Qui supportera la baisse du prix du lait après la fin des quotas ?

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Au Salon de l'agriculture, la crise du lait s'impose à nouveau dans les discussions.
Au Salon de l'agriculture, la "crise du lait" s'impose à nouveau dans les discussions. (Crédits : reuters.com)
Les professionnels du yaourt se préparent aux remous sur le marché du lait. Contrecoup de la levée des quotas laitiers en avril et de l'embargo russe qui se poursuit, les prix du lait à la production devraient continuer de baisser, au moins pendant quelque temps.

Il risque d'y avoir (encore) du lait dans le gaz. Du moins à court terme. Premiers effets de la levée des quotas laitiers, guerre des prix chez distributeurs, embargo russe... beaucoup d'ingrédients sont réunis pour provoquer une "crise du lait" - celle que redoutait le patron de Système U, Serge Papin, dès 2014. A la veille de l'ouverture du Salon international de l'Agriculture, ce thème récurrent figure, cette année encore, parmi les sujets "bouillants" du moment.

Cette année ne déroge pas donc à la règle mais il faut y ajouter de nouvelles conditions. En premier lieu, l'embargo imposé cet été par le Kremlin. Cette réponse aux sanctions décidées par l'Union européenne à cause de l'Ukraine a bloqué dans l'UE des millions de litres de lait. Ce qui a participé à une baisse des prix à l'achat aux producteurs à la fin de l'année (cf. graphique à la fin de cet article). Ensuite, les quotas européens sur le lait seront levés à partir du mois d'avril. La volatilité impliquée par cette dérégulation a certes été anticipée par les fabricants qui ont opté pour des contrats de couverture afin de lisser hausses et baisses.

300 euros les mille litres

"Nous faisons tout pour éviter de passer en dessous des 300 euros [les 1.000 litres], c'est la consigne donnée", a martelé Xavier Beulin, le président de la Fédération nationales des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), le 18 février. Deux jours plus tard, comme en écho, Emmanuel Faber, directeur général de Danone indiquait:

"On sait que, dans certains pays, et en France en particulier, il y a une sorte de plancher social du lait en dessous duquel le prix du lait ne descendra pas."

Une bonne volonté chez certains qui n'empêche pas que l'application des contrats entre producteurs et fabricants de produits laitiers puisse donner lieu à des conflits. C'est déjà le cas en Normandie où des groupements d'agriculteurs ont lancé une action de groupe à l'encontre de Lactalis.

"Conformément à la loi, nous avons adressé un courrier il y a une semaine à Lactalis afin de leur proposer une médiation",

a indiqué une porte-parole de la Fédération nationale des producteurs de lait. Il dispose encore de plusieurs jours pour apporter une réponse et chaque partie peut refuser la médiation. Sollicité, le producteur de Laval n'a pas commenté cette affaire.

"Partager avec les consommateurs"

Qui supportera finalement la baisse des prix ? Côté fabricants, Danone dit avoir enregistré l'an dernier une inflation d'environ 10% de cette matière première et d'en avoir répercuté l'effet essentiellement sur ses profits puisque, en France du moins, les distributeurs pressaient déjà leur fournisseur de baisser les prix.

Le renversement de la tendance, dû notamment à l'embargo, est considéré comme un "répit conjoncturel".

"Si, d'aventure, les prix du lait restaient significativement décalés vers le bas (...), il est évident qu'il faudra que d'une façon ou d'une autre cela se partage avec nos consommateurs",

a prévenu Emmanuel Faber, qui dirige encore en tandem le groupe avec Franck Roubaud.

Solution e-commerce... et Chine

Toutefois, cette situation ne durerait que "six mois", estiment fabricants et représentants des agriculteurs qui, sur ce point au moins, se rejoignent.

A plus long terme, la demande croissante des pays émergents, notamment, pourrait pousser les prix à la hausse.

"Les débouchés sont surtout à chercher en Asie où la demande explose. Mais pour y exporter, il faut transformer le lait en poudre, notamment grâce à des tours de séchage", a rappelé Xavier Beulin.

De fait, certains types de produits laitiers en provenance d'Europe se vendent particulièrement bien en Chine. C'est le cas du lait infantile en poudre de mieux en mieux distribués... par internet.

De 10%, la proportion des produits Danone vendus sur des sites de e-commerce sont ainsi passé à près de 30% l'an dernier. Contrecoup des scandales qui ont affecté un producteur néo-zélandais, Fonterra (ancien fournisseur de Danone), les marques européennes ont la cote.

"Ce canal [le web] existera de façon massive en Chine, et peut-être pas seulement pour la nutrition infantile", prédit même le nouveau patron exécutif de Danone.

Les nouvelles technologies seront donc peut-être la porte de sortie pour la filière laitière française. A condition de gagner la compétition avec les producteurs néerlandais, allemands ou irlandais où les exploitations géantes permettent de collecter du lait moins cher pour ensuite le sécher.

Pour certains, la solution passe par d'autres "ferme de mille vaches".A moins que les producteurs français ne finissent par privilégier la qualité à la quantité.

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Commentaires
a écrit le 26/02/2015 à 19:58 :
j'avoue etre un peu surpris :
je lis , un prix de 300 euros / 1000 litres , donc 0,30 le litre ;
moi , ( au super marché ) je le paie 0,59 le litre ;
je suis surpris , car 0,30 euros pour : la collecte ; le conditionement et la distribution ...celà me parait très peu .
a écrit le 26/02/2015 à 19:05 :
Que les producteurs de lait fassent de la qualité au détriment de la quantité.
Quand je bois un verre de lait de Candia, le GrandLait, il est infect, il sent l'eau, on a l'impression qu'il est coupé à l'eau.Si c'est pour produire du lait de cette qualité, les produits dérivés qui en découleront seront de piètre qualité et plus personne n'en consommera.
Que les producteurs élèvent leur vaches biologiquement, c'est à dire d'arrêter de leur couper les cornes pour leur donner dans les mangeoires des farines de maïs ou de soja (ce qui leur coûte très cher) et ne jamais les sortir de l'étable; qu'ils conduisent leurs vaches dans de verts pâturages, les vaches se régaleront et le lait sera bien meilleur et nous en consommeront plus.
a écrit le 26/02/2015 à 18:49 :
en France , on ne veut pas des fermes de 1000 vaches , on préfère les petites exploitations qui vont aller à la casse , parce que les gros du marché du lait ne connaissent pas les frontières ! pour les chasseurs de prime ça va être dur
Réponse de le 26/02/2015 à 19:07 :
Il vaut mieux de petites exploitations produisant un lait de qualité à ces grosses usines qui produisent un lait pratiquement imbuvable.
Réponse de le 27/02/2015 à 11:26 :
Fermes de 1000 vaches, OK mais quelques unes uniquement. Il faut défendre notre système de l'exploitation "familiale".La difficulté sera de rendre celle-ci rentable et pérenne. La campagne française a toujours été peuplée par des paysans qui maillaient en quelque sorte le territoire et qui donnaient au pays un équilibre démographique.L'exploitation raisonnée et raisonnable a un avenir si tant est qu'elle rentre dans une volonté politique.Le leit-motiv devra etre écologique, culturel, sociétal et économique forcément.....bon courage
a écrit le 26/02/2015 à 16:26 :
Je ne comprends pas les inquiétudes de certains producteurs. En 2014, vous avez surproduit puis investis pour produire encore + et maintenant, vous avez peur d'une baisse
normale des prix. Il est clair que pour les 3 mois de printemps nous serons plutot à 250€/1000 qu'à 300.
Arretez de parler des grosses fermes du nord de l'Europe qui ont des couts de production supérieurs au notre.
Réponse de le 27/02/2015 à 11:18 :
Si effectivement les paysans investissent énormément, c'est parce que ils ont une fiscalité qui les y incitent. Si on appliquait, le meme type de fiscalité pour l'industrie, on relancerait l'investissement des parcs machines et donc on améliorerait la compétitivité du "made in France"
a écrit le 26/02/2015 à 12:01 :
"la demande croissante des pays émergents pourrait pousser les prix à la hausse"...à condition que les Chinois, notamment, ne s'organisent pas pour inonder les marchés avec des prix cassés dont les Occidentaux en particulier rafolent :-)
Réponse de le 27/02/2015 à 11:30 :
Tout comme les Américains le sont pour faire du fromage, les Chinois sont nuls pour produire du lait de qualité. C'est ce qui les a d'ailleurs incités à investir en France dans des usines de poudre de lait, notamment infantile.
a écrit le 26/02/2015 à 10:23 :
qu'elle est l'évolution de la vente de lait en volume ?
En effet une mode" écolo-bobo-medecine douçatre" supprime volontiers la consommation de ce dernier chez les adultes
a écrit le 26/02/2015 à 9:29 :
Le litre de lait cru est acheté moins de 30 cents le litre. Sur ce lait cru, les laitiers vont récupérer la crème et la vendre tel que ou sous forme de beurre. Et le litre de lait frais pasteurisé ou microfiltré sera vendu autour de 1,20€ dans votre hypermarché.
Quel est l'industrie en France qui fait autant de marge ? Et le pire est que ces laiteries sont souvent des "coopératives agricoles" qui vivent sur le dos des éleveurs.
Dans le coin où je vis, les éleveurs se sont regroupés dans un GAEC et distribuent le lait qu'ils produisent, afin de s'assurer un prix d'achat qui leur permet de vivre.
Réponse de le 26/02/2015 à 10:08 :
et pendant ce temps la politique pavoise....en évitant le sujet des fermes (aux 1000 vaches) lait industriel a éviter !
Réponse de le 26/02/2015 à 10:35 :
Exact. Si le producteur devait prendre en compte le vrai prix de production et se réserver une marge honnête, le prix de vente producteur serait de 0,50 €/litre. C'est toujours possible de payer un tel prix au producteur, mais les revendeurs n'accepteront jamais de réduire leur marge particulièrement juteuse.
Réponse de le 26/02/2015 à 12:12 :
le litre de lait bio se vend 93ct en supermarché (dans une petite bourgade de 400 000 hab je précise)... un conseil, changez de crémerie.
De plus, si la filtration ou le traitement était si simple, pourquoi les agriculteurs ne le font pas eux memes ? Les intermédiaires ont bon dos mais que je sache, tout le monde est libre de créer une boite dans le secteur si les marges sont si alléchantes...
Réponse de le 26/02/2015 à 15:42 :
@jo: à éviter comment quand tu n'as plus que cela sur les étagères ? Essaie un peu de trouver du non made in China et tu vas voir de quoi je parle :-)
Réponse de le 26/02/2015 à 16:26 :
Bonjour à tous,

Je ne sais pas si cela à particulièrement changé mais quand je travaillais chez CANDIA (SOODIAL) la marge était de 1%. (2011)
En d'autres termes pour 1 milliard de chiffre d'affaire en France le bénéfice était de 10 millions d'euros ...
Faible pour à l'époque 7 laiteries (investissement dans l'outil industriel).
Je ne suis depuis parti pour cause de faible salaire. Pas la peine de trop cherché, le souci ce sont les intermédiaires ...
Réponse de le 26/02/2015 à 16:54 :
parce que les 1,20€ de votre exemple sont perçus directement par la coopérative ?

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