L’industrie promet 100% de polystyrène recyclé en 2025... contre moins de 5% aujourd’hui

Recyclable mais très faiblement recyclé en France, le polystyrène a fait l’objet de vifs débats ces dernières semaines, les uns demandant son interdiction pure et simple, les autres son intégration dans une filière vertueuse de réemploi. La deuxième option semble aujourd’hui se dessiner, les industriels ayant signé mercredi une charte pour créer, d'ici à 2025, une filière de valorisation opérationnelle. Mais alors que celle-ci est encore balbutiante, la partie est loin d’être gagnée.

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Souvent constitués de polystyrène, les emballages des yaourts font partie de ceux qui se recyclent le moins bien en France.
Souvent constitués de polystyrène, les emballages des yaourts font partie de ceux qui se recyclent le moins bien en France. (Crédits : REUTERS/Eric Vidal)

Le polystyrène ne devrait pas disparaître de si tôt des étals des supermarchés. Ce plastique peu coûteux, souple ou rigide selon les applications - et particulièrement résistant aux chocs -, continuera de se retrouver dans les emballages de la majeure partie des pots de yaourts et autres barquettes alimentaires. De quoi rassurer l'industrie du plastique, qui s'était récemment émue des « injonctions contradictoires » sur le sujet, la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) imposant leur recyclage, quand l'Assemblée nationale demandait dans le cadre de la loi Climat leur interdiction pure et simple.

« Ce sont des perturbateurs de tri qui nuisent au bon recyclage des déchets ménagers. Il convient de mettre fin à ce matériau qui ne permet pas d'entrer dans une logique de réemploi », avait déclaré la députée UDI Maina Sage, à l'origine de l'amendement en question.

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La balance penche pourtant aujourd'hui vers leur pérennisation : le Sénat avait en effet reformulé, peu après le vote des députés, la proposition d'interdiction de ces derniers. Une proscription est certes toujours prévue, mais reste désormais limitée aux « emballages constitués pour tout ou partie de polymères styréniques [des polystyrènes, ndlr] non recyclables et dans l'incapacité d'intégrer une filière de recyclage ».

La condition est donc claire : s'ils veulent rester sur le marché, 100% des polystyrènes devront s'insérer dans une filière de réemploi opérationnelle en France, et ce d'ici à 2025. Sous pression, les industriels des emballages alimentaires, de la plasturgie et des acteurs du recyclage, ont finalement signé, mercredi 16 juin, une charte en ce sens. Et s'engagent à « permettre un retour » de ce matériau « au contact alimentaire » après sa première vie, précise un communiqué. Autrement dit, à rendre possible un réemploi en boucle fermé, du pot de yaourt... au pot de yaourt.

Pas plus de 3 à 4% effectivement recyclés

Mais le chemin promet d'être long : si les emballages en polystyrènes sont valorisables - et valorisés dans plusieurs pays européens, comme l'Espagne -, c'est loin d'être le cas en France. Même lorsqu'ils finissent bien dans les poubelles jaunes, les dizaines de milliers de tonnes d'emballages fabriqués à partir de ce polymère prennent la direction de l'incinérateur, ou finissent enfouis - contrairement au PET. En tout, pour le polystyrène, « pas plus de 3 à 4% sont effectivement recyclés », avance ainsi le ministère de la Transition écologique.

« Cette situation freine l'atteinte des objectifs européens de recyclage et aggrave le bilan carbone du pays », souligne un communiqué.

Une faiblesse française d'autant plus absurde que, selon l'association de représentants des fabricants d'emballages plastiques Elipso, ces matériaux seraient en fait « faits pour améliorer le bilan carbone » des contenants en polymère, « grâce à un matériau plus léger » que les autres...

Trois projets industriels sur les rails

Alors, pour parvenir à l'objectif de 100% de réemploi en 2025 dans l'Hexagone, l'industrie s'affaire. Trois projets sont déjà en route, et se fondent sur des procédés de recyclage chimique, c'est-à-dire la décomposition du plastique avec un retour à la cellule de base, le monomère, pour rassembler et fabriquer ensuite de nouveaux monomères.

Le premier est porté par le groupe Michelin, qui prévoit une usine pilote opérationnelle dès 2021, avec son partenaire Pyrowaven, et le démarrage d'une unité industrielle d'ici à la fin 2023. Ensuite, Ineos Styrolution et l'entreprise Trinseo programment l'aménagement un site exploité par Ineos « entre 2023 et 2025 » sur son site français à Wingles, dans les Hauts-de-France. Enfin, le troisième « sauveur » du polystyrène n'est autre que TotalEnergies. Le groupe français prévoit une unité de recyclage chimique à Grandpuits (Île-de-France), et se dit capable d'intégrer « jusqu'à 20% de polystyrène recyclé en 2023 ».

Porte de sortie

Reste que, selon le ministère de la Transition écologique, ce sont pas moins de « 2,2 millions de tonnes d'emballages en plastique ménager, industriels ou commerciaux, qui sont mis sur le marché en France, le polystyrène représentant à lui seul plus de 350.000 tonnes par an » - soit 7% des matériaux utilisés tous secteurs confondus. Les industriels eux, misent pour l'heure sur un « gisement » de « 100.000 tonnes » par an à valoriser. Par conséquent, plus de la moitié du polystyrène sur le marché ne trouverait pas de solution dans ces conditions - sauf, bien sûr, ouverture d'autres unités.

L'industrie sait que la partie ne sera pas aisée : en cas d'échec, elle se réserve encore une porte de sortie « fin 2021 », est-il précisé. « Mais dans ce cas, les industriels s'engagent à éliminer le polystyrène de leurs emballages » a indiqué une source industrielle mercredi soir.

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Même s'il est atteint, l'objectif de création d'une filière opérationnelle ne résoudra pas un autre problème, indissociable de la question des plastiques à usage unique : souvent mal jetés, les emballages en polystyrène finissent encore beaucoup dans la nature, leurs fragments représentant l'un des dix déchets les plus retrouvés sur les plages et dans les fonds marins.

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Commentaire 1
à écrit le 17/06/2021 à 19:59
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"la décomposition du plastique avec un retour à la cellule de base, le monomère, pour rassembler et fabriquer ensuite de nouveaux monomères." nouveaux polymères. Il suffit de chauffer le matériau au dessus de la température plafond (dixit mon ancien...

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