Construction : l'État se réveille sur le hors-site

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(Crédits : Thierry THOMAS)
Le gouvernement vient enfin de publier le rapport Michel-Rivaton sur la construction hors-site. Les deux experts reviennent sur les avantages de ce type de construction mais aussi sur les freins qui empêchent encore son développement en France.

Dématérialisation de l'information dans l'immobilier, production de bâtiment bas-carbone, développement de nouvelles technologies au service de la gestion de l'espace, développement des usages et services... Telles étaient les thématiques fixées par le ministre de la Ville et du Logement Julien Denormandie, et que devaient étudier l'économiste Robin Rivaton et le président de Viparis Bernard Michel... fin 2018-début 2019. Deux ans plus tard, l'actuelle ministre du Logement vient de sortir le rapport de l'étagère où il prenait la poussière.

Atteindre les objectifs de la "RE 2020"

Juste avant la présentation de la nouvelle mouture de la réglementation environnementale des bâtis neufs, dite ''RE 2020', Emmanuelle Wargon, la ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement, a convié les deux co-auteurs à échanger avec l'ensemble des parties prenantes, privées et publiques, sur les enjeux de l'industrialisation des processus et modes constructifs.

« Le fait de relier la sortie du rapport sur l'industrialisation de la construction à la RE 2020 est un excellent signal. Il ne s'agit pas d'opposer les modes constructifs, ni les matériaux mais il est certain que la technologie aidera à atteindre les objectifs ambitieux qui ont été fixés », déclare à La Tribune Robin Rivaton.

« Or, la France a pris du retard depuis quelques années dans ce secteur en comparaison avec d'autres pays comme le Royaume-Uni ou les pays d'Europe de l'Est », ajoute-t-il.

Après la préfabrication, promue par la loi sur l'évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (Elan, octobre 2018), le concept de hors-site se définit par de la préfabrication à laquelle s'ajoute une dimension industrialisée de l'assemblage sur site et sur le transport de la production au site. Par exemple, la construction de logements en bois s'opère grâce à des panneaux prédécoupés (préfabrication) par des machines en usine, qui sont ensuite montés sur le terrain les uns sur les autres (assemblage) grâce à un engin de levage.

1% du chiffre d'affaires de la construction aujourd'hui

« Ce que nous avons voulu proposer c'est de travailler autant sur l'offre que la demande. D'un côté, il faut faire connaître ces produits et technologies, faire valoir leurs avantages (rapidité, qualité) au-delà du coût facial. De l'autre, il faut donner accès aux assurances, pousser à leur interopérabilité et aider la filière à se structurer », explique Robin Rivaton.

La construction demeure d'ailleurs un secteur complètement atomisé - des TPE, des PME, des ETI, des grands groupes... - avec des marges faibles, peu d'investissements et d'innovations. Ajoutez à cela des constats partagés : une complexité grandissante dans les processus, une augmentation des coûts (le prix des matériaux...), le non-respect des délais et une baisse de la qualité.

A l'inverse, l'industrialisation de la construction permet, selon les co-auteurs du rapport, de mieux contrôler la qualité, d'abaisser les coûts de construction et de réduire les délais notamment grâce à la production et à l'assemblage en usine.

« Il ne faut pas attendre de tsunami. La construction industrialisée représente 1% du chiffre d'affaires de la construction aujourd'hui en France », prévient Robin Rivaton.

« La montée en puissance sera progressive mais en tout état de cause elle peut aider à atteindre les objectifs de performance environnementale tout en préservant la marge des groupes de construction français, en évitant l'importation de produits depuis l'étranger. On peut réindustrialiser le pays par la construction ! », s'exclame-t-il.

Transformation numérique des procédures

Pour cet économiste et son acolyte Bernard Michel, 80 à 85% des travaux pourraient être réalisés en usine contre actuellement à peine 10%. Cela permet de limiter les surcoûts liés à la malfaçon - un matériau mal placé - et de maîtriser le coût carbone - réemploi ou recyclage des matériaux -. De même que la production en usine « garantit une qualité constante » et restreint les nuisances en phase chantier : le bruit, la poussière, le va-et-vient des camions...

Cette révolution des usages ne fera pas sans transformation numérique des procédures, assurent de concert Robin Rivaton et le président de Viparis. Le développement de ce mode constructif doit se coupler à l'utilisation de maquettes numériques (BIM pour ''builiding information modeling'', ndlr).

De nombreux pays ont investi dans la construction industrialisée plus massivement que le nôtre. « Cela est parfois lié à la forme de l'habitat, par exemple la maison individuelle qui prédomine au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Les pays d'Europe de l'Est ont des usines très performantes aujourd'hui. L'Espagne s'y met également de plus en plus », témoigne Robin Rivaton.

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Interrogé en février 2019 par La Tribune sur ses attentes vis-à-vis d'un tel rapport, Julien Denormandie, alors ministre de la Ville et du Logement, reprenait le credo gouvernemental d'alors, à savoir « construire plus vite, mieux et moins cher ».  Il en espérait en effet des « propositions concrètes pour mieux se saisir des informations dématérialisées dans le champ du foncier, de l'aménagement et de la construction » ainsi que «des propositions pour favoriser les constructions à faible impact carbone en favorisant le recyclage et les matériaux bois et biosourcés ».

 « C'est encore développer de nouveaux services pour nos concitoyens afin qu'ils exploitent et maîtrisent mieux leur logement et leurs consommations d'énergie », précisait-il encore. Autant de thématiques dont s'est emparée sa successeur Emmanuelle Wargon depuis sa nomination à ce poste gouvernemental en juillet 2020.

Lire aussi : Rénovation des logements pour tous: faire simple ou compliqué ?

 Lire le rapport :

Rapport

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