Automobile : la crise est inéluctable, avertit AlixPartners

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Le cabinet d'audit anticipe une baisse du marché automobile mondial dans les deux prochaines années, avec un creux en 2020 à 91 millions de voitures, avant une remontée jusqu'en 2026 avec 106 millions de véhicules.
Le cabinet d'audit anticipe une baisse du marché automobile mondial dans les deux prochaines années, avec un creux en 2020 à 91 millions de voitures, avant une remontée jusqu'en 2026 avec 106 millions de véhicules. (Crédits : Reuters)
L'industrie automobile mondiale va être confrontée pour les cinq prochaines années à un périlleux effet ciseau : la baisse des volumes d'un côté et la forte hausse des investissements de l'autre. D'après l'étude annuelle du cabinet de conseil AlixPartners, cet effet va largement impacter les marges de rentabilité des constructeurs, et probablement provoquer des fermetures d'usines, "toutes choses égales par ailleurs"...

Vers une profonde crise du secteur automobile ? C'est en tout cas la conviction des consultants d'AlixPartners qui viennent de publier leur étude annuelle. D'emblée lors de la présentation de l'étude, Laurent Petizon, directeur du secteur automobile chez AlixPartners, confirme ce qui se dessinait depuis plusieurs mois, les indicateurs de marché vont se détériorer dès cette année, et ce tableau sombre va perdurer les années suivantes.

Et de préciser que toutes les données prises en compte sont « toutes choses égales par ailleurs », c'est-à-dire hors hard brexit, guerres commerciales voire guerres "non-commerciales"... Autrement dit, le scénario de crise que dessine l'étude AlixPartners s'est faite dans une version "optimiste" de l'avenir.

La Chine, un gros creux et ça repart

En résumé, le cabinet d'audit anticipe une baisse du marché automobile mondial dans les deux prochaines années avec un creux en 2020 à 91 millions de voitures (moins 3 millions par rapport à 2017), avant une remontée jusqu'en 2026 avec 106 millions de véhicules. C'est de la Chine que le choc risque d'être le plus dur à encaisser avec une baisse de 3 millions de voitures jusqu'en 2020. Il faudra attendre 2024 pour que le marché revienne à son niveau de 2017 (28 millions de voitures).

Mais, plus grave encore, l'étude pointe l'inquiétant niveau des surcapacités industrielles sur le premier marché du monde. AlixPartners estime que le taux d'utilisation des capacités de production est passé sous le seuil des 70%, seuil considéré comme périlleux en termes de rentabilité et qui peut potentiellement conduire à des fermetures d'usines. Mais selon Laurent Petizon, les constructeurs vont maintenir leurs capacités en anticipant la reprise du marché chinois et surtout la perspective d'un marché à 30 millions de voitures en 2026. Notons également que les Français ont franchi depuis bien longtemps les lignes rouges des surcapacités puisque PSA utilise seulement 26% de ses capacités de production chinoises, contre 33% pour Renault. Seul Ford fait pire avec 24%.

Même trajectoire attendue sur le marché américain qui pourrait d'ici 2021, perdre deux millions d'immatriculations sur l'année. Le marché repartirait ensuite pour un maximum de 16,8 millions de voitures par an, loin des 17,6 millions vendues en 2016. AlixPartners observe un important niveau de remises sur les ventes, et note que General Motors a également procédé à de premières fermetures d'usines afin d'ajuster sa production à la demande.

L'Europe face aux objectifs de CO2

De son côté, le marché européen va croître lentement et passer de 20,6 millions de voitures à environ 22,3 millions en 2026. AlixPartners s'inquiète surtout des conséquences des amendes pour non respect des objectifs de CO2 sur les constructeurs européens. Laurent Petizon remarque que, alors qu'il aurait fallu vendre davantage de diesel et de petites voitures pour baisser les émissions de CO2, le marché, pour diverses raisons, a fait tout le contraire. Ainsi, la part des SUV ne cesse d'augmenter partout en Europe. En France, ce segment devrait représenter près de 40% des ventes en 2026, soit 10 points de plus par rapport à 2018. En outre, la baisse des ventes de diesel est colossale. Elles ne représenteront plus que 19% des ventes contre 36% en 2018, avant de s'effondrer à 10% en 2030. Le cabinet d'audit évalue à des centaines de millions d'euros les amendes potentielles. Celle infligée à Volkswagen pourrait même atteindre les 1,8 milliards d'euros.

L'effet deuxième lame...

Ce scénario macroéconomique est la première lame de ce qui attend les constructeurs automobiles. Car en sus de cette baisse conséquente de volumes, les constructeurs vont être confrontés à une très importante hausse des investissements. Ainsi, après avoir culminé à 6,2% en 2016, la marge opérationnelle des constructeurs a déjà franchi le seuil des 5% en 2018. « Et cette baisse va se poursuivre », assure Laurent Petizon.

AlixPartners évalue à 186 milliards de dollars les investissements annuels en R&D des constructeurs automobiles, auquel il faut ajouter les 225 milliards programmés pour les seuls programmes électriques entre 2019 et 2023, et les 85 milliards pour le développement de la voiture autonome (d'ici à 2025). « Il y aura de plus en plus d'investissements et de moins en moins de retours sur investissements », pronostique Laurent Petizon. D'ici 5 à 6 ans, entre 40 à 60 usines dans le monde seront soit fermées, soit transformées dans la fabrication de batteries électriques. Les équipementiers pourraient être les premiers concernés. Ils disposent de plus grandes surcapacités en Chine. En outre, ils pourraient être frappés par l'avènement de la voiture électrique qui va faire disparaître toute une série d'équipements.

C'est donc une déferlante de mauvaises nouvelles qui va contraindre les constructeurs à rationaliser leurs dépenses. AlixPartners observe que jamais les partenariats de recherche n'avaient été aussi nombreux, dans le but de mutualiser les coûts. Les investisseurs, eux, sont d'ores et déjà fébriles sur le secteur au point où la moindre rumeur risque d'être immédiatement interprétée en Bourse. Que ce soit un nouveau risque de conflit au Moyen-Orient, ou une nouvelle série de mesures protectionnistes, ou encore, une sortie désordonnée de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Crise ou crise majeure, les constructeurs automobiles n'ont que deux scénarios auxquels se préparer...

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Commentaires
a écrit le 16/07/2019 à 9:50 :
l'avenir est aux transports en commun face à la pollution et au gâchis dans les grandes métropoles, ex Paris, prolonger les lignes de métro, les rendre confortables, sécures, agréables..nouvelles lignes de tramway inter- connectées ect que fait-on dans ce sens ?? pas grand chose...
a écrit le 28/06/2019 à 6:34 :
Si l'on croit aux chiffres de l'article,les sommes à investir ,dans la voiture électrique et la voiture autonome,sont colossales.Un divorce de Renault et Nissan,paraît dans ces conditions,serait suicidaire.
a écrit le 28/06/2019 à 0:28 :
Les grands patrons de l'industrie automobile prennent les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Le club de Rome a agité la fin des énergies fossiles en 1972, depuis il y a eu plusieurs "chocs pétroliers" et l'industrie pétrolière préparerait depuis le futur via la diversification et la recherche mais l'industrie automobile apprend, elle, en 2019 qu'il n'y aura un jour plus de pétrole ! Et ils savent qu'on ne reviendra probablement pas aux diligences et autres voitures à chevaux, à défaut d'automobiles électriques ? S'il y a une industrie qui a toujours su faire pleurer dans les chaumières pour obtenir des aides de l'Etat, (les balladurettes, les jupettes...), c'est bien eux. Ils sont toujours vus "à moitié morts" mais ils vivent correctement. Certes, en ce moment, Carlos Ghosn n'est pas à envier mais, il y a un an, il était loin d'être à plaindre. Tout ça parce que depuis la fin des industries sidérurgiques, charbonnières, du textile... dans les années 70, il suffit d'être une grosse entreprise de main d'oeuvre pour que l'Etat français vous mange dans la main.
a écrit le 28/06/2019 à 0:02 :
L'automobilité est un besoin fondamental de l'humanité et les pouvoirs publics jouent avec cela pour transformer ce besoin en vache à lait : plus de taxes et moins d'investissement en infrastructure de circulation. Le sort des vaches à lait en stabulation libre parquées dans des étables surpeuplées puantes et passant à la traite dans des carrousels automatiques préfigure le sort de l'humanité dans les grandes et sales métropoles. Pour des raisons de climat, d’hygiène et de coût, l'homme se déplaçant de façon autonome deviendra aussi rare que les vaches dans les prés.
Réponse de le 28/06/2019 à 0:48 :
Depuis quand l'automobile est-elle un besoin fondamental ?
D'abord, c'est un produit purement capitaliste, donc qui ne peut exister que dans une économie bien particulière. Dans les pays à économie socialiste, il y avait, certes, une petite industrie automobile mais à la production réservée à une faible part de la population. Les socialistes, par nature collectivistes, privilégiaient naturellement les transports en commun.
La disparition de la voiture ne serait pas un drame.
Autrefois, tout le monde n'avait pas un cheval ou une carriole pour se déplacer. D'ailleurs, beaucoup ne quittaient jamais leur village et un être humain valide est capable de se déplacer à pied dans les limites d'une commune, en plus aujourd'hui, il existe vélos et autres moyens de transport individuel sur roulettes.
Avant 1850, l'humanité a vécu sans automobile, donc...
a écrit le 27/06/2019 à 18:57 :
Bien imaginé sauf que la voiture de demain ne sera pas électrique, les trotinettes c'est autre chose.....
a écrit le 27/06/2019 à 18:22 :
articles Bloomberg intéressants :
- "Automakers' job cuts are at 38,000 and counting", Bloomberg, 22/05/2019
recense les annonces de licenciements des 6 derniers mois des constructeurs US/Japonais/Européens. PSA/Renault n'apparaissent pas.
Ford vient d'annoncer 12 000 suppressions de jobs supplémentaires.
- "The next American car recession has already started", Bloomberg, 13/01/2019
sur l'excédent de capacités des constructeurs américains dû à l'effondrement du marché des berlines.
a écrit le 27/06/2019 à 18:07 :
Ceci est totalement FAUX et MENSONGER . Je vous donne RV dans 5 ans .
a écrit le 27/06/2019 à 12:01 :
Adieu FIAT
a écrit le 27/06/2019 à 11:49 :
Je ne comprends pas certains commentaires, passons. d'un point de vue de l'entreprise (et non de sa propre opinion), tant qu'on vend tout va bien, que ce soit des brouettes, des chaussettes ou des SUV. En revanche, et la ou effectivement j'ai du mal à comprendre certains propos, c'est au niveau SOCIAL que ça va faire mal : électrique = plus d'energie fossile, donc filière touchée, moins de composants, donc sous traitants touchés, plus facile à assembler, donc moins de personnel et fermetures d'usines à venir, plus facile à entretenir, donc moins de garagistes, etc etc, sans compter l'effet domino sur tous les autres secteurs : plus de chomage = hausse des cotisations donc pouvoir d'achat en berne. QUi dit moins de consommation, dit récession. Donc les commentaires auto-centré sur les ventes de SUV sont... enfantins
Réponse de le 27/06/2019 à 15:36 :
SUV = symbole , votre conclusion est inutile voire déplacée.
a écrit le 27/06/2019 à 10:54 :
Pour l'instant on rigole encore et on s'ébaubit sur la vente de SUV et autres puissantes bagnoles, je pense que le virage de l'écologie est encore loin d'être pris, les retours de bâtons risquent de faire mal et rapidement.
a écrit le 27/06/2019 à 10:53 :
"Et de préciser que toutes les données prises en compte sont « toutes choses égales par ailleurs », c'est-à-dire hors hard brexit, guerres commerciales voire guerres "non-commerciales."

A la limite du dénie même puisque guerre commerciale il y a et comme on en a jamais encore vu.
a écrit le 27/06/2019 à 9:18 :
Le marché européen va croître de 20 à 22 millions de véhicules.
Cela signifie qu'on va continuer à produire, donc consommer de l'énergie, des ressources naturelles, et re-donc Polluer.
En parallèle, le parc des avions augmentera encore plus vite.
Re-re-donc Polluer.
Bref, la production et la consommation vont augmenter et Re-re-donc Polluer.
Conclusion : Ça va chauffer fort, on va "cuire", des pénuries d'eau, de nourriture sont probables.
C'est donc individuellement qu'il faut de préparer.
Réponse de le 27/06/2019 à 22:06 :
C'est ça : payez vous un bon petit trip survivaliste.
On se fait peur pour pas cher, avec les médias, c'est ça qui est sympa quand on ne veut s'avouer qu'on meurt d'ennui.
a écrit le 27/06/2019 à 8:59 :
ça sauve la planète la voiture électrique, mais ça ne change rien aux embouteillages, et qui voudra d'une voiture avec laquelle il faut 3 heures pour faire un plein ?
Encore un délire de bobo ?
Réponse de le 27/06/2019 à 17:58 :
tout se discute!
votre voiture electrique qui n'a pas fait un km a deja pollue autant q'une voiture qui a fait 100.000 km
apres on va bien rigoler quand il faudra recycler tous ces metaux lourds, tout cet acide sulfurique, et que ca fera sauter les reseaux electriques ( qu'il faudra alimenter avec autre chose que de l'eolien qui marche 15% du temps) quand tout le monde branchera sa voiture le soir a 19.00
dans 20 ans les integristes comprendront que l'electrique fait partie d'un mix, et limite les plus barbus d'entre eux, qui ont exige l'obligation d'avoir une voiture electrique, exigeront une loi qui l'interdit
a écrit le 27/06/2019 à 8:33 :
oH ! plus d'annive à Versailles pour les grands enfants ? Il faudra se contenter de Ronnie McDonald...
a écrit le 27/06/2019 à 8:18 :
Bonjour,
Êtes vous sûrs que la voiture des prochaines années sera électrique ?
Merci
Réponse de le 27/06/2019 à 10:51 :
A moins d'investissements considérables sur les infrastructures de recharge (au moins 800000 bornes de recharge rapide et les infrastructures électriques, y compris 6 à 8 EPR pour les alimenter) la voiture électrique à batterie ne pourra être qu'un marché de niche. Plus crédible est la piste des voitures électriques à pile à combustible en consacrant l'essentiel de la production électrique renouvelable intermittente (PV+éolien) à la production d'hydrogène par électrolyse. Développer un réseau de quelques milliers de stations service d'hydrogène coûtera de toutes façons bien moins cher que l'adaptation du réseau électrique pour alimenter près d'un million de bornes de recharge.
Réponse de le 10/07/2019 à 20:17 :
En tout cas c’est la lubie politique actuelle, qui fait fi, comme d’habitude, des données scientifiques, techniques et industrielles, que pourtant certains leur rappellent (merci Carlos Tavares) à grand cri. Ce qui me donne l’impression que ces hommes et femmes politiques ne veulent qu’une seule chose: interdire aux citoyens de se déplacer individuellement, en annihilant par la même occasion tout l’avantage que nous avons sur les asiatiques. C’est déjà écrit dans la Loi et c’est une grande régression de la liberté.

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