ENTRETIEN. La tournée « Transformons la France » au cœur des régions a fait étape à Strasbourg le 5 avril. Franck Leroy, président du Conseil régional du Grand-Est, a exposé la méthode qui permet à ce territoire frontalier de faire face, avec l'Etat, à des enjeux de sobriété foncière et d'attractivité économique.LA TRIBUNE - La règle du zéro artificialisation nette (ZAN) s'impose dans toutes les régions. Quelles sont les conséquences de cette injonction dans le Grand Est ?
FRANCK LEROY- Cette règle posée par la loi climat et résilience oblige tous les territoires à se réinterroger sur l'utilisation du foncier. On a tous conscience qu'on a un grand territoire, et qu'on a eu tendance à s'étaler un peu... Le ZAN est aussi le résultat d'injonctions européennes fondées sur la biodiversité. A chaque fois qu'on consomme des sols, on réduit leur capacité de séquestration, qui est aussi importante que celle des océans et des forêts. On n'a pas le choix si on veut arriver à la neutralité carbone. Dans le Grand Est, on essaie d'avoir un coup d'avance en permanence. Notre région a connu, par son histoire, un certain nombre de traumatismes. On a cette habitude de la résilience, on sait se relever. On a donc imaginé avec les services de l'Etat une agence des transitions qui permettra d'opérer la compensation sur des territoires qui ont des friches à faire disparaître, pour implanter de nouvelles activités sans empiéter sur la nature.
A Epernay, la ville dont vous avez été le maire, vous avez été confronté à la fermeture des casernes. Dans un contexte de sobriété foncière, ces terrains militaires ont très vite été requalifiés. Quelles leçons ont été tirées de cette expérience locale ?
A Epernay, en 2002, on nous a annoncé le départ des militaires. Deux ans plus tard, les premières constructions arrivaient déjà sur ce site grâce à la coordination du travail de l'Etat et de la région. L'Etat ne nous a pas laissé tomber. Face à la crise Covid, la réaction a été la même à l'échelle du Grand Est. Plutôt que de travailler chacun dans son coin, mon prédécesseur Jean Rottner et la préfète de région Josiane Chevalier se sont vus immédiatement. Ils ont constaté que l'événement était tellement important qu'il fallait travailler différemment, aborder ensemble les problèmes. Nous avons devant nous un autre péril, celui de l'adaptation au changement climatique. On pourrait faire un bout de chemin chacun dans son coin. Mais en travaillant ensemble, c'est une habitude qu'on a prise, on va beaucoup plus vite, plus loin et on rassure l'ensemble des acteurs d'un territoire. On rassure également les investisseurs qui constatent que dans ce territoire, il n'y a pas de problèmes entre l'Etat, la région et les collectivités.