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ClimatTransitions Écologiques

Le recyclage chamboulé par le coronavirus

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 31 mars 2020 à 11:37 - Mis à jour le 31 mars 2020 à 12:23

"Des centres de tri commencent à rouvrir. La semaine prochaine, les centres ouverts représenteront 70%du total. Les déchetteries professionnelles reprennent aussi leurs activités", affirme la fédération du secteur, Federec.

"Des centres de tri commencent à rouvrir. La semaine prochaine, les centres ouverts représenteront 70%du total. Les déchetteries professionnelles reprennent aussi leurs activités", affirme la fédération du secteur, Federec.

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La fermeture d'une partie des centres de tri fait craindre une baisse de l'offre de déchets à recycler. Et la demande de matière recyclée baisse en raison de l'arrêt de nombreuses industries. Malgré cette mise au ralenti, le secteur veut croire en sa survie dans l'après-crise.
Le recyclage figurera-t-il parmi les victimes du coronavirus ? La crainte commence à se faire ressentir dans le secteur, confronté à une situation de grande incertitude. "L'organisation de notre filière industrielle est fortement impactée et nous devons faire face avec détermination et solidarité", reconnaît dans un communiqué du 27 mars Federec,

 

le syndicat professionnel du recyclage. Si 

71% des entreprises adhérentes déclarent être ouvertes et assurer une activité, les défis sont en effet nombreux. Selon les filières, la situation est plus ou moins tendue.

Un mode de fonctionnement "dégradé"

Tout comme d'autres industries, et malgré la reconnaissance par le ministère de la Transition écologique et solidaire de leur "caractère essentiel", les entreprises du secteur sont en effet confrontées à un absentéisme, entre 10 et 15%, lié à l'épidémie et au confinement (arrêt maladie des salarié.e.s infecté.e.s ou fragiles, parents absents pour protéger leurs enfants), ainsi qu'à la nécessité de revoir leur fonctionnement afin de protéger les équipes (adaptation des horaires, des aménagements physiques etc.).  Au final, 94% d'entre elles "fonctionnent en mode dégradé", recense ainsi Federec.

De plus, 40% des centres de tri, dont certains emploient beaucoup de main-d'œuvre, sont fermés notamment par décision de leurs exploitants. A Paris et en proche banlieue, un seul centre de tri sur cinq fonctionne, précise l'agence métropolitaine qui traite les déchets ménagers de la capitale et de 84 autres communes (Syctom). Même lorsqu'ils sont encore collectés séparément -afin de ne pas perturber les bonnes habitudes acquises par les citoyens, et d'éviter que les poubelles ordinaires soient trop remplies-, une partie des emballages triés sont ainsi temporairement envoyés dans des usines de valorisation énergétique, où la présence humaine est moindre.

Les déchèteries publiques sont également fermées, ainsi que 27% des déchèteries professionnelles. Dès lors, la collecte et le tri des produits textiles sont suspendus, et ceux des appareils électriques ou électroniques quasiment à l'arrêt, sauf pour ce qui concerne "les urgences des collectivités et distributeurs", explique l'éco-organisme responsable de la filière, Ecosystem.

Lire: Déchets : l'industrie s'organise pour assurer le service essentiel

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Le volume des déchets en baisse

"Le danger est que ce ralentissement du tri engendre par la suite une baisse de l'offre de matière à recycler", s'inquiète ainsi 

Paul-Antoine Lacour, délégué général de 

Copacel, le syndicat professionnel qui représente les entreprises françaises productrices de pâtes, papiers et cartons. D'autant que, depuis le début du confinement, le volume global des déchets ménagers collectés a baissé d'environ 25% -voire de 35% à Paris-, en raison de la fermeture des commerces et restaurants, de l'arrêt des marchés, de la disparition des touristes...

Un phénomène qui, selon le Syctom, devrait se poursuivre voire s'accentuer, malgré la hausse des ventes de produits d'hygiène et de première nécessité, pour la plupart emballés, qui ont d'ailleurs déjà commencé à se tasser. "L'e-commerce, en forte croissance, ne représente pour sa part que 5% du marché français de l'emballage en carton ondulé", note Jean-Christophe Bugeon, PDG producteur d'emballage papiers Smurfit Kappa France. Son impact sur les volumes de déchets devrait donc rester limité. Sans compter que la baisse de l'activité voire la fermeture de nombreuses entreprises implique aussi la réduction de leurs déchets, normalement triés par des opérateurs privés, puis recyclés.

Des réouvertures en vue

Jean-Luc Petithuguenin, président de Federec, et à la tête du groupe de collecte et recyclage Paprec, relativise toutefois ce danger du côté de l'offre de matière à recycler. "Des centres de tri commencent à rouvrir. La semaine prochaine, les centres ouverts représenteront 70%du total. Les déchetteries professionnelles reprennent aussi leurs activités", affirme-t-il.

"Dans le secteur du recyclage du papier notamment, l'offre de papier à recycler excède aujourd'hui de 2 millions de tonnes les besoins des papeteries françaises. Même en cas de forte baisse, il n'y a donc aucune inquiétude à avoir en termes d'approvisionnement", rassure-t-il, tout en incitant à "continuer de collecterles déchets des industries qui produisent toujours: l'agriculture, l'agroalimentaire, la distribution etc.""Les grands distributeurs nous disent: ne nous lâchez pas", insiste Jean-Luc Petithuguenin.

"Pour l'instant, nous ne rencontrons pas de problème d'approvisionnement: la boucle fonctionne correctement. Il y a suffisamment de matière en circuit en France", confirme Smurfit Kappa France, dont 85% des emballages sont fabriqués à partir de papier à recycler.

Le recyclage des métaux en berne

Mais dans certaines filières, d'importantes difficultés surgissent aussi du côté de la demande de matière recyclée. Avec le risque d'une crise économique durable, ce sont d'ailleurs elles qui craignent le plus la perte d'activité. Ainsi, dans certaines entreprises du recyclage, la baisse d'activité, de 50% en moyenne, a pu atteindre 90%, reconnaît Federec. Déjà pénalisé par la fermeture des déchetteries professionnelles, le recyclage du métal est particulièrement affecté. Le groupe de valorisation de déchets Pizzorno fait notamment état d'un "fort ralentissement de la demande dans le segment plomb", en particulier dans l'industrie automobile, qui lui a imposé d'arrêter la production dans des filiales françaises et allemandes. "Les premiers signes d'un ralentissement de la demande" sont aussi visibles pour d'autres métaux, constate le groupe.

Mais le plastique recyclé -plus souvent utilisé par des industries aujourd'hui à l'arrêt, comme celle de l'automobile, que par celle de l'emballage- fait aussi l'objet d'un "fort repli de la demande de ses clients", déplore Pizzorno. Sans compter qu'une autre menace guette à moyen et long terme cette matière : la baisse des prix du pétrole, qui risque de rendre le plastique recyclé trop peu concurrentiel face à celui vierge.

Lire: Recycler davantage le plastique, une promesse semée d'embûches

Au final, l'insécurité prime dans toutes les filières, y compris celles actuellement plutôt soutenues par la demande :

"Jusqu'à présent notre niveau d'activités a pu se maintenir. L'ensemble de l'industrie européenne de l'emballage papier fonctionne. Mais nous avons aussi des incertitudes sur l'avenir", reconnaît Jean-Christophe Bugeon.

30% des effectifs au chômage technique

"Certaines industries pourront toutefois repartir. Dès que les carnets de commandes seront de nouveau remplis, les recycleurs se remettront aussi en activité", estime toutefois le PDG deSmurfitKappa France.

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Si 74% des entreprises adhérentes à Federec ont recouru au chômage technique, celui-ci ne concerne globalement que 30% des effectifs, rassure en outre la fédération. Et quant au risque que la crise remette en cause les engagements environnementaux des fabricants de biens, notamment la promesse d'utiliser davantage de matière recyclée, Jean-Luc Petithuguenin se montre optimiste :

"L'écologie va peut-être être une préoccupation secondaire pendant quelques semaines ou mois. Mais sur le long terme, elle va plutôt ressortir renforcée de cette crise", est-il convaincu.

Giulietta Gamberini

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