Volkswagen : un intérêt pour l'électrique qui ne passe pas aux Etats-Unis

Un investissement de 2 milliards de dollars sur 10 ans, imposé dans le cadre du règlement du différend entre les autorités fédérales et le constructeur allemand, est considéré comme trop avantageux par certains groupes automobiles américains.
Volkswagen est accusée par des constructeurs automobiles américains d'être favorisée par une clause de l'accord signé avec la justice américaine qui prévoit un investissement de 2 milliards de dollars dans l'électrique.
Volkswagen est accusée par des constructeurs automobiles américains d'être favorisée par une clause de l'accord signé avec la justice américaine qui prévoit un investissement de 2 milliards de dollars dans l'électrique. (Crédits : Fabian Bimmer)

Dans la tourmente aux Etats-Unis pour avoir installé sur 600.000 voitures un logiciel truqueur qui faussait le niveau réel d'émissions de gaz polluants, Volkswagen doit désormais faire face à l'ire de plusieurs constructeurs automobiles américains. Selon un article du Wall Street Journal, ces derniers accusent le groupe allemand d'être favorisé par l'une des clauses de l'accord signé en 2016 avec l'EPA, l'agence de protection de l'environnement américaine, le département de la Justice et l'Etat de Californie.

Sensibilisation des conducteurs et installation de bornes

Cette clause prévoit un plan d'investissement dans des infrastructures électriques de 2 milliards de dollars sur dix ans. Pour procéder à ces investissements, le groupe a créé Electrify America (électrifier l'Amérique), une entité spécialement dédiée à la gestion du portefeuille. L'utilisation de ces fonds a déjà été planifiée et soumise à l'approbation de l'EPA en avril dernier et passera par des campagnes de sensibilisation des conducteurs américains à l'électrique mais surtout par l'installation de bornes de recharge dans tous les Etats-Unis.

Ce plan nommé « Zero Emission Vehicle (ZEV) Investment » vise à promouvoir le développement des véhicules électriques aux Etats-Unis, notamment en multipliant les zones de charge présentes dans le pays. Ce projet amène ainsi à la création de 450 stations de recharge dans 39 Etats américains à proximité de grandes artères routières, sur les lieux de travail ainsi qu'en ville pour toucher le plus grand nombre d'utilisateurs possible.

L'Etat de Californie premier bénéficiaire

Le premier bénéficiaire de l'enveloppe mise en place par Volkswagen est la Californie : pour avoir fait éclater l'affaire et avoir été l'Etat le plus touché par les voitures truquées,  elle recevra 800 millions de dollars qui seront investis dans de nombreux projets dès la fin de cette année. La somme restante soit 1,2 milliard de dollars sera répartie entre les autres Etats avec pour objectif premier de démocratiser la voiture électrique et la conduite responsable.

Ce projet de déploiement de bornes de recharge pourrait également représenter une manne financière importante puisque les conducteurs déjà propriétaires d'un véhicule auraient à régler une certaine somme pour utiliser la borne. Electrify America a également fait part de son intention de faire payer une redevance aux constructeurs automobiles sur chaque véhicule vendu de telle manière à ce que l'utilisateur ayant acquis une voiture récemment n'ait pas à payer pour utiliser la borne.

Ces investissements, mal vus par les autres entreprises, apparaissent comme évidents pour Volkswagen qui cherche à s'implanter durablement sur le marché de l'électrique dans les prochaines années. L'arrêt de la commercialisation de véhicules diesel depuis 2015 aux Etats-Unis ou encore la promesse de commercialiser trois modèles partiellement électriques d'ici à 2020 pour le marché nord-américain font partie de cet engagement pris par la firme allemande.

La colère des constructeurs américains

Si les objectifs de Volkswagen sont audacieux en raison de la faible popularité et présence de véhicules électriques sur le marché américain, ils n'en ont pas moins énervé les grands constructeurs automobiles américains. Ces derniers ont vu en cette clause une forme de soutien de la part du gouvernement américain au groupe allemand alors même que ce dernier a connu des démêlés avec la justice pour avoir installé des logiciels illégaux sur ses modèles.

Ainsi, sept procureurs démocrates et républicains de plusieurs Etats ont fait appel de la décision de l'EPA, avançant que cela donnait un avantage certain à Volkswagen par rapport à d'autres entreprises du secteur, déjà très concurrentiel aux Etats-Unis. Toutefois, Volkswagen se défend de tout favoritisme rappelant que cela est dans la continuité des nombreux investissements qu'elle a déjà pu faire par le passé dans l'électrique ajoutant que les investissements en question ne répondront qu'à une part infime du marché naissant.

« Il y'a énormément d'investissements à faire dans ce domaine. Nous faisons simplement notre part et je ne pense pas qu'elle soit majeure », explique Mark McNabb, le directeur exécutif de Electrify America.

Une porte-parole du procureur de l'Etat de Rhode Island a ainsi déclaré au Wall Street Journal que « des inquiétudes existaient toujours du fait que Volkswagen allait prendre de l'avance dans ce domaine malgré des malversations par le passé ». L'EPA, l'agence gouvernementale qui a encouragé cet accord et notamment le plan d'investissement dans l'électrique devra donc être très attentive à la bonne réalisation du projet afin de rassurer les constructeurs américains.

Un marché qui peine à décoller

D'après les chiffres de l'Agence d'information sur l'énergie, seul 1% des véhicules achetés aux Etats-Unis aujourd'hui sont électriques avec des prévisions plaçant l'électrique à 6% en part de marché dans les 20 prochaines années. Une bataille féroce s'est engagée il y a quelques années entre les constructeurs automobiles outre-Atlantique pour savoir qui réussirait à s'imposer sur le marché de l'électrique. Pour le moment Tesla, Chevrolet et Nissan sont les seuls constructeurs à tenir le marché avec près de 80.000 véhicules vendus sur l'année 2016, loin devant leurs concurrents tels que BMW, Volvo ou Toyota.

Pour l'instant, le marché de l'électrique s'adresse à une clientèle plutôt haut de gamme qui a les moyens d'investir plusieurs dizaines de milliers de dollars dans un véhicule. A ces contraintes financières, s'ajoute la difficulté de trouver une station de rechargement à proximité de son lieu d'habitation. L'entreprise Tesla compte seulement 861 stations de chargement dans tous les Etats-Unis se plaçant derrière Nissan et son millier de bornes installées dans le pays. De leurs côtés, Ford et Chevrolet lancent actuellement d'ambitieux plans d'installation de nouvelles stations de recharge.

Ce plan d'investissement pourrait donc permettre à Volkswagen de prendre un peu d'avance sur les entreprises concurrentes sans pour autant installer un fossé trop important. L'enjeu sera désormais pour les constructeurs américains d'investir de façon plus conséquente dans les voitures électriques et les différentes infrastructures nécessaires à leur fonctionnement et de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs.

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