Gilles Babinet : « l'expérience utilisateur est l'oubliée des services publics »
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Gilles Babinet
Romuald Meigneux/SIPA
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Romuald Meigneux/SIPA
« Pour refaire son permis de conduire, il faut effectuer une démarche en ligne... avant d'aller le chercher en mains propres à la préfecture ! », soupire Gilles Babinet, vice-président du Conseil national du numérique. Pour l'Institut Montaigne, think tank à la ligne libérale, le digital champion auprès de l'Union européenne signe un rapport sur les enjeux numériques des territoires. Il liste les chiffres de la fracture numérique : 25e sur 27 au classement européen de l'accès au très haut débit, les Français affichent un taux d'illectronisme (absence de maîtrise d'Internet) de 23 %, parmi d'autres indicateurs préoccupants. Parallèlement, les services publics quittent les territoires ruraux et périurbains alors qu'ils ne sont toujours pas numérisés, et certains habitants mettent plus d'une heure à rejoindre l'établissement le plus proche afin d'effectuer leurs démarches administratives.
« On a loupé le coche il y a trente ou quarante ans, analyse Gilles Babinet quand on l'interroge sur les origines du problème. Même si on a prôné la décentralisation, on a continué à avoir une logique néomonarchique au sein des institutions publiques. L'État a un tel traumatisme de s'être fait couper la tête qu'aujourd'hui il crée des mécanismes de protection. Pour se protéger, il évite la société civile autant que possible : il crée des corps intermédiaires, des grades intermédiaires... Il a peur de s'en approcher. Le mouvement des "gilets jaunes" le montre. En conséquence, il y a une vraie difficulté à faire du design thinking [approche collaborative de l'innovation, très répandue dans les entreprises numériques, ndlr], dont une des principales caractéristiques est l'effacement des symboles sociaux et de la hiérarchie. »
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Dans sa note, le digital champion expose également les lacunes dans la construction des services publics numérisés. Copiés-collés exacts de leurs équivalents physiques, ils n'ont tout simplement pas été pensés pour un usage numérique. Une telle méthode a mené à des démarches loin d'être optimales, pour lesquelles il faut parfois remplir certains documents en ligne, tout en les complétant par des documents physiques.