Aux Pays-Bas, un méga-projet de stockage du CO2 décrié est finalement autorisé
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Le Conseil d'Etat des Pays-Bas a donné son feu vert à un méga-projet controversé de stockage de CO2 en mer du Nord, ce mercredi 16 août. Baptisé Porthos, son lancement était initialement prévu pour 2026. Il a toutefois été compromis en raison d'une action en justice menée par une organisation néerlandaise de défense de l'environnement. Celle-ci désirait obtenir l'interdiction de la construction de l'infrastructure, estimant que les travaux seraient eux-mêmes synonymes d'importantes émissions oxydes d'azote.
Selon le Conseil d'Etat, les ministres néerlandais du Climat et de l'Aménagement du territoire, Rob Jetten et Hugo de Jonge, ont « démontré sur la base de données objectives » que le projet n'affecte aucunement les huit zones Natura 2000 - un réseau européen de sites naturels - environnantes. « Le projet entraîne une augmentation temporaire et limitée des émissions », a-t-il conclu.
Le projet de captage et de stockage du dioxyde de carbone, communément appelé CCS, consiste à piéger directement le CO2 émis sur les sites industriels afin de le transporter par des conduits vers une réserve souterraine. Dans le cas du projet Porthos, le CO2 doit être conduit à l'aide de tuyaux sous-marins depuis le port de Rotterdam vers un ancien gisement de gaz dans le sous-sol de la mer du Nord déjà vidé de son contenu par une extraction antérieure.
« Le stockage souterrain du CO2 (CSC) est davantage une réaction désespérée face à la réticence du gouvernement et des électeurs à vraiment agir pour le climat qu'une estimation réaliste » de son efficacité, a ajouté MOB. Avec environ un tiers du territoire sous le niveau de la mer, les Pays-Bas sont particulièrement vulnérables au réchauffement climatique, mais également l'un des plus gros émetteurs par habitant en Europe.
En France, le chemin paraît encore bien long en comparaison. La décarbonation des 50 sites industriels français les plus émetteurs de gaz à effet de serre (engrais, ciment, acier, chimie..) nécessite d'identifier « les sites possibles d'enfouissement » du CO2 excédentaire, a indiqué le ministre de l'Industrie, Roland Lescure, fin juin. Une consultation publique sur la capture et la séquestration du carbone émis par les industriels a été lancée.
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A terme, il prévoit de réaliser des « autoroutes du carbone » pour évacuer tout ce CO2, via un axe de « carboducs » qui seront les « infrastructures du XXIe siècle » vers des ports de liquéfaction pour le transport maritime du CO2 vers des lieux de stockage, avait alors précisé le ministre.
Pour y parvenir, « il s'agira d'identifier les sites possibles d'enfouissement, d'abord dans les gisements de gaz naturel vides en mer du Nord, et plus tard pourquoi pas en France », avait-il ajouté, lançant un « appel à projet » à l'issue de la consultation « pour que les géologues puissent identifier les meilleurs options sur notre territoire ».
Le 11 août dernier, les Etats-Unis, eux, ont annoncé investir 1,2 milliard de dollars dans deux projets de captage de CO2 directement dans l'atmosphère, soit selon le gouvernement américain le plus gros investissement jamais réalisé dans cette technologie, qui vise à lutter contre le réchauffement climatique, mais reste décriée par certains experts. Cette annonce illustre l'immense pari fait par le gouvernement de Joe Biden dans cette technologie encore marginale.
Les deux projets, situés au Texas et en Louisiane, sont les premiers à cette échelle aux Etats-Unis. Ils visent à éliminer chacun un million de tonnes de CO2 par an, soit au total l'équivalent des émissions annuelles de 445.000 voitures. La capacité de chaque projet représentera 250 fois plus de CO2 que le plus gros site de captage actuellement en fonctionnement, selon le ministère américain.
L'usine la plus importante à ce jour est située en Islande, et opérée par l'entreprise suisse Climeworks, avec une capacité annuelle de captage de 4.000 tonnes de CO2 dans l'air. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), plus de 130 projets de captage de carbone dans l'atmosphère sont à des stades divers de développement et 18 sites sont déjà en activité à travers le monde.
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Le captage de dioxyde de carbone directement dans l'atmosphère fait partie des méthodes désormais considérées comme nécessaires par le Groupe international d'experts sur le climat (Giec) de l'ONU pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais cette technologie a également ses détracteurs, qui s'inquiètent qu'elle soit un prétexte pour continuer à émettre des gaz à effet de serre, plutôt que de passer plus rapidement aux énergies propres.
Selon lui, il s'agit d'un « subterfuge de l'industrie fossile », qui ne fera que « retarder » la lutte contre le changement climatique.
(Avec AFP)
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