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Cinq ans après, « Jojo le gilet jaune » passe à l'électrique

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 18 novembre 2023 à 07:00

Photo d'illustration

Photo d'illustration

Francois Lenoir

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. Cinq ans après, la crise des Gilets jaunes continue de peser sur la politique sociale. Alors que les prix des carburants n'ont jamais été aussi élevés, la grande bascule vers l'électrique pourrait être une solution sauf si les investissements d'EDF dans le nucléaire font flamber les prix. Jamais aussi le Trésor français n'aura autant à emprunter sur les marchés financiers, dans un contexte de tension sur les taux d'intérêt. Pour Emmanuel Macron, c'est l'heure de vérité budgétaire, mais pas encore celle de la rigueur, la vraie. Reste à trouver un ou une candidate...

... ur l'incarner et en éprouver l'impopularité à sa place...

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En ce mois de novembre 2023 pluvieux, les anniversaires s'entrecroisent et pimentent l'actualité. Cinq ans, c'était le 17 novembre 2018, le début de la révolte des Gilets Jaunes, qui a marqué un premier tournant politique lors du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. Un an, c'était le 30 novembre 2022, l'apparition dans l'espace public mondial de ChatGPT, l'intelligence artificielle générative qui a démocratisé de façon exponentielle l'usage de cette technologie. Huit ans, enfin, c'est l'anniversaire de la signature de l'accord de Paris sur le climat, lors de la COP21. A se remémorer à l'approche le 30 novembre prochain (le jour anniversaire de ChatGPT...) de la COP28 à Dubaï. La capitale des Emirats Arabes Unis qui vient d'accueillir le Dubaï AirShow, le Salon du Bourget local, avec une pluie de commandes d'avions. Drôle de paradoxe avant d'accueillir une conférence climat dont on n'attend rien de nouveau sous le soleil de la lutte contre le réchauffement climatique. Sinon qu'il a fait cette semaine 58°C à Rio de Janeiro...

Cinq ans après sa première manifestation, « Jojo le gilet jaune », comme l'avait aimablement qualifié dans un premier temps Emmanuel Macron, est rentré chez lui. La hausse de la taxe carbone, décidée sous les quinquennats précédents pour remplir les poches de l'Etat en faisant celle des automobilistes de la « France périphérique », a été suspendue. Mais le prix des carburants lui est encore plus élevé, crise énergétique oblige. La guerre entre la Russie et l'Ukraine et le retour de l'inflation ont imposé une nouvelle taxe carbone, mondiale, aux énergies fossiles, sans provoquer encore de nouvelle révolte sociale. Il faut dire que les Etats, la France en particulier, ont mis la main à la poche, en 2022, pour tenter d'atténuer la facture des ménages et des entreprises. Mais ce bouclier énergétique a fait son temps et en 2024, cela en sera fini des coûteuses mesures de soutien budgétaire qui ont permis de compenser la hausse du prix de l'énergie. Sauf pour les quelques millions d'automobilistes aux revenus modestes éligibles au chèque carburant de 100 euros que le gouvernement a dû concéder à sa majorité encore une fois en 2024. Sans doute la dernière...

La solution, pour « Jojo le gilet jaune » sera de passer à la voiture électrique grâce au leasing social à 100 euros par mois, promesse de campagne du candidat Macron qui vient d'être enfin lancée. Cela tombe bien car les premières « bagnoles » électriques françaises à moins de 20.000 euros, primes d'Etat incluses, arrivent enfin sur le marché. Citroen, Stellantis, Renault avec sa nouvelle entité Ampère et sa nouvelle Twingo, tous nos constructeurs se battent pour résister à la guerre des prix que se préparent à lancer les constructeurs chinois et Tesla. Mais hélas pour Jojo, à défaut de la taxe carbone, c'est l'électricité nucléaire ou renouvelable avec laquelle il rechargera sa toute nouvelle voiture électrique qu'il va falloir payer. Or, il n'est pas certain que l'accord enfin conclu entre EDF et l'Etat lui soit favorable.

C'est qu'il faut bien investir pour construire les nouvelles capacités de production et de transport d'électricité demain. Avec une demande électrique en hausse d'un tiers à l'horizon de la prochaine décennie, avec un parc automobile que l'on veut électrifier massivement et la bascule du chauffage vers les pompes à chaleur, il est à craindre que les gilets jaunes de l'électrique succèderont à ceux du diesel, si la facture augmente trop vite ou trop fort. Une chose est sûre : si quelqu'un a compris comment vont évoluer demain les prix de l'électricité au terme de l'accord conclu entre Luc Rémont et Bruno Le Maire, qu'il écrive à la rédaction... Pour l'heure, comme le racontent nos spécialistes, c'est une sacrée usine... à gaz. Dont l'entreprise EDF devrait sortir gagnante.

Les Gilets Jaunes, c'était aussi la prise de conscience de la montée de la pauvreté en France, notamment dans les banlieues et les zones rurales, là où personne ne peut se passer de sa voiture faute d'alternatives de transports publics. Une pauvreté qui, tout comme la dette publique passée de 80% à 111% du PIB, est le point noir du bilan d'Emmanuel Macron. Le rapport du Secours catholique l'a montré cette semaine avec une hausse d'environ 600.000 du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté entre 2016 et 2021. La crise du Covid a sans aucun doute aggravé les choses et le retour de l'inflation, même atténué par les aides publiques, n'a pu qu'amplifier le phénomène en 2022 et 2023. Face à des politiques publiques qui coûtent « un pognon de dingue » et n'ont pas l'air efficaces, Emmanuel Macron avait tout misé sur le retour au plein emploi. Las, la machine à créer des jobs est en train de se gripper, comme le montre la remontée du taux de chômage. Et la tendance à venir n'est pas bonne, rendant inopérante la nouvelle convention Unedic pour encourager les chômeurs à revenir vers l'emploi. Quand le temps se gâte, l'heure n'est pas aux mesures contra-cycliques, et c'est toute la stratégie économique actuelle qui risque de prendre l'eau, à l'image des inondations du Nord de la France.

Du coup, c'est un peu la panique au sommet de l'Etat. Le cap vertueux d'une économie française en route vers le plein emploi et rétablissant ainsi mécaniquement par les recettes fiscales et sociales générées ses comptes publics n'est plus très crédible. D'où la grande nervosité qui règne à Bercy alors que l'on attend le 1er décembre le nouveau verdict de l'agence de notation américaine Standard & Poor's. C'est que jamais le Trésor français n'aura autant à emprunter que l'an prochain, avec un programme d'émission de dettes à l'italienne : 285 milliards d'euros, à des taux d'intérêt qui s'approchent des 3,5% voire des 4%. Avec des taux d'emprunt désormais supérieurs à la croissance nominale, la France bascule dans une nouvelle normalité économique dans la pire des situations, avec un déficit primaire (hors intérêts de la dette) de l'ordre de 3,5% du PIB. 

L'heure de vérité approche et Bruno Le Maire est un peu seul à le voir et à le dire... Sans être entendu visiblement. Pour échapper à la censure lors du dernier 49.3 sur la partie dépense du budget, l'exécutif a dû concéder au PS et au parti Liot 200 millions de dépenses supplémentaires, via un nouvel élargissement du chèque carburant et une prime de Noël exceptionnelle pour les familles monoparentales. Des mesures justifiées par la montée de la pauvreté mais qui montre un gouvernement aux abois et prisonnier des chantages budgétaires de sa majorité. Jojo le gilet jaune se manifeste moins, mais il est toujours bien présent dans les esprits... La probable prolongation en 2024 de la possibilité de payer ses courses même non immédiatement consommables en tickets-restaurant (au grand dam de l'Umih le syndicat du secteur) participe de la même logique.

Le gouvernement louvoie mais peine à tracer un cap clair. Pas question de parler de rigueur et puis, les économistes reconnaissent qu'une politique d'austérité serait contre-productive, comme l'a montré l'expérience de la crise de 2008. Mais on vit probablement le tournant du deuxième quinquennat avec une pression de plus en plus vive pour imposer une cure d'économies dans les ministères. Seul problème, tout le monde, à commencer par Emmanuel Macron lui-même, s'est habitué à vivre à crédit. En 2018, il a éteint la crise des Gilets jaunes en mettant 15 milliards d'euros sur la table. Avec la crise du Covid, le quoi qu'il en coûte, certes rendu inévitable par les confinements, est devenu une drogue dure dont l'exécutif, mais aussi ses bénéficiaires, ont eu le plus grand mal à se passer. L'inflation a ajouté une troisième lame à ce choc de dépenses publiques. Comme toutes les addictions, il est devenu de plus en plus difficile de s'en passer et pourtant, on pressent bien que le temps est venu pour des mesures difficiles.

Le budget 2024 en porte la trace, avec la fin du bouclier sur les prix de l'électricité et quelques hausses d'impôt ou de charges plus ou moins déguisées, comme la taxe sur les infrastructures de transport polluantes, abusivement présentée comme une taxe verte mais qui sera répercutée sur les usagers des autoroutes. Ce n'est que le début et pour le pouvoir, ce virage va être parmi les plus délicats de tous ceux qu'il a eu à négocier. C'est qu'il n'est pas aisé, quand on est déjà pas très populaire, de prendre des mesures qui ne le sont pas du tout. Le patronat est le premier à l'avoir compris et même si on lui jure la main sur le coeur que ce n'est pas la fin de la politique de l'offre, la réalité est bien que les entreprises passeront d'une façon ou d'une autre à la caisse, par de moindres exonérations de charges, voire par des hausses d'impôts.

Jean Pisani-Ferry, l'économiste qui a conçu le programme de Macron, l'a très bien dit dans un récent tweet rappelant une magnifique citation de Keynes : « quand les faits changent, je change d'avis. Que faites vous Monsieur ? »... Une invitation à réfléchir qui devrait interpeller toute la classe politique. A commencer par le président de la République, qui chercherait une personnalité capable d'endosser et d'incarner ce tournant de la rigueur, tout en poursuivant le cap des réformes... à la place d'Elisabeth Borne à Matignon. Des candidats ou candidates ?

Philippe Mabille

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