard que les Allemands se sont créés sans coup férir une industrie spatiale la plus puissante d'Europe, aux dépense des autres.

C'est déjà ce qui s'est passé avec Airbus.
a écrit le 16/04/2015 à 15:35 :
OHB déjà prouvé son incapacité à produire la qualité nécessaire, en particulier dans le programme de satellites pour Galileo.
Il reçoivent des commandes car le gouvernement allemand qui paye sa part du rpojet exige que cette part soit retournée à des entreprises allemandes. Mais cette entreprise n'a pas les compétences nécessaires et elle l'a prouvé.
Deux entreprises françaises, à qui les contrats avaient été refusés, à cause de leur nationalité, ont du venir au secours d'OHB.
I want my money back. Mme Merkel a les mêmes arguments que son équivalent anglaise, Mme Thatcher.
Réponse de le 16/04/2015 à 16:09 :
idem pour les réservoirs du 2iéme étage. Mme Merkel exigez un retour de savoir faire allemand alors que la France maitrisait la techno du cryogénique.
Si c' est pas du patriotisme économique ça !!
a écrit le 16/04/2015 à 15:22 :
Deux pays de l'Europe qui se déchirent pour une fusée qui devrait être un point de concorde, d'union des respectives technologies, c'est insensé. Pendant ce temps, on apprend de bonne source qu'une station orbitale uniquement russe verra le jour d'ici 2023. Bon, on ne va pas comparer l'incomparable, la Russie qui a lancé l'aventure spatiale et qui a même mis le premier homme dans l'espace, et l'Europe qui commence à faire ses premiers pas dans ce domaine.

Moscou veut une station orbitale russe car celle-ci permettra d'observer l'ensemble du territoire russe (contre 5% grâce à l'ISS actuellement). La NASA a voulu aussi partager ce projet mais les russes, sécurité nationale oblige, en ont décidé autrement.

La France et l'Allemagne pourraient bien trouver un terrain d'entente au lieu de se déchirer dans un projet qui en fait va bénéficier les deux pays, mais il est vrai que l'intransigeance (parfois un peu stupide) française y est pour beaucoup de chose...
Réponse de le 16/04/2015 à 17:33 :
L'intransigeance allemande qui fait assaut de protectionnisme quand ça l'arrange.
a écrit le 16/04/2015 à 13:43 :
la passion est aveugle, les couples amoureux se déchirent dans la passion et que c'est beau !!!! que c'est BEAU!!!!!

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