À Paris, l'économie circulaire fédère 30 entreprises autour des Deux Rives

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Dans un tissu urbain aussi dense, une telle recherche de synergies territoriales représente une démarche unique en France voire en Europe, soulignait lundi 17 septembre, lors d'une matinée consacrée au projet, Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie, innovation et développement du groupe Ratp.
"Dans un tissu urbain aussi dense, une telle recherche de synergies territoriales représente une démarche unique en France voire en Europe", soulignait lundi 17 septembre, lors d'une matinée consacrée au projet, Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie, innovation et développement du groupe Ratp. (Crédits : Reuters)
Lancé par la mairie et la Ratp, un projet d'écologie industrielle et commerciale vise à créer des échanges de matières, services et idées dans le quatrième quartier d'affaires de la capitale. L'objectif : réduire les déchets et verdir la mobilité, sans oublier les habitants et en créant des emplois.

Délimité par Bercy et la gare de Lyon sur la rive droite de la Seine, par Tolbiac et la gare d'Austerlitz sur la rive gauche, le quatrième quartier d'affaires de Paris, relevant administrativement de deux arrondissements différents (les XIIe et XIIIe), n'avait jusqu'à de temps récents pas de véritable identité unique. Jusqu'à ce que, début 2017, les ambitions de deux acteurs majeurs de la capitale ne se rencontrent : celle de la mairie de Paris, qui cherchait à incarner dans un territoire son plan Economie circulaire - alors en cours d'élaboration -, et celle de la Ratp, souhaitant créer un démonstrateur de la ville durable qui constitue le cœur de sa stratégie.

Désormais, grâce à leur initiative conjointe, ces 350 hectares - où la Ratp a d'ailleurs son siège social -, sont soudés par un projet partagé, dénommé Les Deux Rives : celui de créer des échanges de matières, services et connaissances entre les quelque 700 entreprises qui y sont installées, afin d'en réduire les externalités comme d'améliorer la qualité de vie des 100.000 salariés qui y travaillent chaque jour - selon le modèle de l'écologie industrielle et territoriale, jusqu'à présent essentiellement pratiquée entre usines et/ou fermes.

Innovation sociale et territoriale

"Dans un tissu urbain aussi dense, une telle recherche de synergies territoriales représente une démarche unique en France voire en Europe", soulignait lundi 17 septembre, lors d'une matinée consacrée au projet, Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie, innovation et développement du groupe Ratp. Et dans un quartier tertiaire en pleine mutation comme celui des Deux Rives, où chaque déménagement recèle un potentiel de "ruptures d'habitudes", son impact peut même être particulièrement significatif, estime Frédéric Linget, animateur du Synapse, réseau national des acteurs de l'écologie industrielle.

Sans compter qu'en l'espèce, l'innovation environnementale veut se doubler de l'innovation sociale, afin de ne pas oublier les habitants du quartier, voire les situations de précarité qui se cachent derrière les grandes tours en vitre fumée, explique l'adjointe à la maire de Paris Antoinette Guhl.

Échanges d'idées et de palettes

Quant aux résultats, cette première année du projet a surtout permis de structurer une communauté : une trentaine d'entreprises de toutes tailles, d'institutions ou d'associations, réunissant le ministère de l'Intérieur et l'Hotel Pullman, l'Agence française de développement et Le Monde, Natixis et la Caisse des dépôts... Après la mise en place d'une plateforme numérique collaborative facilitant les échanges, elle a aussi permis d'identifier deux thématiques concentrant les principaux besoins de synergies : la mobilité et les déchets.

Les rapprochements ont néanmoins aussi déjà enclenché quelques initiatives concrètes. La Ratp et la mairie ont notamment dû bousculer leurs lourdes administrations afin de signer une convention de groupement des commandes pour les besoins du projet. Natixis s'est inspiré d'un démonstrateur d'agriculture urbaine déjà mis en place par la Ratp afin de créer son propre jardin partagé entre collaborateurs. Le Petit Bain, salle de concert flottante sur la Seine, a mis un place un partenariat avec l'association 13 Avenir, porteuse du projet "Territoire zéro chômeurs de longue durée" : l'établissement culturel s'est engagé à donner à l'association les palettes de livraison de ses boissons, et à acheter pour sa terrasse du mobilier fabriqué grâce à l'upcyclage de ces déchets par des anciens chômeurs embauchés en CDI.

Des startups en aide

À présent, l'objectif est de multiplier ce genre d'actions, notamment avec l'aide de startups de l'économie circulaire et de la mobilité durable, telles que K-Ryole, remorque électrique pour vélos susceptible de verdir la logistique du dernier kilomètre, NewCy, qui fournit et lave des gobelets réutilisables, Pandobac, qui veut remplacer les  conditionnements jetables des grossistes par des bacs lavables, ou encore GreenGo, qui développe une solution de consigne pour les emballages des repas emportés. L'événementiel, les emballages des repas, la gestion mutualisée entre PME et grands groupes figurent, en effet, parmi les principaux chantiers en matière de déchets sur le territoire. Mais d'autres idées surgissent déjà, telles que l'ouverture de la plateforme de covoiturage de Natixis à d'autres entreprises, afin aussi d'atteindre la taille critique nécessaire pour un meilleur fonctionnement, ou le lancement d'un atelier itinérant de réparation de vélos par 13 Avenir. La Seine n'est pas oubliée, en tant que potentiel logistique à exploiter, par exemple pour le transport de biodéchets à méthaniser.

L'ouverture du projet à d'autres sujets, tels que l'énergie, l'alimentation, la végétalisation, ainsi qu'à la participation des habitants, n'est d'ailleurs pas exclue à plus long terme, assurent la mairie et la Ratp. Les deux co-pilotes soulignent toutefois la nécessité, d'abord, de créer deux conditions pour inscrire le projet dans la durée : notamment "l'innovation contractuelle" permettant de formaliser les échanges, ainsi qu'une structure dont le mode de gouvernance soit adaptée au caractère novateur du projet.

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Commentaires
a écrit le 18/09/2018 à 8:19 :
Il y a un potentiel d'emploi gigantesque dans l'économie circulaire mais celle-ci impose une réflexion profonde sur le devenir de l'humanité or le néolibéralisme hégémonique actuel incarné par les actionnaires milliardaires aveuglés par leur avidité ne peut que s'opposer à une économie intelligente, pérenne, ne pas oublier que si le plastique est devenu polluant c'est sur demande des propriétaires d'outil de production qui voulaient de l'usable afin de pouvoir vendre plus.

Voilà où sont les seuls frein, sinon la population elle est largement prête, elle se demande même pourquoi rien ne se passe, encore et toujours.

"Hâte toi déclin !" Nietzsche

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