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Dijon Métropole élargit son champ d’action et repense l’alimentation de demain

Géraldine Heignan

Publié le 22 février 2020 à 06:55 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:50

H322 LT2 Domaine de la Cras

Le domaine de la Cras : 160 hectares de céréales et 10 hectares de vigne destinés à être transformés en zone agricole durable.

Grand Dijon

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Alors qu’à Paris s’ouvre le Salon de l’agriculture, à Dijon, pendant ce temps, des entreprises s’activent pour repenser entièrement un système agricole arrivé à bout de souffle. Travaillant main dans la main avec les collectivités locales, le monde paysan et la recherche, elles sont bien déterminées à renverser la table.

En cet hiver 2020, l'urgence de repenser notre modèle agricole se ressent, se voit, s'écrit partout. Pas une semaine sans que l'impact de l'agriculture intensive et de l'industrialisation à marche forcée de notre système alimentaire, toutes deux héritées de l'après-guerre, ne vienne saturer nos écrans. Quand ce n'est pas l'impuissance de l'État à sortir le monde paysan de sa dépendance aux pesticides, ce sont les zones de non-traitement entre cultures et habitations qui font polémique. Sans parler de la controverse autour de l'ajout de nitrites dans les charcuteries, soupçonnés de favoriser le développement de certains cancers.

Le système actuel est à bout de souffle, plus personne ne le conteste. Philippe Lemanceau directeur de recherche à l'Inra ( Institut national de la recherche agronomique), est bien placé pour le savoir. Son domaine de travail, c'est l'écologie microbienne du sol. Un poste privilégié pour constater la lente destruction de nos écosystèmes. Il y a quelques années, à l'occasion d'un déplacement au ministère de l'Agriculture, il entend un conseiller de Stéphane Le Foll glisser à ses équipes : « Vous devriez postuler pour devenir "Territoire d'innovation de grande ambition" [Tiga, devenu entre-temps "Programme d'investissement d'avenir" - Pia]. » Rien n'est jamais facile en matière de prospective. Mais après dix mois de réunions, Dijon Métropole est officiellement retenu pour redessiner, par-delà les polémiques et les débats d'experts, les contours de ce que pourrait être un système alimentaire durable, performant et accessible à tous.

Changer de paradigme

Au diable les controverses, les dogmes, et autres tabous  : l'équipe part sans le moindre a priori, mais avec la ferme ambition de changer de paradigme. La transition de nos systèmes alimentaires impose en effet de modifier radicalement les pratiques agricoles. « On a choisi d'expérimenter une grande diversité de choix agronomiques parmi ceux que nous offre l'agroécologie, pour en analyser ensuite les performances agricoles, environnementales, économiques et sociales », raconte Philippe Lemanceau, nommé directeur scientifique du projet. Tout sera quantifié avec des indicateurs objectifs, dans une approche systémique, de la production à la transformation, de la distribution aux consommateurs. Autrement dit de la fourche à la fourchette.

Oublié, le travail en silo, où chacun œuvre dans son coin. Dotée d'un budget de 46 millions d'euros, la quête d'une alimentation durable à l'échelle du territoire occupe à la fois des entreprises privées (groupe Seb, Orange, Dijon Céréales, toute une pépinière de start-up de la foodtech, etc.), des acteurs académiques (Inra, Agrosup, l'université de Bourgogne, etc.), des associations, le pôle de compétitivité Vitagora, la métropole et la région. Alors qu'un agriculteur sur deux partira à la retraite d'ici 2026, la Métropole a préempté des terres destinées à l'urbanisation pour les transformer en zones agricoles durables. C'est le cas notamment de la ferme du domaine de la Cras, un plateau calcaire de 160 hectares de céréales et 10 hectares de vigne. « C'est un symbole fort car, à l'origine, le terrain était  destiné à loger plus de 10.000  habitants », se félicite Benoît Bordat, conseiller municipal (Cap21). Dans leur réflexion, certains n'excluent pas de remettre en question la manière dont est fixée la valeur du sol.

« Aujourd'hui, elle est définie selon une valeur d'usage, et spéculative. Pourquoi ne pas lui donner une valeur écologique ? », interroge Marie-Hélène Ramon, chargée de la filière agroalimentation à la Métropole, qui a demandé à des spécialiste de l'université Lumière-Lyon II de travailler sur une refonte du droit du sol, avec pour objectif d'émettre des propositions de lois allant dans ce sens. Une fois les solutions concrètes et innovantes identifiées, il faudra leur trouver une application sur le terrain. Les Dijonnais vont ainsi être amenés à tester ces nouveaux parcours d'alimentation. Maraîchages, cultures périurbaines, circuits courts, distribution aux familles les plus fragiles de bons alimentaires donnant gratuitement accès à des fruits et légumes frais, ou encore ateliers de cuisine pour apprendre à accommoder les légumineuses. Encore faut-il que le consommateur perçoive les aspects positifs de cette agriculture durable pour consentir à y mettre le prix. « Il nous faut objectiver l'agroécologie à travers un label. Et faire la démonstration qu'elle est non seulement meilleure pour l'environnement, mais aussi pour les consommateurs, en matière de goût, de santé, de nutrition », décrypte Christophe Breuillet, directeur général du pôle de compétitivité Vitagora.

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Des services variés autours du bien manger

À quelques kilomètres de là, au siège historique du groupe Seb de Selongey (Côte-d'Or), Bénédicte Simond, directrice de la recherche, en convient : « Le retour d'expérience des Dijonnais va être précieux pour comprendre leurs attentes et s'assurer que les réponses apportées par le projet seront pertinentes. » En partenariat avec Orange, l'inventeur de la cocotte-minute voit là une occasion de se développer dans le BtoB tout en offrant aux entreprises et aux collectivités des services variés autour du bien manger. La question de la viande, secteur responsable de la moitié des émissions de gaz à effet de serre de nos systèmes alimentaires, va immanquablement se poser. On n'y coupera pas. La transition agricole passe par un régime moins chargé en protéines animales et plus riche en fruits et légumes.

Prendre ses distances avec la cuisine classique et bourgeoise, pour mettre au goût du jour les protéines végétales, ne sera pas une mince affaire dans la capitale de la Bourgogne - Franche-Comté, choisie parmi d'autres capitales régionales il y a cinq ans pour incarner le repas gastronomique français. C'est pourtant essentiel. Philippe Lemanceau n'en démord pas : « C'est le consommateur qui va faire changer le système. C'est une fois que la demande sera là que les agriculteurs s'engageront à grande échelle vers des pratiques plus durables. Sans cela, on créera des déséquilibres irréversibles », met-il en garde. Lors des dernières assises du commerce équitable, Pierre-Marie Aubert, chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), ne disait pas autre chose : « Il faut commencer par changer de régime alimentaire. Les systèmes agricoles suivront. »

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D'ici à 2030, le projet essuiera des critiques ; c'est inévitable. Il y aura des oppositions de la part de gens qui ne sont pas prêts à changer, ou qui n'ont pas intérêt à le faire. Certains lobbies chevronnés, comme ceux de la filière viande, freineront des quatre fers. Il n'y a pas à en douter. Tout comme les défenseurs de l'agriculture biologique, menacés, mine de rien, de se faire distancer par l'agroécologie. En effet, avec ses systèmes pluriels - permaculture, agroforesterie, agriculture de conservation des sols  -, l'agroécologie revêt une diversité de propositions qui dépasse le simple cahier des charges très technique du label AB, offrant de ce fait une approche plus globale qui concilie agriculture, productivité, enjeux alimentaires et biodiversité

____

* Géraldine Meignan vient de publier « La Cuisine d'un monde qui change » (éditions de l'Épure, 112 pages, 12 euros).

Géraldine Heignan

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