Michelin déplace le match sur le terrain de l'environnement pour assommer ses concurrents

Le célèbre fabricant de pneus a lancé une stratégie 2030 fondée sur la diversification des métiers mais également sur la thématique de l'environnement: baisse du CO2, gestion des déchets, pneu durable... Des milliards d'euros d'investissements qui doivent préparer le groupe à d'inéluctables resserrements réglementaires en matière d'environnement, quitte même à les encourager... pour abattre ses concurrents.

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A Clermont-Ferrand, Florent Menegaux présentait hier à nouveau le Vision Tire Concept, le pneumatique du futur tout d'une pièce, écolo, increvable (sans air), ultra sûr (plus aucun risque d'éclatement) et rechargeable (à l'aide d'une imprimante 3D on peut rajouter une couche de gomme sur la bande de roulement) pour s'ajuster à la durée de vie du véhicule, mais qui ne sera pas disponible avant 2050.
A Clermont-Ferrand, Florent Menegaux présentait hier à nouveau le Vision Tire Concept, le pneumatique du futur tout d'une pièce, écolo, increvable (sans air), ultra sûr (plus aucun risque d'éclatement) et rechargeable (à l'aide d'une imprimante 3D on peut rajouter une couche de gomme sur la bande de roulement) pour s'ajuster à la durée de vie du véhicule, mais qui ne sera pas disponible avant 2050. (Crédits : Reuters)

« Tous les jours, Michelin réalise des choses qu'on pensait impossibles. » Plus qu'un slogan, Florent Menegaux s'est emparé de cette formule comme d'un leitmotiv. Et pour cause, le manufacturier clermontois, pourtant déjà connu pour ses investissements dans l'innovation, veut appuyer encore un peu plus sur l'accélérateur de la R&D... Lors d'une présentation à la presse, en écho à son plan stratégique 2030 présenté en avril dernier, le PDG de Michelin a déroulé le détail de l'immense offensive R&D qui doit lui permettre de transformer l'entreprise.

Un métier redéfini

Pour commencer, Florent Menegaux a presque redéfini la nature même de l'entreprise qu'on croyait jusqu'ici comme un simple fabricant de pneus. « Notre savoir-faire, c'est l'agencement des flexi-composites », a-t-il répété. Un mot barbare pour parler de la diversité des matériaux qui composent un pneu, dont évidemment les élastomères, plus couramment appelés caoutchouc.

Pour rappel, un pneu Michelin est pour moitié fait de caoutchouc (25% naturel, et 24% de synthèse). Mais un pneu compte pas moins de 200 matériaux aussi complexes les uns que les autres, et que Michelin a appris à maîtriser et à perfectionner. Au point, qu'il veut capitaliser autour de cette expertise (et ces brevets) pour diversifier son activité. On parle ici de métaux, de colles, de noir de carbone, de silice ou de matériaux petro-sourcés... Mais également de process de fabrication comme la production additive (impression 3D). Autant d'expertises nécessaires dans d'autres secteurs industriels. Florent Menegaux veut dégager 30% du chiffre d'affaires de Michelin en dehors du pneu à horizon 2030, contre 5% aujourd'hui. Le chiffre d'affaires du pneu continuera néanmoins à croître, mais à un rythme de 1% à 2% par an, alors que l'ensemble des activités du groupe augmentera, lui, au rythme de 5% par an.

L'autre axe stratégique de Michelin est encore plus ambitieux... Le groupe va investir plusieurs milliards d'euros pour considérablement baisser son impact environnemental. Le groupe veut réduire de 36% les émissions CO2 de ses usines d'ici à 2030, après les avoir déjà réduites, selon lui, de 42% depuis 2014. « Nous allons multiplier nos investissements par trois pour baisser nos émissions de CO2 », indique Jean-Christophe Guérin, patron industriel du manufacturier. C'est tout le bilan environnemental des 71 usines du groupe qui doit être amélioré: remplacement des machines trop énergivores, installation de panneaux solaires, récupération des eaux de pluie, gestion des déchets. La logistique est également mise à contribution pour réduire la facture CO2: circuits courts, augmentation du taux de remplissage des camions, expérimentation de cargos à voile...

Économie circulaire et... innovation tous azimuts

Le groupe clermontois met également le paquet dans l'économie circulaire. D'abord, il veut augmenter la part des matériaux biosourcés ou recyclés de 28% aujourd'hui à 40% en 2030 et 100% en 2050.

Michelin travaille avec plusieurs start-up pour maîtriser les solutions. Il vient ainsi d'investir dans Carbios qui a mis au point un enzyme capable de déconstruire du plastique PET pour le ramener à sa forme initiale et ainsi être réutilisé sans perte de propriétés.

Un autre partenariat doit permettre de récupérer le styrène du polystyrène grâce à une technologie empruntée au micro-onde. Le styrène est nécessaire pour fabriquer le caoutchouc de synthèse. L'autre composant de cet élastomère est le butadiène mais qui est d'origine pétrolière. Là aussi, le groupe développe, lui-même cette fois, une formule pour fabriquer un butadiène à partir de déchets agricoles.

Avec Enviro, le "noir de carbone", un autre matériau essentiel, pourrait être recyclé à partir de pneus usagés. Cette startup scandinave a mis au point un processus de combustion par pyrolyse qui permet de redonner à ce matériau sa forme primaire. Enfin, Michelin veut définitivement en finir avec les solvants, qui sont trop polluants, en 2030.

Des pneus toujours plus performants et économes en carburant

Dernier axe des priorités du manufacturier fondé au 19e siècle par les frères Michelin, améliorer la performance des pneus comme la résistance au roulement qui absorbe 20% de l'énergie d'une voiture. Gary Guthrie, directeur business automobile, indique que le groupe a déjà divisé par deux la résistance au roulement de ses pneus. Selon lui, cette propriété a permis d'économiser 7 milliards de litres de carburant. En outre, la qualité des pneus pour éviter les crevaisons permet d'éviter les rebuts précoces. Michelin estime que 128 millions de pneus sont remplacés en Europe alors qu'ils n'ont pas atteint le témoin d'usure légal. C'est potentiellement 6,6 millions de tonnes de CO2 économisés par an, et 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires, calcule la firme clermontoise. « Nous sommes très loin d'avoir tout inventé », assure le PDG, convaincu que le pneu restera un puit de croissance et d'innovation.

Des milliards d'investissements, pour quoi faire ?

Oui, mais tous ces investissements sont extrêmement coûteux. « Des milliards », lance un Florent Menegaux vertigineux. Comment Michelin peut-il pour autant facturer au client ses investissements dans de nouvelles machines moins énergivores, des panneaux solaires, de nouveaux matériaux de synthèse, ou des produits recyclés pour un produit néanmoins absolument identique? Quel sera l'impact sur les marges et les prix pour de tels investissements ?

Michelin ne répond pas à cette question éminemment stratégique, mais pour Florent Menegaux, il existe une raison indirectement financière: « Un jour, nos clients exigeront un impact environnemental neutre des produits qu'ils achèteront », prédit-il. Autrement dit, Florent Menegaux anticipe un inéluctable resserrement réglementaire et veut prendre un temps d'avance.

Imposer son tempo à la concurrence

Mieux... En imposant son tempo, il espère influencer le législateur sur de nouveaux standards légaux qui laisseront ses concurrents pantois. Sur les normes de pneus déjà, il est parvenu à imposer quelques standards notamment sur la résistance au roulement. Ou plus récemment encore, Michelin a poussé une réglementation qui doit interdire, entre 2024 et 2026, les pneus vieillissants qui perdent de l'adhérence au freinage alors qu'ils n'ont pas encore atteint le témoin d'usure légal.

L'étape d'après est donc l'adoption de nouveaux standards climatiques et écologiques. Et Florent Menegaux est convaincu que la Chine prend également le chemin d'une politique environnementale plus stricte. En préemptant ainsi la cause environnementale, au-delà des considérations philanthropiques, Michelin se construit un avantage compétitif et concurrentiel majeur que ses concurrents auront du mal à rattraper.

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Commentaires 2
à écrit le 28/11/2021 à 13:12
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Je m'suis faite liftée ! Pour plaire aux jeunes !

à écrit le 26/11/2021 à 13:24
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Leur invention d'un pneumatique en deux parties fines est d'un intérêt énorme car il permettra de réduire massivement et la pollution environnementale et la pollution sonore notamment forcément de ces poids lourds de 44 tonnes qui en plus anéantissen...

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