L'Arche, Cosme, Digital Village : les free-lances jouent collectif à Bordeaux

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Au premier plan, Soana (à gauche) et Jean Baptiste Vegi, cofondateurs de l'Arche, un collectif de free-lances bordelais.
Au premier plan, Soana (à gauche) et Jean Baptiste Vegi, cofondateurs de l'Arche, un collectif de free-lances bordelais. (Crédits : Agence Appa)
L'Arche et Cosme ont vu le jour à Bordeaux début 2018, sur les traces du Digital Village, créé en 2016. Ces collectifs de free-lances, révélateurs du « travailler autrement », apportent visibilité, crédibilité et stabilité aux travailleurs indépendants de la communication et du numérique.

Ces free-lances, à peine trentenaires, ne manquent pas d'esprit d'initiative, ni de sens du collectif. Leur objectif, aussi simple qu'ambitieux, est de réunir le meilleur de deux mondes : la liberté et la flexibilité des free-lances avec la stabilité et la visibilité des entreprises. Si le portage juridique et le champ d'activité varient, la logique est toujours de permettre à des travailleurs indépendants de mutualiser clients et compétences. « Nos free-lances ont des savoir-faire complémentaires et se développent ensemble. L'Arche prend en charge toute la gestion administrative, ce qui permet de redonner aux profils créatifs jusqu'à 40 % de leur temps », explique Soana Vegi, cofondatrice de l'Arche avec son frère Jean Baptiste.

Créé le 1er mars dernier, ce collectif compte dix membres, dont un chef de projet, un directeur artistique, une graphiste, et des personnes travaillant en stratégie média, développement Web ou communication, auxquels s'ajoutent 750 free-lances, membres du groupe Facebook. « On est désormais bien installés et l'activité connaît une belle croissance », explique Jean Baptiste Vegi. L'Arche, qui joue aussi un rôle de plateforme de mise en relation entre free-lances et entreprises, est, pour le moment, une association loi 1901. Mais elle a déjà été repérée par le cabinet parisien Audalom, qui envisage d'y investir pour importer son modèle à Paris au premier semestre 2019 et à Nice en 2020.

« Les free-lances ont besoin d'un esprit collaboratif et d'entraide sans mauvaise concurrence. Mais un collectif, sans pilote, ça ne fonctionne pas », considère pour sa part Pauline Trequesser qui a créé, début mars, le collectif Cosme, « un bel annuaire de free-lances, dont le statut est assumé et choisi, qui fonctionne sur la compétence et la confiance ». Cette jeune EURL, qui s'appuie sur un groupe Facebook de près de 800 free-lances bordelais, se rémunère via un apport d'affaires de 10 % et compte 15 membres (communication, Web marketing, graphisme, vidéo, motion design, réseaux sociaux...). « Quinze clients, publics et privés, ont été signés en huit mois, le modèle est donc viable et on souhaite le consolider », témoigne Pauline Trequesser.

Ici, pas d'espace commun : « pour éviter de redevenir une agence classique », chacun travaille là où il le souhaite. « Je veux que les free-lances de Cosme restent indépendants, puissent travailler ailleurs et refuser des projets qui ne leur plaisent pas ! » insiste la pilote de Cosme et du blog Vélo-boulot-Bordeaux dédié aux espaces de coworking.

Les locaux ont doublé de surface

La trajectoire promise à l'Arche et à Cosme a déjà été empruntée avec succès par Digital Village, créé fin 2015 à Paris puis au printemps 2016 à Bordeaux. Cette SAS est adossée à une association locale qui porte le lieu de coworking bordelais dont la surface a doublé pour atteindre 150 mètres carrés. Peuplé de 15 « villageois » - développeurs, UX designers, directeurs artistiques, graphistes 3D, intégrateurs Web -, il vise la trentaine de membres et compte accueillir deux startups.

À l'instar de l'Arche, le Village marche sur deux jambes, un collectif de free-lances et un lieu de coworking. « C'est bien que d'autres collectifs se créent à Bordeaux, ça valide nos choix et ça prouve que le marché bordelais a atteint une certaine maturité économique et peut répondre aux attentes des entreprises qui s'y installent », analyse Shirley Jagle, qui dirige Kairos, une agence de création artistique, tout en assumant les fonctions de « maire » du Village.

Qualité et créativité font la différence

Illustration de cette maturité économique, l'agence de relations presse Initiale, créée en février par Anne-Laure Marin sous la forme d'une SASU, et qui croule aussi sous les demandes : « Il n'y a pas de collectif formalisé. C'est important de conserver cette souplesse et de travailler en mode équipe-projet. » Pour elle, ces nouvelles organisations permettent aux free-lances de prendre leur juste place : « Elles ne font pas concurrence aux agences de communication traditionnelles qui, de toute façon, font déjà appel à des freelances parce qu'ils sont reconnus pour leur compétence et leur créativité. » Compétitifs mais en aucun cas low cost.

« Nous ciblons d'abord les PME et TPE avec des tarifs plus souples et plus transparents calés sur ceux des free-lances, tout en offrant une garantie de qualité », affirme Jean Baptiste Vegi, qui ambitionne de faire de l'Arche une forme de label qualitatif. « Nous sommes compétitifs parce que flexibles et que nous vendons seulement ce dont le client a besoin. Nous n'avons aucun intérêt à tirer les prix vers le bas : nous pouvons faire la différence sur la qualité et la créativité », abonde Pauline Trequesser.

Une analyse également partagée par Shirley Jagle, alors que le Village bordelais a généré autour de 300 000 euros de chiffre d'affaires en deux ans et demi : « Les deux modèles sont complémentaires et voués à coexister. D'ici à cinq ans, on aura dans nos métiers 60 % d'agences et 40 % de free-lances et collectifs de free-lances. » Ce dynamisme devrait en effet faire bouger les lignes au profit du « travailler autrement », juge Soana Vegi : « Le freelance ne remplacera pas le salarié, mais il propose une vraie alternative qui est entrée dans les mentalités. » D'autant que ces nouvelles structures permettent d'avancer sur les services proposés aux free-lances. Le Digital Village se rémunère ainsi via une commission de 15 % correspondant à l'usage de la marque, des outils de facturation et une assurance qui garantit notamment au free-lance d'être payé.

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