Règles environnementales RE2020, crise d’approvisionnement, guerre en Ukraine : le cocktail qui fait grimper le prix des logements neufs

Confrontée à des problèmes d'approvisionnement en matériaux de construction depuis la reprise post-Covid, la filière immobilière doit appliquer depuis le 1er janvier 2022 une nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs baptisée "RE2020". Bien qu'au cœur du plan de résilience économique et sociale présentée ce 16 mars par le Premier ministre Jean Castex, cette norme occasionne déjà un surcoût « immédiat » à un, voire deux chiffres. Explications.
César Armand

8 mn

Julien Denormandie, désormais chargé de l'Agriculture et la secrétaire d'Etat à la Biodiversité Bérengère Abba ont présenté, aussi ce 16 mars, leur feuille de route pour la filière bois. Il y a notamment été question de « lever les verrous techniques » pour utiliser le bois des feuillus (chêne, charme, bouleau, châtaigner) dans la construction de nouveaux bâtiments.
Julien Denormandie, désormais chargé de l'Agriculture et la secrétaire d'Etat à la Biodiversité Bérengère Abba ont présenté, aussi ce 16 mars, leur feuille de route pour la filière bois. Il y a notamment été question de « lever les verrous techniques » pour utiliser le bois des feuillus (chêne, charme, bouleau, châtaigner) dans la construction de nouveaux bâtiments. (Crédits : Reuters)

C'est une réglementation qui aurait dû s'appliquer dès le 1er janvier 2021 avant d'être reportée, du fait de la crise sanitaire, au 1er juillet 2021 et qui est finalement entrée en vigueur le 1er janvier 2022. Un cadre environnemental baptisé « RE2020 » pensé pour « donner la primauté à la sobriété énergétique et à la décarbonation » et « adapter [les bâtiments neufs] aux vagues de chaleur ».

La RE2020 « encouragera le recours aux matériaux biosourcés, géosourcés et aux matériaux plus usuels comme la brique et le béton qui se seront décarbonés ainsi que l'introduction de davantage de mixité de matériaux », précisait, en octobre dernier, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili.

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Sauf que pas plus tard que le 11 mars dernier, la Fédération française du bâtiment, sondée par le gouvernement depuis juin 2021 sur les difficultés d'approvisionnement en matériaux de construction, a, de nouveau, tiré la sonnette d'alarme. « La guerre en Ukraine renforce dramatiquement les risques de pénuries et d'inflation de l'ensemble des coûts de production », a communiqué la FFB.

Au cœur du plan de résilience économique et sociale

S'ils n'ont pas été entendus sur une baisse du taux de TVA sur les carburants et un gel des prix de l'énergie et des carburants, les professionnels du BTP viennent d'être écoutés sur la théorie de l'imprévision pour les marchés publics. Lors de sa présentation du plan de résilience économique et sociale ce 16 mars, le Premier ministre a demandé aux « acteurs publics » de ne pas appliquer les pénalités de retard « lorsque ce dernier est justifié par la prolongation d'un délai de livraison de la part d'un fournisseur à cause de la crise ».

« L'inflation post-Covid et la crise russo-ukrainienne actuelle ne font que renforcer des tendances lourdes » considère Nordine Hachemi, le PDG de Kaufman & Broad, qui assure que tous les permis de construire déposés aujourd'hui respectent la RE2020.

« Le bois est une solution mais pas la solution unique. Il existe d'autres matériaux dont l'utilisation réduit l'émission de gaz à effet. Sans oublier le réemploi des matériaux », ajoute-t-il.

Depuis les concertations sur la RE2020, le bois reste en effet le matériau le plus cité par le gouvernement. Représentante du candidat Macron à un débat le 9 mars, la ministre du Logement l'a encore évoqué, rappelant que la réglementation environnementale constitue un « cadre commun et prévisible »; Emmanuelle Wargon promettant de mettre l'accent sur l'approvisionnement des matériaux, la souveraineté stratégique et la création de filières.

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Le bois reste une pièce maîtresse

Elle ne croyait pas si bien dire. Son prédécesseur au ministère du Logement, Julien Denormandie, désormais chargé de l'Agriculture et la secrétaire d'Etat à la Biodiversité Bérangère  Abba ont présenté, aussi ce 16 mars, leur feuille de route pour la filière bois. Il y a notamment été question de « lever les verrous techniques » pour utiliser le bois des feuillus (chêne, charme, bouleau, châtaignier) dans la construction de nouveaux bâtiments.

« La crise des matériaux nous impacte tous. Fin 2021, La guerre commerciale Canada-Etats-Unis a fait que ces derniers sont venus chercher du bois en Europe et s'approvisionner en France. Ce qui renforcé la déstabilisation d'un marché déjà fragile », met en garde Valérie Flicoteaux, vice-présidente du Conseil national de l'ordre des architectes.

« La création de filières passera par les industriels. Le cas échéant, il faudra du temps pour que celles-ci se structurent », prévient Patrice Pichet, Pdg du groupe éponyme.

Dans cette famille des feuillus, les hêtres représentent 10% de la forêt française et constituent la première ressource avec le chêne, suivis par les peupliers. Côté résineux, le douglas, le pin et l'épicéa font l'affaire. Une « expertise » déjà développée par NGE Bâtiment grâce à sa filiale Menuiserie Cardinal aux dires de son directeur général.

« Nous utilisons les bétons bas-carbone et la construction bois sur la plupart de nos chantiers, par exemple sur le chantier du Trieux pour la Rance à Saint-Malo pour lequel nous rénovons et agrandissons des logements avec l'utilisation exclusive de structure bois », poursuit Alain Tayar.

« En revanche, il faut être réaliste et conscient que la RE2020 conjuguée à une hausse mondiale du coût des matériaux, initiée par le Covid, renforcé par le conflit actuel, pourrait avoir deux conséquences : une hausse des prix du logement et un allongement des délais de livraison pour les clients », estime-t-il encore.

Un surcoût « immédiat » à un, voire deux chiffres

Deux mois et demi après sa mise en œuvre, la nouvelle norme occasionne déjà une inflation des coûts. « Il est à attendre une très forte hausse des prix de vente, en raison de l'inflation des coûts des matériaux et des surcoûts constructifs liés à la RE2020 », prédit Gabriel Franc, directeur général du groupe Franc Architecture.

Entre l'approvisionnement, le transport logistique et la rareté de la main d'œuvre, le surcoût « immédiat » est de 5 à 10%, assure, de son côté, Jacques Ehrmann, directeur général d'Altarea, Avant de demander à « figer l'environnement législatif et réglementaire ». Selon les calculs de son confrère Patrice Pichet, cet excès est de l'ordre de 50 à 100 euros hors taxe selon le projet, soit entre 75 et 150 euros toutes taxes comprises pour l'acheteur final entre la TVA, l'assurance, etc...

« A terme, cela engendre des économies et des protections très intéressantes », nuance aussitôt le PDG du groupe Pichet.

«  La guerre ne doit infléchir en rien la RE2020, il est indispensable de respecter son déploiement progressif pour que les acteurs soient au rendez-vous de notre défi climatique. Collectivement nous nous devons de réussir », appuie Emmanuel Launiau, président de Quartus.

« Le bon matériau au bon endroit »

A contrario, Virginia Bernoux, future présidente du directoire d'Ogic se déclare « confiante sur l'anticipation des conséquences de la guerre » tout en restant « attentive aux difficultés d'approvisionnement qui pourraient ponctuellement nous faire rencontrer des aléas ». Elle affirme privilégier « le bon matériau au bon endroit », ne serait-ce que pour anticiper les coûts.

« Nous anticipons d'ores et déjà une hausse des coûts travaux sur ces opérations, hausses liées non seulement à la flambée du coût des matériaux mais aussi aux exigences intrinsèques supplémentaires de la RE2020 par rapport à la RT2012 [précédente réglementation thermique, Ndlr]. Nous essayons de limiter au maximum ces hausses en optimisant la conception bioclimatique de nos bâtiments », dit encore Virginie Leroy, directrice générale Immobilier résidentiel et des régions de VINCI Immobilier.

D'autres encore investissent dans des outils de production locaux. Le groupe LP Promotion a procédé à une prise de participation minoritaire au capital de l'entreprise Brique Technic Concept autoproclamée leader français de la fabrication de brique en terre compressée«Nous entrons de plain-pied dans le paysage de la construction éco-responsable. Elle amorce un rapprochement nécessaire avec les grands acteurs de la construction, principaux vecteurs d'une transition désormais inévitable », explique Pierre Aoun, son directeur général.

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Commentaire 1
à écrit le 17/03/2022 à 7:59
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En êtes vous sûr ? La bulle immobilière ne semble avoir aucune réelle raison d'augmenter tout le temps si ce n'est la seule volonté de ceux qui possèdent et détruisent le monde en ronflant, le prix de l’immobilier après deux ans de crise et en pleine...

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