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La French Tech a levé 5 milliards d'euros en 2019 mais le plafond est encore loin

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 15 janvier 2020 à 19:00 - Mis à jour le 16 janvier 2020 à 10:14

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Le Quotidien Numérique

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Les levées de fonds supérieures à 20 millions d'euros ont bondi de 60% en volume et en valeur par rapport à 2018. Mais la France continue à courir loin derrière le Royaume-Uni (11,5 milliards d'euros) et même l'Allemagne pour les gros tours de table.

La French Tech continue d'enchaîner les records. D'après le baromètre 2019 du cabinet de conseil EY, les startups françaises ont levé en 2019 5,03 milliards d'euros lors de 736 opérations, soit un ticket moyen de 6,8 millions d'euros. C'est, encore une fois, un record, avec une progression de 39% en valeur (3,62 milliards en 2018) et de 14% en volume (645 opérations un an plus tôt). L'évolution depuis 2015 est spectaculaire : le montant des fonds levés a quasiment triplé, ce qui révèle le formidable dynamisme de la tech française, enclenché tardivement par rapport aux voisins britannique et allemand, mais qui rattrape rapidement son retard.

Levées de fonds French Tech 2015-2019
Photo d'illustration (Crédits : EY)

Le "growth", la grosse faiblesse française par rapport aux anglais et allemands

Au niveau européen, la France accroche la troisième place, loin devant le Royaume-Uni (11,43 milliards d'euros) et au coude-à-coude avec l'Allemagne (6,09 milliards), qui affiche une croissance sur un an quasiment exactement similaire à celle de la France (+39% en valeur et +13% en volume). Une bonne longueur devant tout le monde, le voisin britannique joue dans une autre cour. Ses 11,43 milliards pèsent un tiers du total européen et sa croissance sur un an affole les compteurs, avec 55% en valeur et 44% en volume. "Force est de constater que, pour le moment, le Brexit n'a pas encore altéré le pouvoir d'attraction du Royaume-Uni", constate Franck Sebag, associé chez EY et auteur du rapport.

Comparatif Europe tech
Photo d'illustration (Crédits : EY)

Le secret des performances du Royaume-Uni et de l'Allemagne, et par ricochet la faiblesse de la France, réside dans le "growth equity", ces tours de table supérieurs à 100 millions d'euros. Les 13 méga-levées britanniques pèsent 4,17 milliards d'euros, soit près d'un tiers du total, tandis que les 12 champions allemands lèvent à eux seuls 2,95 milliards d'euros, soit presque la moitié des montants investis sur toute l'année. Sur ce segment, la France reste largement à distance : avec seulement 4 méga-levées, le "growth" ne pèse que 580 millions d'euros, soit 1/9è du total du pays !

Conséquence logique : même la plus grosse levée française de l'année, les 205 millions d'euros du champion des retouches photo Meero, n'atteint pas, et de loin, le Top 10 européen. Les 10è et 9è place reviennent ainsi aux 455 millions d'euros de l'allemand Flisbus (transports) et du suisse Veeam (gestion des données dans le cloud), tandis que le champion européen de l'année, le suédois Northvolt, spécialisé dans l'énergie, a récolté 909 millions d'euros. Le Royaume-Uni place 4 startups dans le Top 10, contre 2 pour la Suisse et une pour les Pays-Bas, la Roumanie et l'Allemagne.

"Il n'y a pas trop d'argent pour les startups en France"

La répartition entre "venture" et "growth" révèle deux choses sur l'écosystème français. La première, c'est que France dépasse largement l'Allemagne dans le "venture capital" et présente un écosystème mature et d'une grande profondeur sur ce segment. Cela  signifie que de nombreuses grosses levées de fonds, synonymes de licornes, devraient logiquement s'empiler dans les mois et années à venir, rendant la prédiction d'Emmanuel Macron ("25 licornes en 2025") très crédible. 2020 a même déjà commencé sur des chapeaux de roues avec la méga-levée de 200 millions d'euros d'Ecovadis.

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Le deuxième enseignement est que la France est toujours en mode "rattrapage" sur le "growth equity". Plus jeune et moins mature que les écosystèmes allemand et anglais, la French Tech a besoin de davantage de temps pour atteindre le rythme de croisière de ses voisins sur les méga-levées qui tirent l'ensemble de l'écosystème vers le haut et dynamisent les sorties (rachats et entrées en Bourse).

"Contrairement à ce qu'on peut entendre, il n'y a pas trop d'argent dans l'écosystème français, ni risque de retournement ou de se heurter à un plafond, estime Franck Sebag. Déjà parce que la croissance du Royaume-Uni et de l'Allemagne est similaire ou supérieure à celle de la France. Ensuite car la France a de la marge : si le ratio entre le poids du capital-risque et le PIB en France était le même qu'aux Etats-Unis, qui a levé 120 milliards de dollars en 2019, la French Tech devrait lever 12 milliards d'euros".

Il y a donc de la marge et tout indique que sauf retournement macro-économique d'envergure, la French Tech va continuer de lever toujours plus d'argent en 2020 et au-delà, car le marché français n'est pas encore arrivé à maturité sur le growth. "Il ne faut pas oublier que les méga-levées créent énormément d'emplois et contribuent à l'attractivité du pays", rappelle l'analyste.

Tous les voyants sont au vert en France, mais Paris domine sur les régions

Dans le détail, le nombre d'investissements et le ticket moyen augmentent en France à tous les stades de maturité d'une startup. Le montant moyen levé en amorçage atteint 1,5 million d'euros en 2019 (1,4 millions en 2018), tandis que la Série A (première levée de fonds institutionnelle) grimpe à 4 millions d'euros (3,3 millions il y a un an), la Série B s'établit en moyenne à 13,2 millions (8,5 millions l'an dernier), et les Séries C et au-delà atteignent 21,1 millions d'euros (15,8 millions en 2018).

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Toutes les tranches de levées de fonds progressent également, et notamment les tours de table de plus de 20 millions d'euros : 24 en 2017, 39 en 2018 et 63 en 2019. Du côté géographique, Paris et l'Ile-de-France dominent toujours très largement, avec 70% des investissements de l'année en valeur, loin devant l'Auvergne-Rhône-Alpes (8%) et la région Sud (6%).

Sylvain Rolland

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