La startup de la semaine : MiddleVR ou la réalité virtuelle pragmatique

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L'application de MiddleVR permet à GRT Gaz d'économiser dans ses coûts de formation.
L'application de MiddleVR permet à GRT Gaz d'économiser dans ses coûts de formation. (Crédits : MiddleVR)
Toutes les semaines, La Tribune braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, MiddleVR. Derrière les paillettes de la réalité virtuelle grand public, la startup propose des applications VR destinées à réduire les coûts des entreprises liés à la formation. A la clé, un marché de plus de 30 milliards d'euros.

"Notre objectif, c'est d'améliorer la productivité et que les entreprises aient un retour sur investissement, pas de participer à l'effet waow du marketing", attaque d'entrée Sébastien Kuntz, président et fondateur de MiddleVR. Ce quadragénaire a commencé à travailler dans la réalité virtuelle chez la SNCF dès 2001, bien avant l'annonce du casque Oculus Rift en 2012, tournant de la VR grand public. Son objectif est de populariser l'usage de la réalité virtuelle dans les entreprises. La startup créée en 2012 veut s'imposer sur le marché de la formation professionnelle, mesuré en 2014 à plus de 32 milliards d'euros par la DARES (direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), rien qu'en France. Sans faire appel aux levées de fonds, la jeune pousse a dépassé le million de chiffre d'affaire et anticipe une croissance annuelle de plus de 20%.

Des applications sur mesure

« Le boom de la réalité virtuelle, c'est dans les années 90, donc les cas d'usage sont déjà identifiés. L'arrivée des casques, et surtout du HTC Vive en 2016, n'a fait que rendre la VR plus accessible », expose Sébastien Kuntz. Avant les casques, la réalité virtuelle nécessitait la construction de dispositifs onéreux et immobiles. A sa création, MiddleVR prend donc un chemin moins coûteux et bâtit son modèle économique autour d'un outil à destination des développeurs. Mais dès 2014 et l'arrivée des casques, elle commence à créer des applications sur mesure pour ses clients. Son exemple étendard, développé pour GRTgaz, est destiné à former les agents sur un poste de "détente livraison". Immergés dans un environnement 3D, les futurs opérateurs de terrain doivent réaliser une opération routinière, qui consiste à abaisser la pression du gaz entre le réseau de transport de gaz et celui des clients. "GRTgaz n'a qu'un poste d'entraînement, situé à Nantes. En plus de devoir payer le déplacement des agents, l'instructeur ne peut y former qu'une personne à la fois, pendant que les autres attendent", relève Christophe Gouet, directeur de la startup. Avec les kits VR, GRTgaz a formé plus de 400 personnes à distance en 3 ans.

L'environnement en réalité virtuelle comprend toutes les contraintes du dispositif réel : il faut se déplacer en marchant, s'y prendre à plusieurs reprises pour ouvrir certains canaux, ou se pencher pour accéder à des commandes. Un bruit de gaz constant accompagne les manipulations, et se manifeste de façon de plus en plus inquiétante si l'on ne dépressurise pas convenablement. La réalité virtuelle permet d'ailleurs de tester les dispositifs d'urgence, et de montrer aux futurs agents les potentielles conséquences en cas d'erreur. Autant de "scénarios pédagogiques" supplémentaires. La jeune pousse vient de livrer la quatrième version du logiciel, qui offre désormais la possibilité d'afficher la mesure de pression dans chaque partie des tuyaux, une donnée évidemment invisible à l'œil nu.

Lire aussi : La réalité virtuelle s'équipe de nouveaux casques pour (enfin) exploiter son potentiel

Efficace et sans paillettes

« Notre objectif, ce n'est pas du faire du joli, nous nous concentrons sur les besoins des personnes qui sont sur le terrain. On peut proposer la couche de vernis, mais on précise le coût additionnel", affirme avec franchise Christophe Gouet. Par exemple, GRTgaz a payé pour que l'environnement autour du poste de travail, un paysage avec des arbres, soit plus joli. Mais MiddleVR préfère aller à l'essentiel, que ce soit dans les graphismes ou dans les interactions.

"Dans la mesure du possible, on configure nos applications pour que les utilisateurs n'aient à utiliser qu'un seul bouton", argue le dirigeant. L'objectif : que cette simple interaction suffise à réaliser l'ensemble des tâches du parcours de formation. Équipé d'un HTC Vive Pro, l'utilisateur n'a qu'à utiliser les gâchettes présentes sur les manettes pour ouvrir et fermer les mains de son avatar virtuel. On peut ainsi activer des leviers, tourner des molettes ou assembler des pièces. On monte alors un moteur d'avion en déplaçant des pièces disposées sur la gauche vers le projet final à droite. Le tout sans se déplacer, et en utilisant seulement les gâchettes. Et surtout, sans besoin de formation à la VR.

Populariser pour décoller

Confiant dans ses produits, Chritophe Gouet estime qu'il ne reste plus qu'un travail d'évangélisation de la réalité virtuelle à effectuer. "Nos clients imaginent le plus souvent des choses incroyables, on doit donc les recadrer. Parfois, la VR apporte trop de contraintes par rapport aux bénéfices qu'elle apporte. A l'inverse, ils n'identifient pas toujours les usages où l'intervention de la VR serait pertinente", constate-t-il. Pour convaincre les entreprises, la jeune pousse passe souvent par le développement d'un prototype, pour un prix oscillant entre 30.000 et 50.000 euros.

Afin de diversifier son activité, MiddleVR a développé en 2016 Improov, une sorte de Skype en 3D, à destination des ingénieurs. On y est projeté dans un environnement virtuel, dans lequel les concepteurs importent leur maquette 3D. On peut en faire le tour, prendre des mesures, déplacer des pièces, observer des plans de coupe, bref, tourner la maquette dans tous les sens. Les dysfonctionnement repérés, ou les améliorations importées dans le plan virtuel peuvent se traduire en centaines de milliers d'euros de coûts évités dans le réel. "En discutant avec leurs homologues japonais sur Improov, les ingénieurs du CNES (Centre national d'études spatiales, ndlr) ont observé un problème d'emboîtement de pièces sur un prototype de satellite", donne comme exemple Sébastien Kuntz. La NASA, L'Oréal ou encore Plastic Omnium font parti de la quarantaine d'utilisateurs prestigieux de Improov.

En plus du développement d'applications de réalité virtuelle, la startup pourrait bientôt accélérer du côté de la réalité augmentée (AR). Trop limitée par les performances des premiers casques, les usages de l'AR pourraient exploser avec la deuxième génération de matériel, et notamment le Hololens 2 de Microsoft. Cette technologie pourrait par exemple guider un ouvrier étape par étape dans le montage d'une pièce industrielle. Un nouveau pan de marché s'ouvrirait à MiddleVR. Si les dirigeants de la startup préfèrent aujourd'hui présenter leur entreprise comme une PME de 18 employés, elle a tout pour poursuivre sa croissance à deux chiffres.

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Commentaires
a écrit le 27/04/2019 à 10:45 :
Réalité virtuelle... pourquoi pas plutôt simulation stéréoscopique.

Ce que je piges c'est que la "startup" vend des jeux vidéo en stéréoscopie personnalisés.
L'image présente en illustration ne comporte aucune "réalité" pas d'objet 3D superposé à une vue vidéo de l'environnement, pas de retour de force juste un jeu vidéo calculé en G/D et affiché dans un téléphone.

https://www.inition.co.uk/product/cyberglove-systems-haptic-workstation/?%3E

Amuse ton geek.
Réponse de le 29/04/2019 à 16:27 :
Bonjour,
quelle est votre définition de la réalité virtuelle ?
Les prises de vues réelles ne permettent pas une interaction fine comme nécessité par cette application, d'où le choix de la 3d temps réel.
Le retour de force est malheureusement actuellement réservé à des cas d'usage professionnels assez niche.
L'application tourne sur un gros PC avec un HTC Vive.
Cordialement

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