Métiers tech : les Régions très attractives malgré des salaires 25% inférieurs à Paris

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Bordeaux fait partie des métropoles régionales les plus attractives pour les métiers de la tech.
Bordeaux fait partie des métropoles régionales les plus attractives pour les métiers de la tech. (Crédits : iStock)
Dans les métiers en tension de la tech, un même poste sera payé entre 20% et 30% de moins en Régions par rapport à Paris. Cela n'empêche pas les recruteurs de constater un vrai phénomène de "Paris vers régions", notamment vers les métropoles les plus attractives que sont Lyon, Bordeaux, Nantes et Lille.

La fracture territoriale persiste dans la tech. Epicentre de la French Tech, Paris et l'Ile-de-France regroupent un tiers des startups du pays et 70% des montants levés en capital-risque en 2019, d'après le cabinet de conseil EY. Logiquement, cette domination se traduit dans les salaires : alors que les métiers tech sont sous tension et que les startups comme les grands groupes s'arrachent les talents à la fois techniques (développeurs, data scientists...), commerciaux et de marketing digital, les emplois pourvus à Paris sont significativement mieux payés que partout ailleurs en France.

D'après une étude de cabinet de recrutement Urban Linker, un même poste dans la tech sera payé en moyenne entre 20% et 30% plus cher à Paris que dans les autres métropoles régionales. La différence peut être plus importante encore dans les écosystèmes régionaux plus petits, donc moins concurrentiels, comme Strasbourg, Saint-Etienne ou Dijon, et ainsi "dépasser les 30%", d'après Florent Muller, le principal éditeur de l'étude chez Urban Linker.

Lire aussi : A quoi sert le French Tech 120 et qui sont les startups sélectionnées ?

La taille de l'écosystème compte

Cet écart se retrouve quelque soit le métier, comme l'illustre le tableau ci-dessous qui prend l'exemple des développeurs PHP, qui est le langage de programmation le plus communément choisi par les entreprises, et qui regroupe donc la communauté de développeurs la plus large en France. On y remarque un écart d'au moins 5000 euros annuel pour le même poste, dans la fourchette basse.

Salaires tech différence Paris régions

Le cabinet de recrutement explique cette différence par plusieurs facteurs. "Le coût de la vie en Ile-de-France joue évidemment sur les salaires, mais la taille et la maturité de l'écosystème et la guerre des talents qui va avec sont les principaux facteurs", estime Florent Muller.

On peut y voir un effet direct de la puissance financière de l'Ile-de-France, où se concentrent la plupart des investisseurs et où de nombreuses startups avec de grandes ambitions en terme de levées de fonds s'installent. L'Ile-de-France présente aussi un écosystème de startups plus matures, comme le montre la domination de la région dans le French Tech 120 (84 startups franciliennes sur 123 places).

Lire aussi : La French Tech a levé 5 milliards d'euros en 2019 mais le plafond est encore loin

Lyon, Bordeaux, Nantes et Lille sont les villes les plus attractives

Ainsi, l'étude d'Urban Linker souligne que 95% des recrutements sont effectués dans des villes de plus de 200.000 habitants, contre 4% dans les villes entre 130.000 et 200.000 habitants, et seulement 1% pour celles dont la population est inférieure à 130.000 habitants.

En région, les métropoles les plus attractives sont aussi, logiquement, celles dont l'écosystème tech est le plus développé. C'est pourquoi les salaires sont plus importants à Lyon (la deuxième région la plus dynamique en terme de levées de fonds), Bordeaux (où de plus en plus de startups en hyper-croissance, comme ManoMano, installent des bureaux pour profiter de la qualité de vie), Nantes (doté d'un écosystème d'innovation très dynamique) et Lille (qui abrite Euratechnologies et plusieurs champions de la French Tech comme la licorne OVH), qu'à Strasbourg, Saint-Etienne, Dijon et même Montpellier, où les salaires sont parmi les plus bas. Rennes, Toulouse, Nice, Grenoble, Marseille et Aix-en-Provence sont dans la médiane.

Salaires tech variations

Un mouvement "Paris vers régions" de plus en plus important

Mais les écarts de salaires n'atteignent pas l'attractivité des métropoles régionales, bien au contraire.

"Nous avons observé un vrai phénomène de migration des régions vers Paris, mais désormais on remarque de plus en plus de profils, notamment des travailleurs confirmés ou seniors, qui font le mouvement inverse "Paris vers régions", observe Florent Muller.

Leurs motivations sont "soit pour se rapprocher de leur région natale, soit pour gagner en qualité de vie, quitte à perdre en salaire", ajoute-t-il. Cette mobilité est d'autant plus importante au fur et à mesure que les écosystèmes régionaux gagnent en maturité et permettent à leurs startups d'accéder à des financements conséquents, même si la plupart des fonds d'investissement gardent une approche très centralisée.

La tendance, au sein des startups plus matures, de créer des divisions régionales hors de Paris, contribue à renforcer l'attractivité des métropoles régionales. "Les salariés sont moins chers, bénéficient d'une bonne qualité de vie et sont en général plus fidèles qu'à Paris, où les meilleures startups se battent pour attirer et conserver les meilleurs profils avec les Gafa et les grands groupes", précise Florent Muller.

Lire aussi : Cédric O : "Le numérique ne peut pas être réservé à une aristocratie" (1/2)

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Commentaires
a écrit le 06/03/2020 à 13:47 :
" mais désormais on remarque de plus en plus de profils, notamment des travailleurs confirmés ou seniors "

Bref, des cadres ou ex-cadres en retraite.
a écrit le 06/03/2020 à 11:27 :
Ce qui est surtout fou c'est que la très très grande majorité de ces jobs n'ont pas besoin de personnels basés sur Paris... je ne comprends toujours pas les stratégies RH... désormais des candidats changent tous les 6 mois sur Paris de job et on continue à leur faire confiance...


Et puis la tech c'est sur Rennes messieurs : Images, Réseaux et désormais Cybersécurité... enfin les paillettes restent parisiennes ,-)
a écrit le 06/03/2020 à 9:00 :
Avec la spéculation immobilière qui massacre le logement parisien, 25% de salaire en moins peut faire malgré tout 25% de pouvoir d'achat supplémentaire.

600000 euros pour un 36 mètres carré à Paris les gars à un moment faut se réveiller hein, c'est tout simplement aberrant les parisiens sont complètement lobotomisés à l'inflation immobilière, chez nous c'est un petit château en bon état avec 20 hectares de terrain.
a écrit le 06/03/2020 à 8:02 :
Sauf qu'il faut 800 à 1000 euros pour louer un studio à Paris. 12000 euros au moins pour un 2 pièces. Et à 11000 euros le mètre carré, l'achat est juste inaccessible pour les jeunes... Donc même en gagnant moins, un jeune cadre aura un pouvoir d'achat et une qualité de vie bien supérieurs en province!
a écrit le 05/03/2020 à 18:05 :
25% de plus avant impots, je suis pas sur que ca compense les differentiels de loyer plus que consequents
et quant a l'achat de bien sur paris, je crois qu'il vaut mieux oublier
a écrit le 05/03/2020 à 17:49 :
"métropoles régionales les plus attractives pour les métiers de la tech" et ensuite les gens s'y plaignent que cette attraction fait monter les prix de l'immobilier (Bordeaux par ex)[pas grave pour ceux qui vendent, ils s'en félicitent :-) ]. La rançon de la qualité de vie, ça attire les entreprises neuves.

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