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Nestlé ouvre son centre de recherche dédié aux "alicaments"

Par Frédéric Therin (L'Echo) à Vevey et Lausanne

Publié le 20 février 2012 à 05:58 - Mis à jour le 20 février 2012 à 06:05

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Nestlé veut soigner ses clients tout en remplissant leur estomac. Un nouveau laboratoire, à Lausanne, travaille sur l'aliment du futur, la "nutrition personnalisée". Une équipe est mise sur pied, en quête du produit miracle.

L?immeuble est encore en chantier, mais les "têtes chercheuses" du tout nouveau Nestlé Institute of Health Sciences (NIHS) pourront bientôt cogiter dans leur laboratoire dernier cri. Son directeur, Ed Baetge, est en pleine phase de recrutement. "Nous sommes pour l?instant 35 personnes, raconte ce Californien dans un grand sourire. J?ai embauché des Japonais, des Français, des Américains, des Allemands, des Suisses, des Britanniques,... En 2013, l?équipe devrait comprendre 150 chercheurs.

Les candidatures affluent de partout." Doté d?un budget de 415 millions d?euros pour les dix prochaines années, cet institut, qui se situe au sein du campus de l?Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), ne manque pas d?ambition. "Notre objectif est de développer des aliments qui empêcheront l?apparition de maladies, explique son directeur, Ed Baetge. Nous voulons, pour cela, étudier le lien qui existe entre le génome et l?alimentation, afin de comprendre comment la nutrition peut jouer un rôle sur la santé des personnes." Nestlé mise beaucoup dans ce secteur au nom un rien barbare, mais au potentiel de croissance extraordinaire: la "nutrition personnalisée".

Comment le projet a fait son chemin

La firme aux 91 milliards d?euros de chiffre d?affaires a commencé à s?intéresser à ce marché dès 1986, avec la signature d?une joint-venture avec le groupe pharmaceutique américain, Baxter. Clintec, leur filiale commune, s?est spécialisée dans les aliments médicalisés, ces produits alimentaires conçus pour répondre à une condition médicale spécifique et qui sont prescrits par des médecins. Mais le partenariat entre les deux sociétés a pris fin brutalement en 1996. Le géant aux 6.000 marques ? dont Nescafé, Nespresso, Maggi, Buitoni, Friskies et KitKat ? récupère alors ses actifs, qui ne dépassent pas 250 millions d?euros de chiffre d?affaires. Ses dirigeants décident pourtant de garder ce business, qui somnole pendant quelques années.

En 2003, Nestlé passe à la vitesse supérieure et confie, au fonds de capital-risque Inventages, une enveloppe de 125 millions d?euros pour investir dans des start-up dont les activités combinent la nutrition et la pharma. Un nouveau budget de 415 millions d?euros est rapidement débloqué pour reprendre d?autres actifs mais il faudra attendre 2007 et le rachat pour 2,5 milliards d?euros de la division de nutrition médicale de Novartis, pour voir la multinationale vaudoise mettre réellement le turbo dans ce secteur. Cette acquisition permet à Nestlé de devenir du jour au lendemain le numéro deux mondial de ce secteur avec des revenus annuels de 1,25 milliard d?euros. Trois ans plus tard, la multinationale franchit une nouvelle étape importante en créant le NIHS et le Nestlé Health Science, une société indépendante de sa maison mère, dotée de son propre conseil d?administration. Ses lourds investissements s?expliquent?

Une niche qui deviendra un vaste marché

Car si les aliments médicalisés sont encore un marché de niche, avec des ventes limitées à 6,8 milliards d?euros l?an dernier, leur popularité ne cesse de s?accroître avec des revenus supérieurs à 8 milliards d?euros dès 2013. Les recherches dans ce secteur permettent aussi ? et surtout ? de commercialiser des produits de plus grande consommation. "Certains composants utilisés dans les aliments pour les malades peuvent être introduits dans des références destinées au grand public", avoue Ed Baetge avec son accent californien. "La nutrition médicalisée est un laboratoire pour les marchés de masse dans l?alimentation", confirme Patrick Biecheler du cabinet de conseil en stratégie Roland Berger.

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Et, dans ce domaine, les revenus amassés par les géants de l?agroalimentaire sont déjà conséquents. Les ventes d?aliments enrichis en vitamines, fer et autres minéraux atteindront ainsi cette année déjà? 89,3 milliards d?euros, alors qu?elles ne dépassaient pas 53 milliards dix ans plus tôt. Les boissons enrichies et les suppléments vitaminiques représentent, quant à eux, un marché de 110 milliards d?euros en 2012. Nestlé est déjà présent dans ce secteur qui lui a permis d?amasser, en 2010, des revenus de 4,9 milliards d?euros contre 2,4 milliards cinq ans auparavant, grâce notamment à ses céréales Cerelac, supposées renforcer les défenses naturelles des bébés, et à son chocolat à boire énergisant Milo aux Actigen-e.

Officiellement, le géant basé à Vevey, sur les rives du Lac Léman, avoue pourtant surtout s?intéresser aux aliments médicalisés. Ce secteur est, il est vrai, appelé à un bel avenir.

Plus d'information sur le site de l'Echo (Bruxelles) en cliquant ici

Par Frédéric Therin (L'Echo) à Vevey et Lausanne

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