Automobile : le "made in Germany" triomphe, le "made in France" dégonfle

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La production des constructeurs tricolores en France a chuté de moitié par rapport à 1993. Renault y assemble 20,5 % à peine de ses voitures.

Étrange paradoxe. Les constructeurs français ont probablement réalisé des ventes mondiales record l'an dernier. Pourtant, le « made in France » se porte mal. Délocalisation, quand tu nous tiens... Certes, la production de voitures particulières de Renault et PSA a crû dans l'Hexagone de 20 % sur les neuf premiers mois de 2010 à 1,26 million d'unités. Mais, c'était par rapport à une année 2009 exécrable. Et, même ainsi, la production 2010 en France accuse un déficit de 1,2 million par rapport à 2005 !

Une constatation malheureuse s'impose : entre 1993 et 2009, la production des usines françaises des deux constructeurs tricolores a chuté carrément de moitié. Fâcheux. Et ce, d'autant que, dans le même temps, les volumes fabriqués par les constructeurs allemands outre-Rhin ont crû de plus de moitié, aidés il est vrai par l'intégration de l'ex-RDA. Conséquence : la France est devenue importatrice nette de véhicules, alors que l'Allemagne exporte environ 50 % de plus qu'elle n'importe.

Renault délocalise massivement

PSA produit 37 % de ses voitures en France, mais... Renault 20,5 % seulement, contre 33 % pour Volkswagen en Allemagne. La firme au losange est du coup l'une des championnes mondiales de la délocalisation (voitures fabriquées dans des pays à bas coûts et réimportées vers l'Europe occidentale). Le comble pour l'ex-Régie nationale, dont l'État reste l'actionnaire de référence ! Le gouvernement français ne s'est d'ailleurs alarmé de ce phénomène qu'au début 2010, lorsqu'étaient dévoilés les projets de Renault sur la délocalisation de la future Clio en Turquie !

Certes l'internationalisation joue son rôle. Mais, pas seulement. PSA produit ainsi en République tchèque ses petites Peugeot 107 et Citroën C1, en Slovaquie son minispace C3 Picasso. Mais, ses petites berlines C3 et DS3 restent assemblées en France, comme ses 206 + et une bonne partie des 207. Chez Renault, par contre, on n'a aucun scrupule. La Twingo est produite en Slovénie, les Dacia en Roumanie et au Maroc, une grosse partie des Clio en Turquie. Et ce n'est pas tout. Le minispace Modus et les Mégane sont réalisés en Espagne. Le nouveau haut de gamme Latitude provient de Corée. Pour remplacer, quoi qu'en dise le constructeur, la Vel Satis.

Mieux : si PSA fabrique encore 85 % de ses moteurs et transmissions (15 à 30 % de la valeur d'un véhicule) en France avec 10.400 salariés, Renault n'y produit que... 28 % de ses organes mécaniques avec 4.700 salariés seulement !

Triste symbole de cette désindustrialisation française : l'usine Renault de Sandouville. Ce site normand des années 1960, spécialisé dans la gamme « noble » c'est-à-dire moyenne supérieure et haute de Renault (Laguna, Espace et naguère Vel Satis), s'enfonce dans la crise. Il a épongé quatre semaines de congés forcés pour les fêtes de fin d'année et devrait subir 60 à 70 jours de chômage partiel en 2011, selon les syndicats. L'usine aura fabriqué l'an dernier 4,5 fois moins de véhicules qu'en 2004. Et ses effectifs ont plongé de 5.300 à 2.300 salariés ! 

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