Docteur Le Maire et Mister Marx

VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. Un "marxiste" à Bercy, vraiment ? Macron, qui fait de Marseille un "laboratoire" pour sauver la France en s'inspirant de Jean-Louis Borloo. Et sauver la planète au Davos de la biodiversité qui va animer la cité phocéenne pendant trois jours. Et autres articles de la semaine écoulée.
Philippe Mabille

9 mn

(Crédits : WOLFGANG RATTAY)

« Il » l'a vraiment dit, devant moult journalistes : « Je préfère Marx à Houellebecq. Il faut retrouver de la puissance industrielle. C'est l'angle mort de toutes les politiques économiques françaises ». Accusé Bruno Le Maire, levez-vous ! On aurait donc un ministre de l'économie et des finances marxiste et on ne nous aurait rien dit... Rassurez-vous, il ne s'agit pas de Groucho (Marx) et le sujet est sérieux. Grégoire Normand, notre Bercy watcher était présent à ce déjeuner de presse et il recontextualise pour les non-initiés : par cette petite phrase, Bruno Le Maire ne fait qu'enfourcher le cheval de la réindustrialisation de la France. Ouf ! Rien de bien nouveau et inutile d'invoquer Marx pour constater avec le patron de Bercy que la désindustrialisation du pays se mesure en milliards d'euros de déficits de notre balance commerciale.

Mais alors, pourquoi Marx vs Houellebecq ? Que répondre à ceux qui évoquent une mutation ayant fait de Bruno Le Maire un "Che Guevara" à Bercy ? Un jour, le ministre bloque le rachat de Carrefour par un milliardaire québécois au nom de l'indépendance alimentaire nationale (le Covid a parfois bon dos), au grand dam d'un autre milliardaire, Bernard Arnault qui vient de jeter l'éponge en soldant à perte son très mauvais investissement dans le leader français des hypers ; un autre jour (en fait presque tous les jours...), il enjoint le patronat d'augmenter les salaires, comprendre les bas salaires, s'attirant quelques piques... du genre : "de quoi il se mêle Bruno Le Marx", "l'Etat n'a qu'à donner l'exemple en payant mieux ses sous-traitants", lui renvoie un peu agacé le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

Difficile à suivre, la ligne politique de Bruno Le Maire ? Le ministre qui a réalisé la performance inédite d'un quinquennat à Bercy, soit la plus grande longévité pour les Finances, joue une partition sans doute concertée avec l'Elysée. Face à la droitisation du parti présidentielle, il faut adresser à l'opinion des signaux de gauche. Emmanuel Macron retrouve en cette rentrée les accents du « en même temps ». Un coup à droite avec un plan pour renforcer la sécurité à Marseille, où le président a passé trois jours.

Emmanuel Macron qui après avoir dit pour enterrer le plan Borloo sur les banlieues que « deux mâles blancs en costume » n'étaient pas les mieux placés pour résoudre les problèmes des quartiers reprend les conclusions du bouillant ministre de la ville avec un mini-plan Borloo pour la deuxième ville de France, relève César Armand. Sauver Marseille, c'est un laboratoire pour sauver la France et un début de programme pour 2022...

Un coup à gauche avec un ministre des finances qui parle sans cesse salaire et pouvoir d'achat aux Français, pour faire oublier sans doute la fin du quoi qu'il en coûte. Reste que pour augmenter les salaires, encore faudrait-il que les entreprises puissent le faire. Pour beaucoup de secteurs encore en tension, la transition qui s'ouvre va être compliquée, avec le casse-tête de la fin programmée des subventions de l'Etat.

A défaut de marxisme, le cœur de Bercy serait-il devenu écolo ? Dans un entretien, la ministre de l'Economie sociale et solidaire, plaide pour un capitalisme plus responsable et plus durable. Anticapitaliste, Olivia Grégoire ? Lors d'une conférence sur l'économie de demain, elle invite en tout cas à changer de modèle économique.

Comment s'y retrouver avec une ligne politique ainsi tirée à hue et à dia ? Même les historiques soutiens d'En Marche y perdent leur latin, raconte Marc Endeweld dans sa chronique Politiscope. Pas facile d'être un « progressiste » en macronie par les temps qui courent. Certains, tel Gilles Savary ou Gérard Collomb, l'ex maire de Lyon, prennent leurs distances pour tenter d'infléchir le centre de gravité de LREM... vers la gauche. Et ceux, ministres comme Olivier Dussopt, Emmanuelle Wargon, mais aussi Florence Parly ou Elisabeth Borne, qui, tiraillés entre leur loyauté au président et leur désir de peser dans le rapport de force, peinent à faire exister ce qui reste du courant "social-démocrate".

Et si la « ligne verte » était la bonne lecture de la future campagne d'Emmanuel Macron. A l'approche de la primaire EELV, l'écologie est en tout cas au cœur des arbitrages du gouvernement alors que le président de la République participe à Marseille au grand congrès mondial de la nature. Marine Godelier sera à l'UICN pour La Tribune et raconte les enjeux de cette conférence internationale, une sorte de Davos de la biodiversité, un nouveau défi de taille pour les entreprises, qui y seront très présentes notamment le secteur de la fast-fashion, en accusation.

Autre enjeu de taille, la pollution plastique en mer, sera au programme de l'UICN, explique Maëva Gardet-Pizzo, qui a interrogé François Galgani, océanographe au sein de l'Ifremer (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer basé à la Seyne-sur-mer), en appelle à l'innovation en matière de recyclage.
 
Côté climat, la France met le paquet sur les énergies renouvelables. A Saint-Nazaire, le Premier ministre a annoncé un projet d'investissement de 25 milliards d'euros sur cinq ans pour doter la France de nouvelles capacités éoliennes et solaires, pour produire à terme l'équivalent de 10% de notre consommation d'électricité. Un plan à faire revenir Nicolas Hulot .. à ceci près que dans le détail, on constate une grande réserve, pour ne pas dire plus, du chef du gouvernement à l'égard de l'éolien terrestre. Le « Not in my backyard » semble peser de plus en plus sur la volonté politique et même l'éolien en mer est incertain, explique Juliette Raynal.
 
Pour compenser les émissions de CO2, Barbara Pompili ressort une vieille idée, controversée chez les écolos : le label bas-carbone. Marine Godelier explique pourquoi le ministère de la Transition écologique entend « redynamiser » cet outil de certification de projets locaux vertueux pour le climat créé en 2018. En mettant en avant des actions locales de séquestration du CO2, il permet à des acteurs notamment privés de les financer, en échange d'une attestation de baisse de leurs propres émissions. Mais le mécanisme, qui se base sur le principe de compensation carbone, fait l'objet de vives critiques.

Si jamais vous mourrez d'un cancer lié à une intoxication au plomb, peut-être est-ce parce que vous avez trop longtemps roulé avec de l'essence ... à plomb. Celle-ci a heureusement disparu de nos pays occidentaux, mais, rappelle Robert Jules, elle ne vient d'être interdite dans le reste du monde que depuis juillet dernier ! Selon les estimations données par le PNUE, l'interdiction du carburant au plomb permettra de sauver chaque année plus de 1,2 million de vies tout en aidant l'économie mondiale à éviter 2.400 milliards de dollars en dépenses de santé et autres coûts.

Place à la voiture propre, donc électrique. Dans un entretien exclusif avec Nabil Bourassi, en partance pour le salon auto de Munich, Jean-Philippe Imparato, le directeur général d'Alfa Romeo dévoile à La Tribune les premiers chantiers mis en œuvre pour redresser la marque italienne premium avec de nouveaux modèles électriques pour faire revenir les fans.

Pourra-t-on à l'avenir tout payer en bitcoin ? Pour tenter de comprendre les adeptes de cette utopie moderne et libertarienne, Jeanne Dussueil a participé à "Surfin Bitcoin", où s'est réunie il y a une semaine au Casino de Biarritz le gotha de la communauté française de la plus célèbre des cryptomonnaies pour chanter les louanges du précieux actif, leur "or numérique" sur lequel ils investissent en ligne.

Guillaume Renouard, notre correspondant dans la Silicon Valley, vous invite à redécouvrir Microsoft, le M de GAFAM, alors que le géant de l'informatique vient d'afficher le trimestre le plus profitable de son histoire. Alors que tout le monde tape sur Google, Amazon, Facebook, ou Apple, notamment pour leurs stratégies d'évitement fiscal, et si Microsoft était redevenu « cool » grâce à son CEO Satya Nadella ?

On sait que les réseaux sociaux si critiqués ne sont que le miroir de nos sociétés et de leurs défauts. Sylvain Rolland commente les résultats d'une étude d'une université danoise, publiée dans l'American Society Review, qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Ses auteurs se sont demandés pourquoi le débat politique en ligne est plus hostile et toxique que les débats "IRL" (in real life). Leur conclusion : contrairement à l'idée reçue, Internet ne réveille pas les bas instincts des citoyens et ne transforme pas des personnes saines et mesurées en trolls agressifs. Selon eux, le web offre simplement un mégaphone d'une ampleur inédite aux personnes agressives et promptes à la polémique dans la vraie vie, pour leur permettre de se faire entendre. Une lecture qu'il juge simpliste car elle ignore la responsabilité des plateformes sociales comme Facebook, Twitter et Google dans la propagation des contenus polémiques et leur corollaire, les fake news. Car dans cette économie de l'attention devenue économie de l'émotion, il est de plus en plus difficile de rétablir la vérité des faits face aux fausses informations.

Pour mieux comprendre cette dictature de l'émotion devenue le pouls du monde moderne, Denis Lafay dans sa chronique met en lien quelques faits de la rentrée cinéma et littéraire. Selon lui, les films France et Les 2 Alfred, la série Un entretien -, les travaux du sociologue Pierre Rosanvallon (Les épreuves de la vie, comprendre autrement les Français, Seuil), les réflexions de Mathieu Souquière et de Damien Fleurot (2022, la flambée populiste, Plon - Fondation Jean-Jaurès) mettent en scène l'émotion et l'instrumentalisation dont elle est l'otage. Ainsi prisonnière, elle devient même un danger pour la démocratie. Il faut protéger, sanctuariser et sauver l'émotion. Mais est-ce encore possible ?


Philippe Mabille

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Commentaires 2
à écrit le 04/09/2021 à 9:42
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Pour amuser la galerie, il faut des clowns et il vont a minima par 2.

à écrit le 04/09/2021 à 9:41
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Il a aussi dit qu'il fallait augmenter les salaires puis quelques heures après ceux qui détruisent le monde en ronflant lui ont dit de la fermer.

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