Le célèbre fabricant de pneus a lancé une stratégie 2030 fondée sur la diversification des métiers mais également sur la thématique de l'environnement: baisse du CO2, gestion des déchets, pneu durable... Des milliards d'euros d'investissements qui doivent préparer le groupe à d'inéluctables resserrements réglementaires en matière d'environnement, quitte même à les encourager... pour abattre ses concurrents.« Tous les jours, Michelin réalise des choses qu'on pensait impossibles. » Plus qu'un slogan, Florent Menegaux s'est emparé de cette formule comme d'un leitmotiv. Et pour cause, le manufacturier clermontois, pourtant déjà connu pour ses investissements dans l'innovation, veut appuyer encore un peu plus sur l'accélérateur de la R&D... Lors d'une présentation à la presse, en écho à son plan stratégique 2030 présenté en avril dernier, le PDG de Michelin a déroulé le détail de l'immense offensive R&D qui doit lui permettre de transformer l'entreprise.
Un métier redéfini
Pour commencer, Florent Menegaux a presque redéfini la nature même de l'entreprise qu'on croyait jusqu'ici comme un simple fabricant de pneus. « Notre savoir-faire, c'est l'agencement des flexi-composites », a-t-il répété. Un mot barbare pour parler de la diversité des matériaux qui composent un pneu, dont évidemment les élastomères, plus couramment appelés caoutchouc.
Pour rappel, un pneu Michelin est pour moitié fait de caoutchouc (25% naturel, et 24% de synthèse). Mais un pneu compte pas moins de 200 matériaux aussi complexes les uns que les autres, et que Michelin a appris à maîtriser et à perfectionner. Au point, qu'il veut capitaliser autour de cette expertise (et ces brevets) pour diversifier son activité. On parle ici de métaux, de colles, de noir de carbone, de silice ou de matériaux petro-sourcés... Mais également de process de fabrication comme la production additive (impression 3D). Autant d'expertises nécessaires dans d'autres secteurs industriels. Florent Menegaux veut dégager 30% du chiffre d'affaires de Michelin en dehors du pneu à horizon 2030, contre 5% aujourd'hui. Le chiffre d'affaires du pneu continuera néanmoins à croître, mais à un rythme de 1% à 2% par an, alors que l'ensemble des activités du groupe augmentera, lui, au rythme de 5% par an.
L'autre axe stratégique de Michelin est encore plus ambitieux... Le groupe va investir plusieurs milliards d'euros pour considérablement baisser son impact environnemental. Le groupe veut réduire de 36% les émissions CO2 de ses usines d'ici à 2030, après les avoir déjà réduites, selon lui, de 42% depuis 2014. « Nous allons multiplier nos investissements par trois pour baisser nos émissions de CO2 », indique Jean-Christophe Guérin, patron industriel du manufacturier. C'est tout le bilan environnemental des 71 usines du groupe qui doit être amélioré: remplacement des machines trop énergivores, installation de panneaux solaires, récupération des eaux de pluie, gestion des déchets. La logistique est également mise à contribution pour réduire la facture CO2: circuits courts, augmentation du taux de remplissage des camions, expérimentation de cargos à voile...
Nabil Bourassi, à Clermont-Ferrand